Mon calepin

lundi 15 août 2016

♦Le retour♦ d'Anna ENQUIST

Le retour d'Anna ENQUIST 476p 150816

En quatrième de couverture

Ce livre dévoile la vie de James Cook, le grand explorateur anglais.
Au printemps 1775, sa femme Elizabeth a trente-quatre ans. Seule depuis déjà trois ans, elle attend le retour prochain de son époux.
Alors qu'elle se prépare à l'accueillir, qu'elle s'imagine à l'aube d'une vie nouvelle, d'une relation conjugale et familiale véritable, l'angoisse l'étreint. Déroulant le fil de sa mémoire, Elizabeth revisite ses longues années de solitude, ses difficultés, ses douleurs, ses drames vécus dans le secret - et s'interroge sur sa capacité à reconstruire une relation si lointaine.
Quand James Cook arrive enfin, tout semble d'emblée recomposé, la complicité renaît, l'admiration est intacte, les projets communs multiples, l'avenir s'illumine. Mais, confronté aux mondanités londoniennes, aux jeux d'influence et de pouvoir du monde scientifique de l'époque, l'explorateur ne parvient pas à se libérer de son douloureux besoin de reconnaissance...
Très ancré dans la réalité, très documenté sur la société londonienne du XVIIIe siècle, ce livre dépasse de loin les limites du roman historique car il s'inscrit simultanément dans l'intemporel en offrant au lecteur un magnifique portrait de femme, un véritable personnage de fiction à l'incroyable destin.

J'ai été attirée par la couverture du livre mise en avant dans la célèbre librairie toulousaine OMBRES BLANCHES sans savoir que le thème du livre était James COOK, grand navigateur anglais. J'ai été très agréablement surprise par cette lecture d'autant plus que la majorité des personnages a réellement existé. On suit James COOK de retour de son deuxième voyage jusqu'à son troisième et ultime voyage en 1776 à travers les yeux de son épouse Elizabeth.

"Dans la boutique pleine a craquer où elle se vit attribuer un petit bureau, elle aimait les mystérieuses marchandises : des longues-vues dans des étuis en cuir, des sextants, cles barométres, un assortiment de globes de formats différents et les valises inquiétantes pour les médecins de bord. Elizabeth Batts était assise parmi cette multimde d’objets, répertoriant les coûts de ceux qui arrivaient et de ceux qui partaient. La plupart du temps, elle était plongée dans ses papiers, la tête penchée, écoutant la voix joyeuse de son oncle. Elle essayait de deviner le passé et le caractère des clients d’aprés leur voix. Parfois, elle levait la téte, intn'guée par un terme inhabituel ou un silence prolongé. C’est ainsi que son regard était sur James." page 26

"Il se mettait au travail fanatiquement. Elle l’avait vu soupirer au-dessus de traités de mathematiques, faire des calculs dans la marge, jurer ou fermer triomphalement les livres a la fin de la journée ; elle avait regardé avec admiration ses cartes et ses dessins de ces côtes inconnues, glaciales : quelle precision, quel amour du detail, quelle capacité de se concentrer et d’intégrer une page apres l’autre remplie de details infinis dans le grand ensemble qu’il avait toujours en tête. Il aimait passionnément le monde, pas pour en faire partie, mais pour l’observer et le décrire. 
A cette table, qu’elle devait maintenant débarrasser.Pour lui. " page 30

"Elle n’avait pas l’habitude de ce genre de situation. James n’avait jamais besoin de la convaincue, chaque fois qu’il lui demandait et lui expliquait quelque chose, elle était de son avis et l‘approuvait. C’est ce qui s’était produit lorsque, le premier dimanche apres leur mariage, elle s’etait préparée pour aller à l’église. Il n’allait pas l‘accompagner, lui avait-il dit, en s’approchant en chaussettes de la table sur laquelle sa carte la plus récente était étalée. Le temps qu’il passait à la maison était pour lui trop précieux pour qu’il le consacre a des conventions et des rituels sociaux dont il ne voyait pas l’utilité. Il comprenait qu’ils aient dû se marier à l’église, car l’administration a des exigences qu’il faut respecter. Mais en ce qui le concernait, cela s’arrêtait la. La foi était pour lui incompréhensible et il ne pouvait la concilier avec son amour de la vérité. Elle l’avait écouté attentivement, elle avait réfléchi sérieusement pendant sa promenade solitaire vers l’église et elle avait essayé d’écouter le prêche comme un observateur sans préjugés. Il faut bien regarder, disait toujours James, puis seulement après essayer d’expliquer ce que l’on a vu. Elle voyait un homme sur un exhaussement se démener avec véhémence contre une quarantaine de personnes dociles, fatiguées, assises sur des bancs, qui s’agenouillaient à ses ordres, puis se relevaient et se mettaient toutes brusquement a chanter. 
Ils écoutaient parce qu’ils voulaient entendre, s’était-elle dit en rentrant chez elle. Ils ont besoin que quelqu’un leur dise ce qu’ils doivent faire. Et ils veulent se retrouver entre eux, se regarder, faire quelque chose ensemble. Depuis, elle n’était plus allée a l’église en hiver." page 35

James COOK:"J'ai rencontré un Français digne de confiance, Crozet, qui a aussi navigué sur l'océan Pacifique. J'aimerais recouper ses données avec les miennes pour que le filet se referme.Toutes ces connaissances que nous avons accumulées! Il n'y avait que du vide, rempli de vues de l'esprit stupides et fausses, et maintenant il y a des certitudes. Des localisations exactes, des descriptions d'îles et de peuples. J'ai entendu des récits qui te  surprendraient, sur des tactiques guerrières et des habitudes alimentaires, et je peux les confirmer pour en avoir fait moi-même l'expérience. Je ne peux pas poursuivre pour le moment. Dans un mois je serai auprès de toi, on est encore en train de réparer le gouvernail. J'étais persuadé de trouver ici une lettre de toi et je me suis fait du souci quand j'ai constaté que rie  ne m'attendait de Mile End. Se serait-elle perdue? Je compte sur toi et je ne peux pas croire que tu as des ennuis. Je pars du principe que le transport a mal fonctionné. Nous allons devoir travailler dur cet hiver, j'ai une montagne de données qui peuvent servir à faire un livre. Je suis d'ailleurs tombé sur un exemplaire du livre de Hawkesworth et j'ai quasiment explosé de colère. Plus jamais ça! Ces prétendus  intellectuels te vident de tout ton contenu et vont se pavaner en exhibant des choses auxquelles ils n'ont jamais participé et ne comprennent rien! C'est une honte. Et dire que cela lui a rapporté une fortune ! Il faut que je m'en remettre. il n'y a plus rien à faire. Cela ne m'arrivera plus." page 58

"L’eau brillait au loin. Elle en avait envie, elle ne pouvait nier que la presence de l’eau là-bas lui faisait plaisir. Pourtant, c’était James l’amateur d’eau, et pas elle. De l’eau délimitée, se dit-elle, de l’eau dans des fossés, dans un fleuve aux digues Visibles, dans un étang entouré de saules voila ce que j’aime. Elle n’avait jamais vraiment pu partager l’amour de James pour la mer ; quand elle essayait d’y penser, elle redoutait la somptuosité et la masse d’une étendue inconcevable de cette eau, a l’échelle du monde. Pas de balises, pas de routes, pas de délimitations. Pour James, Chaque partie du monde était dans l’eau et, pour elle, toute eau était liée a la terre. " page 62

"James ne savait pas nager. A vrai dire, Elle n’avait jamais entendu dire d’un marin qu’il en était capable. Cela vaut mieux, disait-il, on est perdu quand on se retrouve dans l’eau, qu’on sache nager ou non. Une mort rapide est alors préférable a une lutte prolongée dont l’issue est malgré tout fatale. Cela non plus, elle ne le comprenait pas vraiment. Si j’aimais l’eau, j’aimerais m’y sentir comme chez moi, se disait-elle, j’aimerais m’y immerger, nager dans mon élément comme un poisson heureux. Comment peut-on organiser sa vie de sorte qu’une peau de bois vous sépare de votre plus grand amour ? "page 62

James COOK: "C’est une question de volonté. De discipline. Je menaçais de les fouetter s’ils ne se lavaient pas. Cela dit, je n’ai jamais eu à appliquer cette menace. Aérer la literie, nettoyer les vêtements dès que le temps le permettait. Dans l’eau de mer, les chemises craquaient tant elles étaient imprégnées de sel, mais tout de même. Je ne distribuais pas la ration d’alcool s’ils salissaient la cale. Au début, cela déclenchait une certaine resistance, parce qu’ils n’en avaient pas l’habitude. Un marin se trouve viril de porter pendant trois ans la même chemise. Ils ne remarquent plus la puanteur, ou bien ils s’y attachent.” " page 62

 

"ll buvait. Elle l’entendit avaler et vit bouger sa pomme d’Adam. Il reposa le verre sur la table avec un bruit sec. Il se bat pour réintégrer sa maison, se dit-elle, il marque tout de son empreinte, tout doit à nouveau lui appartenir. Moi aussi. Mais je suis pourtant bien à lui ? II a pourtant libre accès à tout ce que je pense ? 
Elle se sentit rougir. Il ne savait absolument pas ce qu’elle pensait ; il ignorait qu’elle comptait fermement qu’il ne reparte plus jamais en voyage, qu ’elle avait pleuré à cette même table contre le bras nu d’un homme, qu ’elle bannissait convulsivement la pensée du lit là-haut. 
Il se leva et vint en silence se poster derrière sa chaise. ll posa ses mains dans son cou, il écarta son col et massa de ses doigts ses vertèbres, en remontant vers ses cheveux, en descendant le long de son dos. Elle entendait les semelles de ses bottes couiner contre le sol, elle sentait la chaleur de son corps massif, elle voyait à travers la fenêtre le noir de la nuit." page 90

James COOK: “Le roi George s’intéresse a la navigation, dit James. Il finance nos expéditions et il exige d’être informé dans le détail. J’ai entendu dire que lui aussi est sous le charme d’Omaï. Banks et mon cher collègue Furneaux se sont naturellement aussitôt rendus avec leur butin au palais.” Sa voix devint morne et se durcit sous l’effet de son exaspération. Il n’avait guère éprouvé de sympathie pour le capitaine du bateau jumeau, l’homme était négligent et ne s’était pas intéressé a la découverte et à la cartographie précise de nouvelles terres. Qui plus est, il ne tenait pas compte des instructions de James, il était laxiste pout l’aération de la cale et n’obligeait pas ses matelots a manger des aliments frais et a se laver quotidiennement. [...]" page 98

" "On dirait un écervelé, le roi, mais il a la tête sur les épaules. En fait, il m’a sauvé en s’intéressant aux montres de Harrison. Il trouvait ses travaux si passionnants qu’il s’y est mis lui-meme, il a fait des expériences dans le palais. L’Amirauté ne s’y intéressait pratiquement plus, elle jugeait toute l’affaire trop coûteuse, ou Harrison trop agaçant. Le roi a persévéré, et cela a échoué. Tantét la montre avancait, tantôt elle retardait, et elle a fini par s’arrêter. Il ne s’est pas avoué vaincu, il aimait ces appareils, il voulait qu’on les apprécie a leur juste valeur. Il s’est avéré qu’un puissant aimant se trouvait dans la pièce, juste a côté de l’emplacement de l’expérience. Quand ils ont transporté la montre ailleurs, elle a fonctionné avec régularité et pile a l’heure. Le roi m’a rendu un grand service en se montrant aussi obstiné.” Grâce à la présence à bord de ce mécanisme horloger fonctionnant sans discontinuer, il savait a tout moment quelle heure il était à Londres. Il pouvait déduire où il se trouvait sur la base de l’heure locale, qu’il déterminait en fonction de la position des corps célestes, calculant la différence en utilisant comme référence l’heure de chez lui. Il traduisait ce temps en distance et connaissait ainsi sa position. Exactement. Il le lui avait expliqué et parfois elle le comprenait. Elle savait qu’il s’était occupé de la montre avec le plus grand soin. Après son retour, il avait aussitôt rendu visite à l’horloger soupçonneux et bougon. Plus tard, il lui avait fait livrer un tonneau de porto." page 103

" “Pas la moindre sincérité clans l’intérêt qu’ils me portent. Des filles nues, voilà de quoi ils veulent entendre parler. Des atrocités, des exécutions. Des orgies. Même s’ils sont de la noblesse et ont été formés dans les meilleures universités, ils n’ont de goût que pour les grivoiseries. Ils sont incapables de penser, voilà le probléme. Ou d’observer. Lord Monboddo, par exemple, un juge en plus, tu vois de qui je parle, avec les cheveux. noirs et des yeux tristes comme des yeux de bouillon -je discutais avec lui cet aprés-midi, mais il n’écoutait pas, il voulait seulement entendre dire que les insulaires sont des singes doués de parole, car il est convaincu que nous descendons du singe. Il transforme tout ce qu’il voit et entend pour l’adapter à sa théorie. [...]" page 121

"Peut-être l'homme qui rentrait à la maison n'était-il pas celui qu'elle avait attendu. Oui, elle avait reconnu cette première nuit son odeur, elle s'était étendue contre son corps comme de l'eau, comme un ruisseau dans son lit familier, mais le matin était venu. Ils avaient enveloppé leurs corps nocturnes dans les vêtements qui étaient restés posés sur des chaises et l'unité s'était divisée à la lumière du jour. Il rentrait à la maison dans une autre maison, elle le voyait à son visage tendu, au redressement de ses épais sourcils dès qu'il entendait le violon de Nat. Elle le voyait réprimer des questions et des remarques, pour l'instant les garder pour lui, comme s'il faisait de son mieux pour contourner les ondulations, les bosses et les creux, afin de trouver une pelouse régulière et odorante."page 123-124

"[...]Par conséquent, la mer devait aussi geler, sous réserve qu'il fasse suffisamment froid. Peut-être un élément était-il nécessaire comme point d’attache pour que la glace se forme, un tronc d’arbre à la dérive ou le cadavre d’une baleine, mais on ne pouvait nier que la mer gelait. 
“C’est ce que j’ai toujours affirmé, s’écria Forster. Personne ne m’a écouté, naturellement. 
-Mais le sel, dit James, que devient le sel? Nous pensions d’abord qu’il serait pris dans la glace, mais quand nous avons laissé fondre un bloc de glace pêché dans la mer, il s’est transformé en eau douce la plus pure.”" page 143

"La main de son voisin serra la sienne. Il sourit. Le mois précédent, il avait assisté à un concert où se jouait une symphonie d’un nouveau compositeur encore pratiquement inconnu qui travaillait à la cour de Hongrie, disait Palliser. Haydn. Il n’avait encore jamais rien entendu de pareil : frais, inventif, joyeux, mais en même temps d’une profondeur inouïe. “Tu aurais vraiment apprécié, Elizabeth. Et Nat aussi.”" page 145

" “Je voudrais une description aussi fidèle que possible, dit-il. Les insulaires se comportent différemment de nous. Chez nous, on trouverait ça qu’ils font éhonté et dépravé. Mais les insulaires sont-ils du même avis ? Non, ce n’est pas leur avis. Ils ont leurs propres coutumes. Nous n’en connaissons pas la signification et, comme nous avons peur de ces corps nus et de cette intimité exposée au public, sans réfléchir nous nous écrions : c’est immoral ! Faut-il pour cela éliminer du journal la description de ce que nous avons vu ?Je préférerais tout laisser en l’état. Mais ce n’est pas un compte rendu scientifique pour l’Académie, c’est un livre pour amuser le public. Je dois m’adapter, je pense. Les indigènes àTahiti copulaient en public, j’ai vu un Vieil homme avec une jeune fille, une enfant encore, dirions-nous. Les gens avaient formé un cercle autour d’eux et leur criaient des encouragements, des indications, des commentaires. Quelle impression cela peut-il produire sur les lecteurs ici ? Comment puis-je le savoir ? L’enfant ne paraissait pas peinée par la situation, au contraire. Est-ce qu’on va m’intenter un procès Si j’écris une chose pareille ?[...]" " page 186

“Après ma naissance, ma mère a eu quatre enfants, qui sont tous morts. Elle s’est transformée d’une femme joyeuse, entreprenante, en une ombre grise qui se déplaçait avec difficulté dans la maison. J’essayais de la rendre joyeuse, je pensais que c’était ma faute si elle avait tant 
de chagrin. John, mon grand frère, était toute la journée dehors, il travaillait avec père sur les terres. Je restais a la maison et je luttais contre cette tristesse étouffante. Et j’ai perdu. Je n’ai pas pu la sauver. Quand j’ai été en âge d’aller a l’école, cela a été une libération. Skottowe, le propriétaire terrien chez qui père travaillait, trouvait que j'avais des capacités et finançait mes études.Je crois que mère y a été pour quelque chose et je me souviens vaguement de les avoir vus ensemble dans la remise, chuchoter avec véhémence, trop près l'un de l'autre - peut-être que je me l'imagi r. J'étais encore petit." page 201-202

"A l‘horizon, je voyais de gros bateaux passer, en route pour Londres avec leur cargaison de charbon de Newcastle. Un peu plus pres de la rive, des péniches passaient qui transportaient de l’urine vers les sillons d’alun. Toute la misère de cette région se concentre dans cette triste activité. Des tonnes et des tonnes de schiste péniblement détaché, fumant et puant, s’étendent contre les falaises. Au bout d’un an, cette saleté doit étre déversée à la pelle dans des bains alcalins de potasse et mélangée à des algues marines pourrissantes et de l’urine humaine. Cela dégage une puanteur ! Pour finir, il ne reste qu’un cristal d’alun. Ils s’en servent pour teindre le textile. Les péniches qui passaient devant moi transportaient les tonnes de pisse des cafes londoniens, parce que la côte est si peu peuplée qu’on n’y pisse pas assez. "page 203

“Il faut que tu comprennes. Je n’agis pas contre toi. Tu n’y es pour rien. Il y a quelque chose en moi que je ne peux désavouer. Je le sens dès que je traverse la passerelle. Quand je suis sur le pont et que je porte mon regard au loin sur la mer, quand je sens le bateau bouger sous moi et que j’entends les haubans cliqueter centre le
mat, je me transforme. A ce moment-là, je deviens moi-même. ” page 205

"Nous couchons avec leurs femmes et nous perturbons l'ordre social. Imagine ce que nous laissons derrière nous quand nous repartons en bateau. Des mariages brisés, des champs vides, des dirigeants détronés, des enfants métisses. Nous n’y pensons pas. Pas étonnant qu’ils deviennent agressifs. La crainte de nos balles est la seule chose qui réfrène ieur animosité. Il ne faut pas se demander pourquoi la situation devient incontrôlable. C’est plutôt un miracle lorsque tout se passe bien.” page 349

"Il fallait effectuer des réparations qui prenaient énormément de temps, vous le savez. Mais il y avait autre chose. Le capitaine voulait rassembler le plus de données possible susceptibles d’éclairer l’énigme de l’océan Pacifique. Comment se peut-il que, sur ces minuscules pointillés de terre, séparés par des milliers de milles d’eau de mer, on parle partout la meme langue, on construise le même type de canot, on fabrique le même tissu à partir de liber ? Il voulait aller au-delà des objets, il voulait se faire une idée du gouvernement du pays, des usages, de la religion. Ce n’est possible que dans le cadre d’un séjour prolongé. Le capitaine se donnait la peine de faire la connaissance des gens et de les observer. Il se rendait aux cérémonies religieuses, il fréquentait les rois et les prêtres, il assistait à des danses sacrées et il participait à des rites secrets. Ensuite, il écrivait tout ce qu’il avait vu dans son journal. " page 375

" “Il paraissait parfois hors de lui tant il était en colère, dit Isaac doucement. Quelqu’un avait volé une chevre, et cela l’a rendu fou. II a donné l’ordre de raser la téte du voleur et de lui couper les oreilles. King a retenu la main du barbier a la demiere minute et a laissé le pauvre homme sauter par-dessus bord. Je ne devrais peut-étre paste raconter ces histoires. Nous ne comprenions pas. Quand il était vraiment furieux, il faisait détruire les canots et brfller les huttes. Pour construire un de ces canots, les gens mettent des années. Ils sont magnifiques, en bois peint et sculpté. James les appréciait beaucoup. Et pourtant, il se livrait à ces destructions. C’était vraiment cruel, évidemment. Mais par colère, par impuissance. Il ne tirait pas de cette cruauté une sorte de plaisir. Tu comprends ?” " page 381

"L’attente t’empoisonne, pensa Elizabeth. Cela ne s’arrange pas avec les années, cela s’aggrave. On s’épuise et on arrive de moins en moins a le supporter. La peau devient plus lâche autour des os et le visage se creuse de nouvelles rides. Voila ce qui se passe. 
Cela ne faisait pas même deux mois que David Nelson était parti avec le capitaine Bligh sur le navire The Bounty, qui allait chercher des semences et des plantules de l’arbre à pain à Tahiti. Il a emporté des milliers de pots, avait raconté Jane. Ils vont repiquer les jeunes arbres en Jamaïque. De la nourriture bon marché et saine. Grâce à James et à ses contacts dans le Pacifique, le commerce commence a se  développer. Banks est derriere tout cela, il adore l’arbre à pain. " page 418

Critique LE MONDE-LE MONDE DES LIVRES | 26.04.2007 à 11h36 • Mis à jour le 26.04.2007 à 11h36 | Par Nils C. Ahl

"James Cook est de retour de sa deuxième expédition dans le Pacifique. Elizabeth, sa femme, l'a attendu trois ans, amoureuse, impatiente et désespérée, comme "un volcan (...) de pure fureur, dirigée vers un inaccessible". Hugh Palliser, l'ami fidèle, le contrôleur de l'Amirauté, le lui dira plus tard, au moment de mourir : "Tout le monde à (sa) portée est touché de plein fouet". James est de retour, hésitant, retenu, comme quelqu'un qui ne reconnaît pas tout à fait la maison et la femme qu'il a quittées. Pourtant leurs corps se souviennent, savent que c'est ici, que c'est maintenant qu'ils se retrouvent. Elizabeth ne veut pas qu'il reparte. Elle ne veut plus écrire de lettres et attendre les siennes. Pendant qu'il tente de se réhabituer à l'Angleterre et essuie les frustrations de la vie mondaine, Elizabeth déchiffre les journaux de bord pour l'aider à écrire ses livres et ses comptes rendus. Elle boit jusqu'à l'ivresse la vie de l'équipage, des êtres humains et des animaux étonnants qui vivent de l'autre côté du monde . On lui donnera un poste à terre, il restera en Angleterre, près d'elle, le ruisseau coulera dans son lit. Mais James repart, malgré les promesses de Palliser ­ et il meurt sur une plage à Hawaï, en 1779.

Anna Enquist, née en 1945, psychanalyste, poète et romancière, auteur du Chef­d'oeuvre (Actes Sud, 1999), du Secret (Actes Sud, 2001) et des Porteurs de glace (Actes Sud, 2003), est souvent considérée comme un écrivain psychologique qui dissèque ses personnages comme on ouvre un livre ou un cadavre, feuille par feuille, partie par partie ­ jusqu'au coeur. Le Retour ne fait pas exception, portrait méticuleux de la femme d'un marin, de la femme du marin. Mais, sous la montagne, le volcan qui sommeille : pour lire ce grand roman il faut d'autres instruments que le microscope. Le lecteur se munira d'une longue­vue, d'un compas, voire d'une boussole. On ne sait jamais. En effet, au­delà de l'infiniment précis de son portrait de femme, Anna Enquist écrit l'infiniment réuni du monde et d'un être humain. Le Retour est le roman d'Elizabeth abandonnée sur une île, l'Angleterre, par le plus grand coureur d'îles qui soit : James Cook. Il lui file entre les doigts, liquide à force de mers et de rivages, Elizabeth le sait. Ou plutôt : son corps le sait. Ce corps dans lequel James n'oublie jamais de déposer sa semence avant d'embarquer . Son corps de femme, son corps fini, immobile, figé par la maternité, prisonnier de James et de l'Angleterre, son corps, c'est­à­dire le monde entier, le monde réconcilié, revenu des voyages, que lui transmet James comme une maladie : en lui faisant l'amour et en lui envoyant des lettres. Elizabeth est une femme qu'on peut nommer , une terre qu'on a déjà découverte et vers laquelle on revient, poussé par des courants inconnus et fidèles. Dans ce roman, Anna Enquist fait de son personnage principal un point sur la carte, une partie du monde et dans le monde, un rocher , un point d'eau pour les oiseaux migrateurs et un havre pour les explorateurs. Quand James entreprend finalement sa troisième et dernière expédition, Elisabeth attend. Comme elle a attendu qu'il revienne, elle attend qu'il reparte. Elle se gorge de chaque instant, du corps et de la présence d'un homme qui a le goût de l'aventure et des sauvages. Elle veut retenir ce goût dans sa bouche, son corps s'en souviendra ­ prémonition de la dévoration probable de James par les indigènes. A ce moment, le roman est devenu un autre. Il n'est plus le roman psychologique du début, ou plus exactement, le lecteur n'y croit plus car il sait qu'au­delà d'Elizabeth, en elle et par elle, c'est le monde entier. Dès le début du livre, les journaux de bord et les récits de James tiennent une place importante, la correspondance d'Elizabeth aussi. Avec la décision de repartir , la mort qui s'annonce, les personnages semblent se figer sur la scène. Le monde entier se jette sur eux et les recouvre : lettres, récits contradictoires de la mort de James, journal de bord mystérieux. Elizabeth laisse Cook se faire dévorer aux antipodes. D'un bout à l'autre du monde, il est là, réconcilié, et elle porte ce monde cartographié avec elle. Elle l'a tenu dans ses bras, insaisissable et inaccessible, fragmenté par le souvenir de leurs premières rencontres , de leurs baisers, et par les lettres. Le grand explorateur est éparpillé entre le lit conjugal, ses enfants qui meurent les uns après les autres, et le Pacifique toujours recommencé. La réconciliation de l'homme­monde James Cook est dans son éclatement, elle ne se fait que par Elizabeth et par le roman d'Anna Enquist ­ enfin. Dans Le Retour, au­delà d'un remarquable roman psychologique, Anna Enquist invente un personnage brisé et vivant, Elizabeth, femme ici et ailleurs, être recomposé dans la vie de James et dans sa mort. Elle n'a d'autre rivale que le monde entier"

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mercredi 3 août 2016

Coup de ♥: "L'allée du Roi" de Françoise CHANDERNAGOR

L'allée du roi de Françoise CHANDERNAGOR 515p 030816

En quatrième de couverture

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dimanche 24 juillet 2016

♦L'effet papillon♦ de Jussi ADLER

L'effet papillon de Adler OLSEN 240716

Mot de l'éditeur

Marco, un adolescent de quinze ans, a passé toute sa vie au sein d une bande de jeunes voleurs exploités par son oncle Zola. Un jour, alors qu il essaie de sortir de la clandestinité, il découvre le cadavre d un homme, lié à des affaires de corruption internationale, dans le bois derrière les maisons de son ancien clan, et doit fuir, poursuivi par son oncle qui veut le faire taire. 

Parallèlement, l enquête du Département V sur la disparition d un officier danois, piétine. Du moins, jusqu à ce que Carl Mørck ne découvre qu un jeune voleur, Marco, pourrait avoir des informations pour résoudre ce cold case. 

Déjà traqué par la bande de Zola, Marco déclenche malgré lui un tsunami d évènements et se retrouve avec des tueurs serbes et d anciens enfants soldats sur le dos. Aucun moyen ne sera épargné pour l éliminer et gagner le département V de vitesse.

Encore une fois, Jussi Adler-Olsen a réussi à nous surprendre. Dans ce cinquième tome de la série, Carl Mørck et ses assistants s'engagent dans une course-poursuite au suspense haletant qui, des rues de Copenhague, les amène jusqu'en Afrique.

J'ai fini ce roman il y a déjà plusieurs semaines. Mes souvenirs sont assez vagues. Ce roman a été prêté par une amie. Je connais les adaptations très réussies des romans de JUSSI ADLER OLSEN au cinéma mais je n'avais jamais lu les livres. Chose faite. Il s'agit ici d'un véritable page-turner. Polar qui se lit d'une traite. J'ai beaucoup aimé le personnage charismatique d'Assad, assistant de Carl Mørck qui a l'air d'avoir un passé trouble. Je pense que l'auteur nous éclairera davantage sur ce personnage dans ses prochains romans.

Bref, un très bon polar suédois danois qui "vide" bien la tête!

Ma note: 4/5

"Assad hocha la tête. "Ha ! Vous avez marché, chef. C'est comme le chameau qui apprend qu'il doit s'accoupler avec une femelle dromadaire..."
Et il se tapa sur la cuisse en hoquetant de rire.  Carl ne chercha pas à comprendre l'allégorie."

"La vérité sort toujours de la bouche des enfants et des ivrognes."

"Marco n'avait plus peur. On ne ressent la peur et l'appréhension que si on tient à la vie, si l'on a foi en l'avenir et si on est attaché aux gens qui vous entourent et qu'on ne veut pas les perdre. Mais quand la haine a remplacé l'amour, la peur s'en va. 
Et Marco n'avait plus que de la haine dans son cœur."

"- Détendez-vous, chef. J'ai parlé avec Allah ce matin. Nous allons avoir une belle journée, le rassura Assad. Décidément, le petit homme avait des relations haut placées." page 205

"Un petit coup vite fait après une longue journée, ça fait du bien à tout le monde. Ca vide la tête et les bourses et on se sent plus détendu après. La voix de son interlocuteur lui fit donc le même effet qu'une douche glacée sur les parties." page 323 

"Il (Marco) préférait trouver sa pitance dans le container d'une petite épicerie que dans celui de Netto ou de Brugsen, où il devrait disputer sa nourriture avec de jeune Danois qui vivaient en communauté mais n'aimaient pas partager. La lutte des classes était partout, même dans la rue." page 261

"– Pas de dettes de jeu, la coupa Assad. Pourquoi l’aurait-on supprimé pour un problème lié à l’argent puisqu’il pouvait payer ? On ne lance pas un cerf-volant quand il n’y a pas de vent. » Carl regarda Assad, perplexe. Parfois il se disait qu’on aurait dû livrer le modèle avec sous-titres." 

""Lire le consolait. Chaque mot était pour lui comme une caresse, tout le mettait en joie, jusqu'au prénom du personnage principal."

"Car ce garçon (Marco) était le battement d’aile du papillon en Amérique du sud qui pouvait provoquer une tornade au Japon. Il était celui qui renverse le premier domino et provoque la chute de tous les autres."

"- Le sexe mis à part, la mère et le fils se ressemblent comme deux outres d'eau, fit remarquer Assad dans un grognement.
- Deux gouttes, Assad. on dit deux gouttes." page 157

"Écoute, Assad. Tu connais le topo. Vas-y doucement quand même. – OK, chef. Mais au fait c’est qui ce Topo ? – Laisse tomber, Assad, c’est une expression."

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samedi 9 juillet 2016

♦Micro♦ de Michael CRICHTON

Micro de Michael CRICHTON 468p 090716

En quatrième de couverture

Une mystérieuse société, Nanigen MicroTechnologies, s’est installée dans les environs d’Honolulu. Officiellement, Nanigen fait de la bioprospection. En réalité, elle s’intéresse de près aux nanotechnologies : elle fabrique des microrobots au moyen d’un mystérieux générateur tensoriel qui lui permet de réduire aussi bien les objets que les créatures vivantes. Grâce à ces inventions, Nanigen découvre dans la jungle d’Oahu des milliards de micro-organismes inconnus. 
Pour exploiter cette manne prometteuse de nouveaux médicaments vitaux et de profits inimaginables, il lui faut des chercheurs. D’autant plus que ses méthodes ne sont pas sans danger pour son personnel et que son PDG, Vin Drake, est prêt à vendre son âme au diable… Ses dirigeants contactent à Cambridge, Massachusetts, un groupe de sept étudiants en biologie dont chacun se distingue dans son domaine. Leur faisant miroiter des outils de travail incroyablement innovants qui les porteront à l’avant-garde de la recherche scientifique, ils les invitent à Hawaï tous frais payés. Eric, directeur de Nanigen et frère de Peter, l’un des étudiants, disparaît. Arrivé à Hawaï, Peter comprend vite que son frère a été éliminé par Vin Drake, avec la complicité d’Alyson Bender, la directrice financière. 
Il décide de les confondre en présence des autres étudiants. La confrontation tourne mal. Les étudiants se retrouvent miniaturisés et abandonnés dans la jungle. Face à un environnement hostile, peuplé de créatures gigantesques par rapport à eux, qui ne mesurent plus qu’une douzaine de millimètres, ils n’ont pour se défendre que leurs connaissances de biologistes. En outre, le temps leur est compté. 
En effet, s’ils ne retrouvent pas leur taille dans les trois jours, tous les êtres vivants miniaturisés meurent de la maladie des caissons. Commence alors une course folle contre la montre face à une nature cruelle et sans états d’âme et à un Vin Drake prêt à tout pour se débarrasser de ces témoins gênants…

Une très grosse déception! Dernier roman de Michael CRICHTON que je lis et dernier roman écrit par ce dernier. Décédé avant d'avoir pu mettre un point final au roman, la relève de l'écriture a été faite à Richard PRESTON.

Pourquoi c'est une déception: Les personnages ne sont pas assez mis en relief. Et puis il manque un petit quelque chose qui aurait pu me faire rentrer complètement dans l'histoire.

Ce que j'ai aimé: roman "intelligent" qui nous immerge dans un monde invisible à l'oeil nu. 

Ma note: 2,/5

"Les guêpes représentaient les lions du monde des insectes. Elles étaient utiles, elles tenaient en échec des populations d'insectes mangeurs de plantes, tout comme les lions maintenaient l'équilibre de l'écosystème. N'empêche que ce n'était pas une raison pour laisser l'une d'elles dévorer Rick." page 357

"Comme tous les prédateurs, elle était intelligente; capable d’apprendre, et dotée d’une excellente mémoire. En fait, elle possédait neuf cerveaux. Ils se composaient d‘un cerveau maître et de huit cerveaux mineurs en chapelet le long de sa moelle épinière, telles des perles sur un fil. Elle se classait parmi les insectes les plus intelligents. Elle s’était accouplée une fois avec son partenaire qui avait succombé juste aprés. C’était une reine qui resterait solitaire sa vie entière. Il s'agissait d'un pompile." page 350

"Une fois dans cette position, l’araignée souleva l’homme et enfonca ses crocs plus profondément. Dés que les pointes incurvées acérées comme des rasoirs percérent son armure, elles injectèrent du poison. 
Le corps se gonfla sous la pression du liquide et des bruits d’éclatement parcoururent la cuirasse tandis qu’un mélange de venin et de sang suintait par les lissures. Alors que le poison faisait son oeuvre, l’homme se cambra et agita la tête. Les neurotoxines déclenchaient une tempéte dans son systéme nerveux central. Il se tordit dans tous les sens et entra en convulsions, frappé par une crise d'épilepsie. Ses yeux roulérent dans leurs orbites. On on n'en voyait plus que le blanc. Et subitement, ce blanc vira au rouge. Ses vaisseaux sanguins se rompaient dans tout le corps tandis que le venin qui contenait des enzymes digestives lui liquéfiait les chairs. Alors que le corps était terrassé par les hémorragies internes, 1e coeur s’arrêta.Le venin de l’araignée déployait la puissance d’Ebola en trente secondes. Elle continua d'injecter son poison dans le cadavre jusqu’à ce que l’armure se fende enfin. Le plastron s’ouvrit d’un coup et les viscères sortirent, dégoulinants de venin." page 298

"Ce sont les phéromones que nous sentons, les Signaux Chimiques qui permettent aux animaux et aux plantes de communiquer, expliqua-t-elle aux autres. Le langage invisible de la nature. 
Elle se sentait presque grisée par la découverte de ce spectre infini d’odeurs. Cette révélation l’enthousiasmait et l’effrayait à la fois. 
Elle prit une poignée de terre et la renifla. Elle grouillait de minuscules nématodes, de nombreux acariens et de quelques petites créatures dodues appelées oursons d’eau. Cela sentait légérement les antibiotiques. Jenny savait pourquoi : la terre était remplie de bactéries et notamment de plusieurs sortes de streptomycmes. 
C’est un des types de bactéries qui fabriquent des antibiotiques, leur expliqua-t-elle. Les antibiotiques modernes en sont dérivés. La terre était également parcourue de filaments fongiques connus sous le nom d’hyphes. Jenny en tira un du sol : il était rigide quoique légérement extensible. Un centimètre cube de terre pouvait contenir plusieurs kilomètres de ces filaments." page 178

"Comme vous le constatez, il s’agit d‘une machine qui effectue des forages et des prélévements sur une échelle microscopique. Et elle a beaucoup à faire, car un bac de terre comme celui-ci renferme un vaste univers interdépendant encore inconnu dc l’homme. Il contient des milliards dc micro-organismes, des dizaines de milliers d‘espéces dc bactéries et de protozoaires, la plupart non répertoriées. ll peut y avoir des kilomètres d’hyphes fongiques d‘une infinie finesse dans un échantillon de sol dc cette taille. Et un million d’arthropodes microscopiques ct d’autre: insectes minuscules, trop petits pour étre distinguées à l’oeil nu. Sans compter des dizaines de vers de terre de différentes tailles. En fait, il y a davantage de créatures microscopiques dans ce petit carré dc terre qu’ll n'y en a de visibles à l'oeil nu sur le sol de notre planète. Réfléchissez. Nous les humains, nous vivons à la surface. Nous croyons que c’est là que se concentre la vie. Nous pensons en termes d’êtres humains, d’éléphants, de requins et de forêts. Mais nos perceptions sont fausses. La réalité est bien différente. Le véritable berceau de la vie, là où ça grouille, ça creuse, ça se reproduit, ca s’agite, c’est en dessous, dans le sol. Et c’est là que nous ferons des découvertes!" page 104

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samedi 14 mai 2016

♦Le grand coeur♦ de Christophe RUFFIN

Le grand coeur de Jean christophe RUFIN 500p 140516

Mot de l'éditeur

Dans la chaleur d'une île grecque, un homme démêle l'écheveau de son destin. Fils d'un modeste pelletier, il est devenu l'homme le plus riche de France. Il a permis à Charles VII de terminer la guerre de Cent Ans. Il a changé le regard sur l'orient. Comme son palais à Bourges, château médiéval d'un côté et palais Renaissance de l'autre, c'est un être à deux faces. Aussi familier des rois et du pape que des plus humbles maisons, il a voyagé à travers tout le monde connu. Il a vécu la chute, le dénuement avant de retrouver la liberté et la fortune. Parmi tous les attachements de sa vie, le plus bouleversant fut celui qui le lia à Agnès Sorel, la Dame de Beauté, première favorite royale de l'Histoire de France. Son nom est Jacques Coeur. Il faut tout oublier de ce que l'on sait sur le Moyen Age et plonger dans la fraîcheur de ce livre. Il a la puissance d'un roman picaresque, la précision d'une biographie et le charme mélancolique des confessions.

Je ne connaissais ni Christophe RUFIN, ni Jacques Coeur. Après cette lecture, j'ai envie de lire d'autres parutions de l'auteur et j'ai envie d'en savoir davantage sur Jacques Coeur qui a ramener un peu d'Orient en Occident au travers de son négoce, une première à cette époque.

Ce roman historique est divisé en plusieurs chapitres:

I. Sur la terre du roi fou
II. La caravane de Damas
III L’Argentier 
IV. Agnès 
V. Vers la renaissance d'une
Postface

Ma note: 4/5

"Lorsque je me discipline à former des phrases, lorsque je me force à mettre de l’ordre dans ce que la vie a jeté pêle-mêle en moi, je ressens dans les doigts et dans l’esprit une douleur bien proche de la jouissance. Il me semble que je participe d’une façon nouvelle au laborieux accouchement par lequel ce qui est venu au monde y retourne, en forme d’écriture, après la longue gestation de l’oubli. Au feu du soleil de Chio, tout ce que j’ai vécu devient clair, coloré et beau, même les moments douloureux et sombres. je suis heureux." page 19

"Ces hommes des bois étaient en général vêtus eux-mêmes de fourrure. Mais ils la portaient pelage apparent, tandis que l’ouvrage des fourreurs comme mon père était de monter les peaux retournées, le pelage vers le dedans, pour tenir chaud, dépassant à peine le bord des manches ou du col. Longtemps, je fis la différence entre le monde civilisé et la barbarie sur ce seul critère." page 21

"Si la force procédait du corps, le pouvoir, lui, était œuvre de l’esprit. Sans démêler clairement ces concepts, j’allai cependant un peu plus loin et ma réflexion m’amena en quelque sorte au bord d’un précipice. Si j’avais pris le pouvoir par l’esprit, pendant cette mésaventure, ce n’était pas grâce à des connaissances particulières. Je ne savais pas où nous nous trouvions et je n’avais l’expérience d’aucune situation analogue. Mes décisions n’avaient pas non plus procédé d’un raisonnement, sauf peut-être pour nous faire emprunter d’abord des chemins inaccessibles aux gros soudards qui nous poursuivaient. Pour l’essentiel, j’avais agi par intuition, c’est-â-dire en évoluant dans le monde habituel de mes songes. Ainsi, c’était la pratique de ce qui n’existe pas qui m’avait permis d’agir et de commander dans le monde réel." page 37

"Dans notre nouveau quartier, à quelque distance de ma maison, vivait une famille que mes parents tenaient pour considérable. Avec le temps, je commençais à me rendre compte que tous les bourgeois n’étaient pas d’égale fortune. Malgré l’admiration que j’avais pour mon père, il me fallait bien me rendre à l’évidence : il était loin d’occuper les premiers rangs. Les drapiers, comme Messire de Varye, le père de Guillaume, étaient plus considérables. Certains négociants, en particulier ceux qui traitaient du vin et des céréales, avaient fait construire des maisons bien plus grandes et luxueuses que la nôtre. Au-dessus encore venaient les métiers de l’argent. Un de nos voisins était changeur. Sa richesse lui avait permis d’acquérir la charge de valet de chambre du duc. Il ne se contentait pas de venir au palais, comme mon père, pour y solliciter et se faire rudoyer. Il avait une place, modeste peut-être mais officielle, au sein du monde ducal. Cela suffisait à lui conférer à mes yeux un prestige considérable. " page 49

"Florins, ducats, livres portent la trace de leur naissance. Ils sont frappés à l’effigie du souverain sur les terres duquel ils ont été créés. Ensuite, ils cheminent de main en main, et entrent dans des pays inconnus. Ceux qui les rencontrent s’interrogent sur leur valeur, comme on le fait pour des serviteurs que l’on décide ou non de prendre dans sa maison. Les métiers de l’argent, fondeurs, banquiers, changeurs, prêteurs forment un réseau immense, réparti dans l’ Europe entière. À la différence de mon père, qui était habile dans une marchandise particulière, les hommes de l’argent n’en touchent aucune mais peuvent les acquérir toutes. Ces petites pièces brillantes et usées par le frottement de doigts avides contiennent en puissance une infinité de mondes possibles. Un ducat, selon la volonté de celui qui l’a entre les mains, peut devenir repas de fête, bijou, bœuf, voiture, bonheur, vengeance... L’argent est du songe pur. Le contempler, c’est faire défiler devant soi l’interminable procession des choses de ce monde. " page 57

"J’étais plein de doutes, de projets et d’espérance. Nombre de ces idées étaient des chimères, et certaines d’entre elles décideraient plus tard de ma vie. Ces années, entre vingt et trente ans, furent celles où, laborieusement mais avec force, se détermina l’image que je me ferais du monde et la place que j’ambitionnerais d’y tenir. " page 58

"Nul ne savait ce qu’il adviendrait de ce souverain sans royaume, que toute sa famille combattait. À l’ époque et malgré le rôle qu’ il devait jouer par la suite clans ma vie, il n’ était, à mes yeux, qu’un prince parmi les autres et je ne fondais aucun espoir sur lui. Mon père mourut quand le dauphin Charles devint le roi Charles VII. Le pauvre homme eut le temps de me dire qu’il fallait reconnaître son autorité. Jusqu’au bout, il resta inquiet du fond de rébellion qu’il sentait en moi. " page 62

"Je m’efforçai de suivre ses traces. J’y parvins pendant plusieurs années sans en retirer de grandes satisfactions. Je ne m’en rendais pas compte. Il est un âge où l’on peut forcer sa nature avec sincérité et se convaincre, jour après jour, que l’on suit un chemin nécessaire alors qu’il vous éloigne de votre volonté profonde et que l’on s’égare. L’essentiel est de garder assez d’énergie pour changer lorsque l’écart devient souffrance et que l’on comprend son erreur. Je décidai donc, parmi tous les commerces, de choisir celui de l’argent. À cette époque, c'était une matière rare. La quantité de monnaie qui circulait suffisait à peine aux échanges. Nombre d’affaires, faute de pouvoir être réglées en numéraire, donnaient lieu à des paiements en nature ou à des lettres de crédit. Les pièces les plus courantes étaient en argent, celles qui avaient le plus de valeur étaient en or. Parmi tous les obstacles qui freinaient le commerce, le manque de liquidités était un des principaux. Ceux qui traitaient de la monnaie occupaient une place convoitée. S’ils étaient capables de prêter ou de faire parvenir de l’argent à un créancier lointain en évitant l’aléa des transports, ils disposaient d’un grand pouvoir. Je crus d’abord qu’un tel pouvoir me satisferait." page 63

"Les monnayeurs sont les forgerons du métal précieux, Leur art emprunte aux mystères chtoniens de 1a mine et du feu. Au lieu de marteler des socs de charrue ou des lames de couteau, ils fabriquent ces petites pièces d’or ou d’ argent qui vivent ensuite leur vie en circulant de main en main. Le chemin des monnaies est une incessante aventure, avec ses haltes dans les poches, ses sorties dans les odeurs de foin et de bétail des marchés, ses moments de bousculade, dans les coffres pleins des banquiers, ses intermèdes solitaires, dans la besace du pèlerin. Mais à l’origine de toutes ces péripéties, il y a le moule du monnayeur. " page 70

"Le reste de ces années ne m’ avait laissé aucun souvenir marquant. C’était la preuve cruelle de ce que mes désirs et mes actes avaient été de peu d’ambition. je n’avais entrepris et espéré que de petites affaires, à la mesure de notre petite ville. Capitale par défaut d’un roi sans couronne, cette cité jouait à avoir de l’importance et, en cela, je lui étais semblable. Même mon association avec Ravand, sur laquelle j’avais fondé de grands espoirs, n’était qu’une Chimère. La réalité avait des couleurs moins brillantes : nous étions de petits escrocs. Nous tirions un profit personnel d’une trahison. Nous étions chargés d’une mission et nous la remplissions volontairement mal. Ce faisant, nous ne spoliions pas seulement le roi, mais č des travaux d’un moine, Nicolas Oresme. Il avait démontré que la mauvaise monnaie affaiblit le commerce et mine un royaume. Ainsi nous n’avions pas seulement tenté de nous servir en prélevant sur la richesse commune. Nous avions brisé les roues du chariot que l’on nous  demandait de conduire. Nous étions des misérables." page 76

"J'appris, pendant que j’étais prisonnier, qu’une nouvelle manifestation de cette déraison était récemment apparue. Mes geôliers me racontèrent qu’une fille de dix-huit ans, sans illustration et sans lettres Simple bergère en un village des confins de l’Est, s’était recommandée de Dieu pour sauver le royaume. Et que le souverain, acculé à la défaite et sur le point de perdre Orléans, avait mis cette dénommée Jeanne d’ Arc à la tête de ses armées. La folie du père avait certainement gagné le fils, pour en arriver à convoquer des Succubes et à leur confier le sort du royaume..." page 78

"Certains de ces repères étaient d’authentiques châteaux forts dans lesquels ces chefs de guerre entretenaient de véritables cours et se livraient à tous les excès, sans crainte d’encourir le moindre châtiment, C‘était à mes yeux une preuve supplémentaire de la folie de ce monde. En même temps, j’aurais bien aimé, sans le souhaiter pour autant, pouvoir contempler de mes yeux de tels seigneurs dévoyés. Il me semblait qu’il y avait dans ces vies de chevalier-brigand une volonté de s’affranchir de l’ordre et du destin qui n’était pas sans rapport avec les ambitions que je nourrissais moi-même. Mais nous atteignîmes le Rhône sans en avoir croisé aucun. " page 82

"A mesure que nous avancions, Gautier et moi, nous devenions plus semblables. La chaleur nous avait fait ôter les vêtements chauds, nous étions frères en chemise. N’eût été la différence de nos montures, rien n’aurait pu distinguer le serviteur du maître. Nos longues étapes étaient silencieuses, car Gautier n’était guère bavard. Bercé par le pas du cheval, je roulais des pensées sans ordre. Quand il m’arrivait de considérer les trente-deux années écoulées de ma vie, j’étais étonné de les voir ressembler si peu à l’homme que ce voyage révélait à lui-même. Je sentais en moi, dépouillé de tout au milieu de ces paysages écrasants, un appétit. pour la liberté qui rendait étonnant le peu d‘usage que j’en avais fait jusque-là." page 83

"Nous louâmes des ânes à un moucre et partîmes en direction de Damas. Le chemin serpentait dans la montagne. Malgré la chaleur des journées, les nuits étaient glaciales. Nous nous réveillions couverts d’une abondante rosée qui glissait sur la peau et s’inflltrait dans le col. Ensuite, nous descendîmes par une large vallée que les pèlerins nomment la vallée de Noé. Ils croient que c’est précisément en ce lieu que Noé construisit son vaisseau, en attendant le déluge."

"Rien ne pouvait m’apporter autant de bonheur que cette naissance à une vie inconnue qui promettait tout à la fois la beauté et la mort, les privations aujourd’hui et demain, sans doute, la richesse. A rebours de la vie bourgeoise qui m’avait apporté la sécurité, l’existence d’aventures qui s’ouvrait à moi rendait possible le pire mais aussi le meilleur, c’est-à-dire l’inconcevable, l’inattendu, le fabuleux.j’avais enfin le sentiment de vivre."

"Mais ils n’avaient rien compris au Combat qui s’était déroulé en moi, Comment leur expliquer que je venais de rejeter les mille vies que j’aurais pu vivre au profit: d’une seule! à laquelle se borncrait désormais mon horizonPje portai en moi le deuil douloureux de ces destins imaginaires. Cet instant fut le plus grand tournant de mon existence. J’étais parti pour Damas en ayant des désirs innombrables et j’y arrivai privé de ces promesses. Il me restait une seule choseà faire : rendre la seule vie qui m’était donnée riche et heureuse. Ce serait déjà beaucoup mais ce serait peu." page 102

"Encore avais-je conscience de ne pas en mesurer toute l’étendue car; nous autres chrétiens, n’avions pas accès à celles qui étaient à la fois les bénéficiaires et les dispensatrices suprêmes de ces plaisirs, c‘est-â-dire les femmes. Nous étions sévèrement surveillés sur ce point et toute intrigue menée avec une musulmane nous eût valu la décollation. Cependant, nous les apercevions. Nous les rencontrions dans les rues, nous croisions leurs regards à travers leurs voiles ou les grilles de leurs fenêtres, nous distinguions leurs formes, nous humions leurs parfums. Quoique recluses, elles nous semblaient plus libres que nos femmes d’Occident, plus dédiées à la volupté. et promettaient des plaisirs que le corps révélé au hammam nous donnait l’audace d’imaginer. Nous sentions que l’intensité de ces plaisirs pouvait nourrir des passions violentes. Les étrangers se répétaient des histoires sanglantes de jalousies ayant conduit au meurtre et parfois au massacre. Loin de provoquer une répulsion, ces excès ne faisaient qu’accroître le désir. Plusieurs marchauds avaient payé de leur vie l’incapacité où ils avaient été de résister à ces tentations." page 105

 

"Le plus étrange est que ce dénuement, loin de m’ accabler, me remplit d’un plaisir inattendu. Je me sentais nu comme un nouveau-né. Et, en effet, c’était à une nouvelle vie que je naissais. j’avais fait le deuil de mes rêves et je les avais remplacés par des souvenirs. Je revenais plein de projets ambitieux, plus riche que si j’avais porté avec moi quelques pièces de soieries ou des ballots d’épices. Ma richesse était encore invisible, en devenir. Je celai en moi ce bien précieux, monnaie dont je ne savais encore ce qu’elle me permettrait d’acquérir. Mais j’avais confiance." page 112

"Je ressentais chez lui une énergie mauvaise, un enthousiasme destructeur qui le portait à vouloir s’en prendre à toute autorité. C’était par nature un rebelle. Il était l’un de ces êtres, j’en ai rencontré quelques-uns par la suite, qu’une plaie invisible, jamais cicatrisée, ouverte dans l’enfance par la violence d’un proche, conduit leur vie durant à hurler une haine indistincte." page 117

"Quand on en vint à définir mon rôle dans l’affaire, je leur déclarai simplement que je comptais rester monnayeur. Notre commerce, comme tous les autres à cette époque, serait perpétuellement entravé par le manque de métal précieux qui affectait le royaume. Nous ne pourrions pas recourir au troc, tant que nous ne disposerions pas de marchandises en réserve. Il nous fallait contrôler les voies de la monnaie et disposer d’un crédit chez tous les changeurs de France. Ce serait ma tâche. Voilà ce que je leur dis et ils l’acceptèrent. Mais ils étaient bien conscients qu’il y avait d’autres choses, que je ne disais pas. La première était inutile à formuler car elle allait de soi, à savoir que j’étais leur chef. L’entreprise porterait mon nom. Ils l’invoqueraient auprès de leurs interlocuteurs tel un sésame, une mention divine que l’on prononce à voix basse, pénétré de respect. Il était entendu, cela allait sans le dire, qu’à compter de ce jour, ils avaient pour tâche, dans l’intérêt de nous tous, de bâtir ma légende, de faire de mon nom une marque, un mythe. Ils seraient pour moi ce que Pierre et Paul avaient été pour le Christ : les créateurs, soumis, de sa gloire universelle. " page 125

"Nous réutilisâmes d'anciens moules en retouchant les inscriptions : Charles VII remplaça Henri VI. Le bricolage donnait Chenrl VII mais nul ne s’en formaliserait: Nos alliages n’étaient guère précis et les monnaies que nous produisions n’avaient pas très bonne mine. Le négociant que j’étais se serait volontiers laissé aller à fabriquer un numéraire de meilleur choix. j’étais bien convaincu que la qualité de la monnaie est nécessaire à un pays pour inspirer confiance et attirer les meilleures marchandises. Mais du Châtel m’avait laissé entendre qu’il comptait me voir dégager rapidement des profits de cette activité et je ne pouvais y parvenir qu’en employant les recettes déloyales de Ravand. " page 163"Chaque vente entraînait un nouvel achat, un nouvel échange, un nouveau gain et chaque gain, immédiatement investi, entrait lui-même dans le cycle des mouvements incessants auquel nous étions en train de donner le branle. Le manque de numéraires et la croissance rapide de nos activités ne nous permettaient pas le luxe un peu inutile qu’aurait été la thésaurisation monétaire. Parfois, quand les convois passaient par notre ville, je distrayais des pièces de soie ou d’orfèvrerie pour les offrir à Macé. j’avais presque l’impression de nous voler et nous n’en proñtions que mieux. Plus tard, quand la richesse a mis à ma disposition permanente plus d’objets précieux que je n’aurais jamais pu en désirer, j’ai regretté parfois ces premiers moments de prospérité. Ils allaient de pair avec une sorte d’incrédulité, et presque de culpabilité, qui rendait l’acquisition des objets plus voluptueuse encore que leur possession. " page 150

" Ce fut lui, un matin, qui m ’annonça la dernière rumeur: le roi allait repartir. Les Parisiens ne savaient trop quoi penser de cette décision. D’ un côté, ils étaient fiers d’ être redevenus la capitale et le séjour du monarque. De l’ autre, Charles et son entourage les avaient traités non en sujets loyaux mais en vaincus avec une dureté dont même les Anglais n’avaient pas fait preuve. " page 161

"Nous réutilisâmes d'anciens moules en retouchant les inscriptions : Charles VII remplaça Henri VI. Le bricolage donnait Chenrl VII mais nul ne s’en formaliserait: Nos alliages n’étaient guère précis et les monnaies que nous produisions n’avaient pas très bonne mine. Le négociant que j’étais se serait volontiers laissé aller à fabriquer un numéraire de meilleur choix. j’étais bien convaincu que la qualité de la monnaie est nécessaire à un pays pour inspirer confiance et attirer les meilleures marchandises. Mais du Châtel m’avait laissé entendre qu’il comptait me voir dégager rapidement des profits de cette activité et je ne pouvais y parvenir qu’en employant les recettes déloyales de Ravand. " page 163

"Ledit Marc se présenta un matin, les yeux bouffis et le teint cireux. Il était apparent qu’il n’avait pas passé une nuit tout à fait honnête. je ne me suis jamais arrêté à la première impression, surtout quand il s’agit de filous. C’est une espèce variée dans laquelle on découvre, pourvu qu’on y prête attention, les meilleurs éléments de l’humanité. Le monde du crime concentre beaucoup d’intelligence, d’audace, de fidélité, et j’oserai dire d’idéalisme. À condition que ces qualités ne soient point gâtées par une part trop importante de mensonge, de violence et d’affabulation, elles peuvent être extrêmement utiles. ]‘ai, pour ma part, été mieux servi dans ma vie par des gens que j’ai péchés dans les bas-fonds que par beaucoup de personnages prétendument honnêtes: la couardise seule les retenait de se livrer aux pires crimes et leur seul mérite était souvent de tempérer le vice par la peur. " page 173

"Je me rendis vite compte que mes compagnons voyaient la situation autrement que moi. Ils ne connaissaient de notre projet que sa partie commerciale et ignoraient les plans plus vastes que j’avais conçus. Ils comprenaient mal pourquoi je m’étais rapproché du roi et l’interprétaient comme le désir d’asseoir notre capacité monétaire sur une solide charge de monnayage. " page 189

"Pourquoi aimais-je le luxe? Pour quelle, raison profonde étais-je depuis si longtemps fasciné par la décoration des belles demeures, le chatoiement des tissus, l’ordonnance des palais? Cet attachement ne venait pas d’une nécessité. Il m’était indifférent de vivre ici plutôt que là et je me sentais bien dans la plus humble maison. Sitôt que je n’avais pas à paraître, j’ôtais les vêtements riches et je m’habillais d’une simple tunique de toile. Si j’aimais le luxe, si j’admirais l’habileté des artisans, des architectes et des orfèvres, c’était pour une raison plus subtile et moins évidente. En vérité, j’aime et j’admire tout ce que l’esprit humain crée pour permettre à nos demeures de ressembler à la nature. L’or des feuillages d’automne, le bistre des labours, le blanc de la neige, les bleus infiniment variés du ciel nous sont dérobés par les murs; nous en sommes privés par le couvert des toits, l’obstacle des volets de bois, le rideau des clôtures. L’art est le seul moyen de restituer à notre décor confiné ces richesses gratuites dont nous sommes coupés." page 193

"L'attitude de ces hommes avec le roi me rappelait mes propres sentiments à son égard. ll ne s’agissait ni de soumission servile ni de volonté dd le dominer comme le faisaient les grands seigneurs. Le roi régnait sur eux par faiblesse et leur inspirait la même volonté de le servir et de le protéger que j’avais moi aussi ressentie dès notre manière rencontre à Bourges. J’observai le souverain avec les autres et cela me permit de mieux comprendre mes propres réactions devant lui. Sa démarche de guingois, les mouvements hésitants et malhabiles de ses longs bras, l’expression de lassitude douloureuse de son visage, toute son attitude pouvait être tenue pour un appel à l’aide. Quand un des hommes qui l’entouraient lui avançait un fauteuil, ce n’était pas pour faire assaut d’obséquiosité; ce geste était plutôt un apitoiement sincère, un empressement charitable, tel qu'en éprouve celui qui entend les cris d’un noyé et lui lance une planche pour qu'il s'y agrippe." page 197

"Le roi me fit asseoir près de lui. Il me présenta quelques personnes. Pour la plupart, c’étaient les nouveaux commis de son règne, des hommes avec lesquels, des années durant, j’allais partager quotidiennement la charge des affaires de l’État. Eux le savaient sans doute, moi pas encore. Je ne vis qu’une succession de visages nouveaux et de noms encore peu connus. Je ne distinguai parmi eux que Pierre de Brézé, déjà célèbre en son jeune âge, compagnon d’armes de jeanne d’Arc, homme de main de l’ancien connétable. La rumeur l’accusait d’avoir fait partie du petit groupe qui avait enlevé chez lui La Trémoille, le conseiller du roi, homme sensuel et dépourvu de morale. Brézé me plut immédiatement par sa simplicité. " page 199

"Charles VII, pour lui ôter sa pénible identité d’enfant illégitime, l'avait récemment nominé comte de,Dunois. Le seul grief qu’il avait contre le roi etait le peu d empressement que montrait celui-ci à payer la rançon de son demi-frère, Charles d’Orléans, prisonnier des Anglais depuis Azincourt Dunois n’avait à vrai dire aucune sympathie pour ce demi-frère qui n’aurait pas manqué, s’il avait été libre, de le traiter avec mépris. Mais les bâtards sont ainsi : la douleur de leur condition les conduit à tout tenter pour se faire reconnaître de la famille dont ils sont issus. Charles d’Orléans écrivait des vers à Londres et Dunois, au fond de lui, ne s’apitoyait pas sur son sort. " page 210

"La liste des mesures qu’il prit pour réformer le royaume procédait à l’évidence d‘une longue réflexion. À cette capacité intellectuelle, il sut ajouter  une grande détermination dans les actes. La révolte des princes avait été surnommée la Praguerie, en référence aux événements qui avaient ensanglanté la Bohême. Pour venir à bout de cette Praguerie, le roi fit usage, pendant ces quatre années, de la force autant que de la négociation; il sut condamner sans pitié et pardonner quand il le fallait. Il joua le peuple et la petite noblesse contre les grands. Tout se passait comme si, après le long prélude de la guerre anglaise, son règne avait enfin commencé. L’enfant roi qu’on avait dû soustraire au couteau des assassins, le pauvre dauphin renié par sa mère, le roi sans royaume des premières années, prenait soudain sa revanche sur le malheur. " page 215

"Tout ce que le royaume comptait d’ambitieux ou de vaniteux, population dont jamais il ne manqua, s’était mis à désirer les mêmes objets auxquels le roi attachait du prix. Les bourgeois pour faire oublier qu’ils n‘étaient pas nobles et les nobles pour faire valoir qu’ils n’ étaient pas des bourgeois se précipitaient à l'Argenterie." page 218

"J’admirais l’habileté avec laquelle celui-ci transformait ses ennemis en obligés, sans se départir de son air de faiblesse, en sorte qu’ils n’avaient pas l‘idée de le rendre responsable de leur impuissance. De cette époque date l’imbrication de mes affaires avec celles du roi, qui me sera reprochée dans la suite, y compris par lui-même A cette période, nos intérêts étaient complémentaires. Tandis qu’il reconquérait son royaume et arrachait à la Praguerie ceux qui s’étaient ligués contre lui, je m’employais à les neutraliser et à les attacher à sa personne, en les prenant au piège de leurs propres désirs. Le roi m’encouragea par exemple à vendre aux princes et à tous les seigneurs qui le demanderaient de coûteux harnois de chevalerie. Il avait par ailleurs donné l’ordre de multiplier les tournois pendant lesquels ils auraient l’occasion de montrer leur adresse. Grâce au proñt de ces ventes de prestige, nous pouvions financer l’équipement des compagnies d’ordonnance. Ainsi, en faisant payer au prix fort par les princes l’entretien d’une chevalerie inutile et dépassée, le roi se donnait les moyens de la remplacer par une armée moderne, qui lui appartenait en propre et qui lui permettrait de les combattre. Nous fîmes de même avec toutes les autres réformes que le roi entreprit pour asseoir son pouvoir. je mis ainsi à profit les charges qu’il m’octroya pour lever les impôts sur le sel. Engagé dans le commerce de ce produit et responsable des taxes qui le grevaient, j’amassai de considérables profits dont je fis bénéficier le roi. il me donna également la responsabilité de plusieurs forteresses et plus tard me donna des subsides pour construire les bateaux qui servaient à mon commerce maritime." page 220

"A Florence, j’appris à faire la différence entre l’art des artisans, qui était d’un grand rafñ. nement, et l’art des artistes, dans lequel se reflétait autre chose: le génie, l' exception, la nouveauté." page 252

"ll y avait là une grande différence avec l‘Orient. je comprenais ce que j'avais ressenti à Damas, Tous les raflinements, toutes les richesses convergeaient vers cette cité, toutefois ils s’y déposaient de façon incite. Rien de nouveau n’apparaissait. La ville avait dû connaître un âge d’or; il semblait terminé. Elle vivait sur les acquis de ces temps révolus. À Florence, au contraire, la nouveauté était partout. La cité avait été chercher fort loin des richesses et des techniques, comme la culture du ver à soie venue de la Chine. Elle ne s’en contentait pas. Encore lui fallait-il transformer, dépasser, créer; c’était une ville d’artistes. Je rentrai en France persuadé qu’il nous fallait non seulement acquérir des richesses, mais que nous ne deviendrions véritablement à notre tour le centre du monde que si nous parvenions jusqu’au domaine souverain de l’art et de la création. C’est aujourd’hui une idée courante. Elle était neuve." page 253

"C’est à Macé, c’est à nos enfants, c’est au roi que j’avais envie de faire connaître mon vrai visage et mes intentions profondes. L’argent, les titres, rien de tout cela ne comptait pourmoi. Ce qui me faisait agir, c’était le rêve d’un autre monde, un monde de lumière et de paix, d’échange et de travail, un monde de plaisir où le meilleur de l’homme trouve à s’exprimer autrement qu’en inventant de nouveaux moyens de tuer son semblable. Un monde vers lequel convergerait ce que la terre, en tous ses continents, produisait de meilleur. C’était ce monde que j’avais entrevu à Florence et je voulais que mon palais lui ressemble. " page 257

"Je pense aujourd’hui que mon corps et mon esprit se préparaient au grand bouleversement qu’ils allaient bientôt connaître. Un grand amour, quand il approche, se laisse précéder de signes qu’il nous est impossible de déchiffrer d’abord. Ils ne nous deviennent intelligibles qu’ après le reflux de la vague, quand elle découvre sur le rivage le désordre des souvenirs et des émotions. Alors, nous comprenons, mais il est trop tard." page 259

"Dans cette gravité se laissait apercevoir la nature tragique de sa beauté. Car une telle perfection, que tous envient, est pour celle à qui elle échoit une fatalité douloureuse. Semblable beauté est une image de l’absolu à laquelle n'en ne peut être ajouté. Et pourtant, celle qui la porte sait combien elle est éphémère. Elle lui confère une autorité naturelle, un pouvoir d’une puissance inégalée, mais par le moyen d’un corps désarmé, fragile, qu’un rien peut rompre. La beauté, à ce degré, sépare des autres mortels, suscitant leurs désirs et leur jalousie. Pour un qu’elle satisfera, elle fera quantité de victimes. qui transformeront la douleur de leur amour déçu en volonté dangereuse de vengeance. Les rois, auxquels il est impossible de rien refuser, reconnaître… une telle beauté comme l’offrande de choix que la nature leur réserve. En sorte que celle qui en est porteuse devra le plus souvent se détourner de ses propres désirs pour suivre la haute carrière vers laquelle sa perfection l’entraine malgré elle." page 278

"Rien de tout cela ne me disposait à l’amour, et ma solitude était encore accrue par ce commerce brutal. S’y ajoutait mon perpétuel déracinement. Je vivais sur les routes, nouais des relations dans les villes où je passais, en sachant que je devrais les quitter sous peu. Mes amitiés étaient toutes scellées avec le ciment de l’intérêt. L’immense tissu de mes affaires devenait de plus en plus étendu et solide Mais j’étais seul au milieu de cette multitude, pris au piège comme une araignée qui se serait enfermée dans sa propre toile. Certains jours, je n’y pensais pas, pris par le flot de mes activités; d’autres, balancé par ma monture sur l’espace ouvert des routes, je me livrais aux songes dans lesquels la solitude se dissout. Mais quand l’activité se ralentissait, quand les nouvelles étaient mauvaises, quand ma présence auprès du roi me faisait sentir physiquement la menace et le danger, le sentiment douloureux d’être seul m’envahissait. j'étais exactement dans cet état d’esprit quand je rencontrai Agnès." page 283

"Ces tournois me paraissaient ridicules et déplacés. Ils tentaient de faire revivre une époque qui était bel et bien révolue. Si nous étions finalement en passe de triompher de l'Anglais, c'était parce que nous avions créé une armée moderne que Bureau annait d'artillerie et que je finançais. Il aurait fallu célébrer cette nouvelle armée et non cette chevalerie qui avait ruiné le royaume. Si encore cette évocation des mœurs passées avait été humble et modeste! Quand je faisais l'acquisition de châteaux forts, c’était le sourd écho de ce temps révolu que j‘attendais et il me remplissait d'une nostalgie plaisante. Pendant ces tournois, au contraire, la chevalerie prétendait se présenter vivante. tandis que je savais bien. moi, qu‘elle était morte. je connaissais l’envers du décor. je tenais un compte exact des terres vendues. des châteaux bradés, des emprunts contractés. je savais de quelle misère était payée cette débauche de richesses. La chevalerie était vivante jadis, lorsqu’elle reposait sur la possession de la terre et la soumission des hommes. Aujourd'hui l‘argent régnait et il n'y avait plus de seigneur." page 291

"[...]Agnes avait rejoint tres jeune la suite d’Isabelle de Lorraine. Cette femme énergique et cultivée l’avait beaucoup influencée. Elle me raconta ce que je savais déjà, à savoir qu’après la défaite de son mari et sa capture à Dijon, Isabelle avait réuni les vassaux de René dans le château de Nancy et s’était fait jurer fidélité. Quand ensuite, par le hasard des successions, le malheureux captif s’était retrouvé roi de Naples, de Sicile et de jérusalem, Isabelle était partie en Italie prendre possession de cet héritage, en attendant sa libération. Elle avait défendu vaillamment son bien, vendant bijoux et argenterie pour lever une armée contre le roi d’Aragon. Et elle y avait mis plus d’habileté que le pauvre René qui, une fois libéré, s’était empressé de tout perdre. Cet épisode était connu. Le plus intéressant était de constater l’impression qu’il avait faite sur Agnès. Isabelle de Lorraine lui avait donné, outre une haute culture et une bonne éducation, le modèle d’une femme libre, audacieuse et forte. Agnès admirait particulièrement en elle ce mélange d’amour profond, total, car elle avait vécu avec René une véritable passion, et, en même temps, d’indépendance qui la rendait capable d’agir seule. Les circonstances n’avaient pas offert à Agnès les conditions favorables pour suivre à l’identique l’exemple d’Isabelle. Mais je pressentais, et la suite me le prouva, qu’elle cultivait en elle les mêmes qualités et trouverait les moyens de les exprimer." page 300

"Conformément à mes recommandations, il avait choisi d’entreprendre un rapprochement politique avec le sultan d’Égypte. je fis parvenir à ce prince plusieurs lettres, accompagnées de riches présents, et j’obtins de lui toutes les facilités voulues pour commercer dans les terres qu’il contrôlait. Je fis parvenir au Soudan des échantillons de tout ce que nous pouvions lui fournir. Dans ces marchandises, figurait ce que le mahométan désirait le plus et que nul chrétien n’était autorisé à lui vendre, c’est-à-dire des armes. Je ne voyais pas d’inconvénient à lui en fournir, attendu qu’il n’était pas notre ennemi et ne risquait de s’en servir que contre les Turcs, qui avaient entrepris d’envahir l’Europe. je savais néanmoins qu’en livrant des moyens de guerre à un prince sarrasin, je prenais un risque et donnais à mes ennemis des arguments contre moi. Cependant, je le faisais avec l’accord du roi (même s’il feignit parla suite de l’oublier), et je pensais que c’était suffisant..." page 322

"Servant Charles VII, j ’aurais dû rompre avec Gênes a partir du moment où cette ville avait refusé de lui faire allégeance. Et il leur était inconcevable que l’on pût s’entretenir amicalement avec l’ennemi de son roi. Ces conceptions ont mené selon moi à trop de malheurs et de ruines pour que l’on puisse encore s’y conformer. j’ai la conviction -mais qui la partage? qu’un lien supérieur unit tous les hommes. Le commerce, cette chose triviale, est l’expression de ce lien commun qui grâce à l’échange, la circulation unit tous les êtres humains. Par-delà la naissance, l’honneur, la noblesse, la foi, toutes choses qui sont inventées par l’homme, il y a ces humbles nécessités que sont la nourriture, la vêture, le couvert, qui sont obligations de la nature et devant lesquelles les humains sont égaux. " page 328

"Finalement, le premier jour de janvier de cette nouvelle année 1447, il jugea que tout était perdu et fit un éclat.]’ignore ce que son père lui avait dit. En tout cas, il partit pour ses terres du Dauphiné et, à ce jour, il n’en est pas revenu. De là-bas, il n’a cessé de s’attaquer à Agnès et à Brézé. Si la situation avait été inverse, je suis bien certain qu’Agnès aurait fait de mon ennemi son ennemi et se serait violemment opposée au dauphin. Mais moi, toujours incapable de cette entièreté de sentiments qui donne leur certitude aux combattants et les délivre du doute, je conciliai les contraires, je tentai de réunir les ennemis et, pour finir, avec le recul du temps, je me rendis infidèle à l’un comme à l'autre. Louis ignora toujours la nature de mes liens avec Agnès et ne les devina même pas. Quant à elle, je ne sais ce qu’elle aurait pensé si elle avait su que je continuais d’entretenir d’étroites relations avec son pire ennemi. On peut voir dans mon attitude une simple logique commerciale. Le Dauphiné est situé sur la route de la Méditerranée et de l’Orient. En intervenant discrètement contre l’avis du roi pour faciliter le remariage de Louis avec la fille du duc de Savoie, je me faisais deux alliés essentiels et ouvrais la voie des Alpes à nos marchandises orientales. " page 331

"Avec moi, le roi avait fait l’expérience d’ une autre méthode. À Gênes, je parlais avec tout le monde et sans préalable de protocole. j’ usais avec mes interlocuteurs de la nouvelle langue universelle, qui avait, hélas, remplacé les codes de la chevalerie, à savoir : l’argent, Acheter les uns, payer les autres, promettre à celui-ci, faire crédit à celui-là, voilà un langage que chacun comprend. De même que Charles avait gagné face aux Anglais en abandonnant les méthodes de la chevalerie et en usant d’armes de vilains, de même il entendait, surtout avec la poussière de petits États que l‘on rencontre vers la Méditerranée, se doter d’une diplomatie nouvelle." page 338

" Je n’ai jamais eu grand appétit pour les questions de œligion. A l‘époque de mon enfance, le schisme avait multiplié les papes. La place était si bonne qu’ils étaient deux, voire trois, à prétendre l’occuper. Ma mère avait beaucoup souffert de ces turpitudes papales et elle priait pour que l’Eglise retrouve son unité. Mon frère s’y consacrait, en arpentant les couloirs romains. Moi, je nourrissais une pensée insolente et secrète. Je peux la livrer aujourd’hui sans craindre qu’elle me fasse plus de tort que je n’en ai déjà subi : je me disais que Dieu était le mieux placé pour mettre de l’ordre dans ses propres affaires. S’il n’était pas capable de décider qui le représenterait sur cette terre, c’était qu’il ne jouissait sans doute pas de la toute-puissance qu’on lui prêtait. Par la suite, j’ai toujours sacrifié aux usages de la religion mais sans voir autre chose qu’une obligation. " page 341

"Tout ce que j’ai vécu depuis ce jour a été à la fois plus intense et plus profond, comme s’il m’était donné de découvrir à nouveau la vie, mais armé de l’expérience acquise au long de ces années. On me transporta de prison en prison, placé à la garde tantôt d’hommes respectueux et même amicaux, tantôt de personnages qui n’hésitaient pas à se montrer méprisants. Les premiers jours furent difficiles. La soudaineté de mon changement de condition me faisait presque douter de la réalité des événements. Il me semblait que quelqu’un allait entrer d’un instant à l’autre et me dire: « Allons, nous avons voulu vous faire peur. Reprenez votre place au Conseil et montrez-vous fidèle au roi, » Mais rien de tel ne se produisit, bien au contraire. Mon procès commença et ma détention se durcit. Alors, je fus gagné par un sentiment inattendu et presque voluptueux : j’éprouvai comme un intense soulagement. Le poids que j’avais sur les épaules, cette lourdeur qui s’était révélée pendant ma déambulation dans l’Argenterie, l’évidence d’être écrasé par ma fortune et ses obligations, tout cela, avec mon arrestation, avait disparu d’un coup. Déchu, j’étais délivré, et la captivité me rendait la liberté. Il peut paraître incroyable qu’une telle catastrophe soit au principe d’un véritable soulagement. Ce fut pourtant le cas. je n’avais plus à me soucier de convois et de commandes, de dettes à recouvrer et de prêts à consentir, d’impôts à lever et de marchés à pourvoir, d’ambassades à conduire et de guerres à financer." page 426

"L’un et l‘autre acceptaient la loi, l’un celle des hommes et l’autre celle de la nature. Face à de telles âmes, je me rendais compte à quel point je vivais dans l’ignorance et le mépris de ces lois, décidé à m’en affranchir. Nous représentions en quelque sorte les deux pôles opposés et complémentaires de la conscience humaine : la soumission à ce qui est et le désir de créer un autre monde. Quoique je reconnaisse la valeur de ceux qui pensent comme Dauvet ou comme Marc, je reste attaché à mes songes. Car je suis persuadé que les hommes qui acceptent entièrement les lois existantes peuvent vivre bien, se hisser à de hautes fonctions, triompher des obstacles, mais ils ne produiront jamais rien de grand." page 441

"Cette époque, il (Jacques Coeur) ne se contente pas de la comprendre; il la transforme. Le moment où il vient au monde est celui du grand basculement. Cent ans de guerre avec l’Angleterre prennent fin; la papauté se réuniñe; la longue survie de l’Empire romain s’achève avec la chute dc Byzance; l’islam s’installe comme le vis-â-vis de la chrétienté. Un monde meurt, en Europe, celui de la chevalerie, du servage et des croisades. Ce qui va le remplacer, c’est la mise en mouvement des richesses par le commerce, le pouvoir de l’argent qui supplante celui de la terre, le génie des créateurs, artisans, artistes, découvreurs.Jacques Cœur est l’homme de cette révolution. Il change radicalement le regard que l’Occident porte sur l’ Orient et passe de l’idée de conquête à celle d’ échange." page 497

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dimanche 1 mai 2016

Coup de ♥: "Le secret au quotidien" de Rhonda BYRNE

 

Le secret au quotidien 010516

En quatrième de couverture

Le Secret révèle des principes clairs sur la façon de vivre conformément aux lois naturelles de l’Univers, mais le plus important consiste à intégrer ces principes dans notre vie de tous les jours. Avec Le Secret au quotidien, Rhonda Byrne vous accompagne tout au long d’une année, partageant avec vous des paroles de sagesse et des pensées profondes afin que vous puissiez vivre en harmonie avec les lois qui gouvernent tous les êtres humains et, ainsi, devenir le maître de votre vie. Fondée sur les grandes vérités révélées par Le Secret, votre connaissance de la loi de l’attraction est sur le point de prendre des proportions inimaginables. Pendant toute une année, votre vie sera marquée par davantage de joie, d’abondance et de splendeur.

Biographie de l'auteur

Le parcours de Rhonda Byrne a commencé avec le film intitulé Le Secret, vu par des millions de personnes à travers le monde. Ensuite, son livre éponyme est devenu un best-seller mondial. Traduit en 50 langues, Le Secret s’est vendu à plus de 24 millions d’exemplaires. Rhonda Byrne a poursuivi son œuvre révolutionnaire avec Le Pouvoir en 2011 et La Magie en 2012.

Encore une fois, un livre de Rhonda Byrne qui fait du bien et qui rebooste! A lire en période de petite forme pour se remonter le moral.

Ma note: 5/5

"Si vous voulez changer rapidement votre vie, utilisez la gratitude pour recanaliser votre énergie. Lorsque vous mettrez toute votre énergie dans la gratitude, vous verrez des miracles se produire dans votre vie. 

Pour changer les choses rapidement, engagez—vous à mettre chaque jour par écrit cent choses pour lesquelles vous éprouvez de la gratitude, jusqu’à ce que vous constatiez un changement. Et SENTEZ la gratitude. Votre pouvoir réside dans le SENTMENT que vous mettez dans vos paroles de gratitude. " page 2

"Cherchez le bon côté des choses en tout, surtout lorsque vous êtes confronté à une situation qui semble négative. Tout ce que nous attirons nous amène à grandir, ce qui signifie au bout du compte que tout ce qui nous arrive est pour notre bien. 
S’engager dans une nouvelle voie et une nouvelle direction exige de nouvelles qualités et de nouvelles forces, et ces qualités sont toujours exactement ce que nous devons acquérir si nous voulons accomplir les grandes choses qui nous attendent dans la vie." page 5

"Voici un exercice simple et très efficace que vous pouvez faire chaque jour pour être en harmonie positive avec l’Univers et la loi de l'attraction. 
Assoyez—vous confortablement. Prenez conscience de ce que vous ressentez et détendez votre corps tout entier. Lorsque vous êtes entièrement détendu, détendez—vous encore un peu plus. Et encore un peu plus. Et encore un peu plus ! Répétez sept fois cet exercice de relaxation profonde, vous détendant le plus possible à chaque étape. Lorsque vous avez terminé, sondez ce que vous ressentez et comparez votre état d’esprit avec celui que vous aviez avant de commencer. 
Vous êtes maintenant en plus grande harmonie avec l’Univers et la loi de l’attraction ! " page 11

"Persévérez, persévérez, persévérez, et bientôt les principes du Secret deviendront votre seconde nature. Vous deviendrez extrêmement conscient des paroles que les gens prononcent, surtout lorsqu’ils parlent de ce qu’ils ne veulent pas. Vous deviendrez extrêmement conscient des paroles que vous prononcez.
Lorsque vous atteignez ce palier, c'est un signe que vous devenez de plus en plus conscient! Vous devenez plus consciemment conscient ! " page 12

"Nous utilisons tous la loi de l'attraction à chaque instant de notre vie. Lorsque vous sentez que la loi ne vous sert pas parce que vous n’avez pas ce que vous voulez, sachez. qu’elle réagit à votre attitude. Soit vous attirez ce que vous voulez ou vous attirez l'absence de ce que vous voulez. 
La loi fonctionne toujours. " page 13

"Que ressent— on lorsqu’on est en harmonie avec l’Univers ? 
C’ est exactement comme lorsqu’ on flotte sur l eau Si vous êtes tendu, ou si vous résistez, vous coulerez. Si vous vous abandonnez, l’eau vous soutiendra et vous flotterez. C'est en éprouvant ce sentiment que l’on entre en harmonie avec l’Univers. 
Libérez-vous de toute tension et flottez ! " page 17

"Le geste le plus important que vous puissiez effectuer pour modifier votre situation financière consiste à donner dix pour cent de ce que vous gagnez. C’est ce qu’on appelle la loi spirituelle de la dime, et c’est le meilleur moyen d’attirer davantage d’argent dans votre vie. " page 19

"Pour créer votre lendemain, passez votre journée en revue avant de vous endormir, et éprouvez de la gratitude pour les bons moments que vous avez vécus. S’il y a quelque chose que vous auriez souhaité voir se dérouler différemment, Visualisez la situation comme vous auriez 
aimé qu’elle soit. Au moment de vous endormir, dites : « je vais dormir profondément et, au réveil, je serai plein d’énergie. Demain sera le plus beau jour de ma Vie. "Bonne nuit! " page 28

" La loi de l’attraction est impersonnelle. Elle fonctionne comme un photocopieur. La loi photocopie en tout temps ce que vous pensez et ressentez, et elle vous en renvoie une copie exacte— ce qui devient votre vie. C’ est ce qui vous donne la capacité de changer aussi aisément votre monde tout entier. Pour changer le monde extérieur, il suffit que vous changiez votre façon de penser et de sentir les choses, et la loi de l’attraction photocopiera ce changement. " page 36

" L'univers dispose de moyens illimités pour concrétiser vos rêves et je peux vous assurer que, lorsque vos rêves vibrent en vous, ils se matérialiseront dans le monde 
extérieur d'une manière que vous n’auriez jamais pu imaginer. 
Rayonnez simplement à la fréquence désirée et laissez l’Univers se charger du reste. " page 61

"Ne vous souciez absolument pas des pensées négatives, et ne tentez pas de les contrôler. Il suffit de commencer à nourrir des pensées positives chaque jour. Semez dans chaque journée le plus de bonnes pensées possible. Alors que vous commencerez à avoir de bonnes pensées, vous en attirerez de plus en plus et, à la fin, elles balaieront complètement les pensées négatives. " page 66

"Toutes les paroles que vous prononcez ont une fréquence et elles sont immédiatement lancées dans l’Univers. La loi de l’attraction réagit à toutes les fréquences, et elle réagit done également aux paroles que vous prononcez. Lorsque vous utilisez des mots tres forts, tels que « terrible », "choquante » et « horrible », pour décrire une situation dans votre vie, vous envoyez une fréquence d’une force égale dams l’Univers, et la loi de l’attraction doit réagir en vous renvoyant la meme fréquence. La loi est impersonnelle et ne fait que s’harmoniser à la fréquence de votre être. Comprenez-vous à quel point il est important de parler haut et fort de ce  que vous voulez, et de ne pas utiliser de mots forts en parlant de ce que vous ne voulez pas ." page 74

"Vos progrès dans la maîtrise de la loi de l'attraction sont basés sur l'apprentissage et la mise en pratique de ce qui fonctionne le mieux pour vous. Chaque jour, vous pouvez constater ce à quoi vous avez pensé en examinant ce qui se passe dans votre vie. Tout votre univers est un film, illustrant votre cheminement. Vous n'êtes pas seul dans le noir-vous recevez de la rétroaction. Tirez-en un enseignement. Observez ce qui vient facilement à vous et pensez à ce que vous avez fait pour cela. Apprenez à vous connaître et vous maîtriserez la loi de l'attraction." page 78

"Pour faire taire votre esprit, prenez le temps de vous asseoir chaque jour. de fermer les yeux et de prendre conscience de vos pensées. N'y résistez pas; contentez-vous d'en observer l'apparition dans votre esprit. Cette observation vous permettra de les éliminer. Exercez-vous chaque jour et vous vous améliorerez sans cesse. Vous découvrirez que votez esprit sera exempt de pensées pendant cinq secondes, et puis dix secondes, et puis vingt secondes. Imaginez le pouvoir que vous aurez pour créer ce que vous voulez lorsque vous saurez commander à votre esprit de se taire et de vous obéir." page 96

"Voici un autre moyen facile d’utiliser la loi de l'attraction à votre avantage : Chaque soir, avant de vous endormir, passez en revue les bons moments de la journée et soyez sincérement reconnaissant pour chacun d’eux. Pensez également au lendemain, et dites-vous que ce sera une joumée fantastique, une journée remplie d’amour et de joie, que tout ira tres bien. Dites-vous que ce sera le plus beau jour de votre vie. Et puis, à votre réveil, AVANT de vous lever, énoncez de nouveau ce que vous souhaitez recevoir pendant la journée et dites merci comme si vos voeux étaient déjà exaucés. " page 101

"Imaginez que vous écrivez un courriel dans lequel Vous décrivez à l’Univers ce que vous voulez. Lorsque vous estimez que votre message est tres Clair, vous appuyez sur « Envoyer » et vous savez que votre demande a été lancée dans l'infini. Vous savez également que le serveur de l’Univers est un système automatique et qu’il ne remet aucune demande en question. Sa tâche consiste tout simplement à satisfaire toutes les demandes. Si vous commencez à vous inquiéter et vous stresser parce que vous n’avez pas obtenu ce que vous vouliez, vous ne faites qu’envoyer à l’Univers un autre courriel qui annulera le premier. Et ensuite, vous vous demanderez pourquoi vous n’avez pas reçu ce que vous aviez demandé. Une fois que vous avez fait une demande, sachez que le Serveur de I’Univers est un système automatique infaillible qui n’est jamais défectueux, et attendez-vous a recevoir ce que vous avez demandé ! " page 107

" Si vous voulez posséder une maison en particulier, on avoir une relation on un emploi, et que vous ne l’obtenez pas, l’Univers vous dit que ce n’est pas suffisant et que cela ne correspond pas à vos rêves. Il vous dit également qu’il y a quelque Chose de MIEUX et de plus noble pour vous. Le meilleur est à venir. .. Vous avez le droit d’étre excité! " page 123

"Il y a une différence entre éprouver de la gratitude et de la reconnaissance envers quelque chose, et éprouver de l'attachement pour quelque chose. La reconnaissance et la gratitude sont des états d’amour pur, alors que la peur est associée à l’attachement -la peur de perdre ou de ne pas avoir ce à quoi l'on tient. Lorsqu'il s'agit d'une chose que vous voulez dans la vie, la reconnaissance et la gratitude l’attirent, alors que l'attachement la repousse. Si vous craignez de ne pas obtenir ce que vous voulez, ou de perdre ce que vous avez, alors vous éprouvez de l'attachement. Pour vous défaire de cet attachement, plongez-vous constamment dans un état de reconnaissance et de gratitude, jusqu'à ce que vous sentiez que la peur a disparu. " page 131

" L'une des principales raisons pour lesquelles tant de gens n'ont pas ce qu'ils veulent est qu'ils ne savent justement pas ce qu'ils veulent, ou qu'ils changent d'idée presque chaque jour.
Sachez ce que vous voulez et continuer à le vouloir. Vous l'obtiendrez en combinant désir et foi. Lorsqu'il est jumelé à la foi, le pouvoir du désir devient invincible" Christian D Larson ( vos forces et comment les utiliser) page 139

"Si vous voulez attirer de l'argent dans votre vie, vous trouverez peut-être que vous avez davantage de pouvoir en imaginant ce pourquoi vous le voulez. Si votre vie est caractérisée par un manque d'argent, alors il est fort probable que les sentiments et les croyances que vous avez à l'égard de l'argent ne soient pas très bons, et vous vous sentirez beaucoup mieux en pensant aux choses que l'argent voulu vous permettra d'acheter. Vous devez apprendre à déchiffrer vos sentiments et à choisir des pensées plus agréables. Votre pouvoir réside dans les pensées qui vous procurent du bien-être." page 146

"Parfois, il est préférable de vous concentrer sur une seule chose à la fois, de manière à canaliser toute votre énergie sur cette chose. Ceci étant dit, vous pouvez dresser une liste des choses que vous voulez et ensuite consacrer une journée à chacune d’elles, sentant que vous l'avez déjà reçue. Il est fort probable que vous constaterez que les choses pour lesquelles vous vous inquiétez le moins seront les premières à se manifester, car cette absence d'inquiétude permet à l’Univers d’accéder aisément à votre demande. " page 152

"Est-ce là une pensée que vous entretenez ?" Je n'ai pas d’argent à donner, mais lorsque j’aurai de l’argent, j’en donnerai." Si c’est le cas, vous n’aurez jamais d’argent. Le meilleur moyen d’attirer quoi que ce soit est d’en faire don. Donc, si vous voulez de l’argent, donnez-en. Vous pouvez faire don de 10 $, de 5 $ ou de 1 $. Le montant n’a aucune importance, mais offrez-le. Peu importe ce que vous donnez et à qui et à quoi vous le donnez, mais donnez-le ! " page 197

"Très souvent, lorsque les choses changent dans notre vie, nous opposons de la résistance à ces changements. Lorsque les gens voient poindre un gros changement, ils craignent souvent qu’il soit de nature négative. Mais il est important de se rappeler que les changements importants qui surviennent dans notre vie sont précurseurs d'une amélioration. Il ne peut y avoir de vide dans l’Univers, et lorsque quelque chose disparaît, quelque chose de nouveau doit apparaître et prendre sa place. Lorsque survient le changement, détendez-vous, ayez une foi totale et sachez que ce changement est ENTIÈREMENT BON. Quelque chose d’encore plus magnifique vient à vous! " page 200

" Voici quatre choses essentielles à faire pour attirer de l'argent dans votre vie au moyen de la loi de l'attraction.

1.Au cours d une même journée, pensez davantage à l'abondance qu’au manque d’argent. 
2. Soyez heureux maintenant, sans cet argent. 
3. Soyez sincèrement reconnaissant pour tout ce que vous avez maintenant. 
4. Donnez le meilleur de vous-même aux autres. Quatre étapes faciles. Vous pouvez réussir si vous le voulez vraiment. " page 206

"Lorsque vous fermez les yeux, que vous vous visualisez avec de l'argent et vous imaginez en train de faire toutes les choses dont vous avez envie, vous créez une nouvelle réalité. Votre subconscient et la loi de l'attraction ne peuvent distinguer le fruit de votre imagination de la réalité. Par conséquent, lorsque vous imaginez quelque chose, la loi de l'attraction reçoit ces pensées et ces images comme si vous les viviez vraiment, et elle se doit alors de vous envoyer la concrétisation de ces visions. 
Lorsque vous parvenez au sentiment que ce que vous imaginez est vrai, vous avez alors la certitude que cette projection a pénétré votre subconscient, et la loi de l'attraction ne pourra que la matérialiser dans votre vie." page  220

" Avez-vous formulé votre intention pour aujourd'hui ou laisserez-vous votre journee être réglée par les pensées d’hier ? Ces mots vous aideront à partir du bon pied. Aujourd’hui ne me réserve que de bonnes choses. Tous mes désirs seront exaucés aujourd'hui.La magie et les miracles me suivront partout en ce jour. Que cette journée soit la meilleure de votre vie!" page 300

"Veillez à ce que votre esprit fasse ce que vous voulez! Si vous voulez vraiment bannir les pensées négatives et transformer votre vie, alors il existe un processus très simple pour vous y aider. Chaque jour, sans exception, dressez par écrit une liste de cent choses pour lesquelles vous éprouvez de la gratitude, En faisant cet exercice, vous prenez le contrôle de votre esprit et le poussez à nourrir de bonnes pensées. Si vous le faites chaque jour, vous prendrez le contrôle de vos pensées. Faites-vous la promesse solennelle de contrôler vos pensées. Lorsque vous aurez pris le contrôle de votre esprit, vous serez Votre propre maître." page 319

"Rappelez-vous ce conseil et ne demandez jamais d'argent à quiconque sans lui donner davantage en valeur d’usage. Dans la vie des gens, c'est l'une des principales causes du manque d’argent, d'expériences professionnelles infructueuses et de faillites d'entreprise. Donnez une valeur d’usage qui excède la valeur monétaire oki au travail, en affaires et dans tous les aspects de votre vie." page 326

"Votre vie est un processus qd'apprentissage -vous ne pouvez gagner en sagesse qu'en acquérant des connaissances. Parfois, vous devrez peut-être attirer une expérience douloureuse pour apprendre quelque chose d'important, mais vous tirerez une plus grande sagesse de cette erreur. La sagesse ne s'achète pas on ne peut l’acquérir qu'en vivant sa vie. Avec la sagesse viennent la force, le courage, la connaissance et une paix toujours grandissante. " page 330

" Peu importe ce que vous en pensez, vous progressez chaque jour. Aucun être humain ne peut revenir en arrière. Vous ne pouvez qu'avancer et vous élever. 
Même lorsque vous sentez que les choses ne s’améliorent pas, rappelez-vous ceci- aujourd’hui, vous êtes beaucoup plus que vous ne l’étiez hier. " page 332

"Lorsque vous devez faire face à un défi qui semble apporter quelque chose de négatif dans votre vie, rappelez-vous que tout ce qui arrive ne peut qu’être bénéfique à chacun d'entre nous. Ce n'est pas ce qui arrive qui compte, mais ce que nous faisons de cette occasion et la façon dont nous choisissons de la voir. L'Univers doit supprimer certaines choses pour que se manifestent des choses meilleures et plus belles. Comprenez que ce changement se produit parce que quelque chose de fantastique se prépare! " page 333

"Chaque lundi, décidez que vous n'aurez que de bonnes pensées. Ayez de bonnes pensées pour vous et ayez de bonnes pensées pour les autres. Refusez de prêter attention à tout ce qui pourrai ne pas générer de bonnes pensées. Au début de la journée, avec toute la force de votre volonté, dites-vous : « Aujourd'hui, j 'ai eu des milliers de bonnes pensées. » En moyenne, plus de 50 000 pensées traversent chaque jour l'esprit de tout être humain, et vous avez donc 50 000 occasions d'avoir de bonnes pensées aujourd'hui." page 358

" Vendredi, la journée des bons sentiments.Chaque vendredi, rassemblez et accentuez tous les bons sentiments qui vous habitent. Tout au long de la journée, accordez toute votre attention à ce que vous ressentez. Remplissez-vous toujours plus de bons sentiments. Pour y arriver, jusqu'à en etre gorgé, consacrez la journée à ce qui vous procure du bien-être. Écoutez votre chanson préférée. Offrez-vous votre repas préféré. Rendez visite à votre meilleur ami. Faites ce que vous aimez, grâce à quoi vous vous sentez si bien que vous débordez de bons sentiments et ne pouvez effacer le sourire de votre visage. Vous serez à ce point rempli de bons sentiments que vous aurez l’impression de flotter pendant toute la journée." page 362

"Donnez toujours plus en valeur d'usage que vous ne touchez en valeur monétaire." Wallace Wattles (1860-1911) La Science de I ’Enrichissement

"Un homme n'est que le produit de ses pensées. Ce qu’il pense, il le devient." Mahatma Gandhi (1869-1948)

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vendredi 22 avril 2016

♦ Au revoir là-haut♦ de Pierre Lemaitre

Au revoir la haut de Pierre Lemaitre 567p 220416

En quatrième de couverture

« Pour le commerce, la guerre présente beaucoup d’avantages, même après. »

Sur les ruines du plus grand carnage du XXe siècle, deux rescapés des tranchées, passablement abîmés, prennent leur revanche en réalisant une escroquerie aussi spectaculaire qu’amorale. Des sentiers de la gloire à la subversion de la patrie victorieuse, ils vont découvrir que la France ne plaisante pas avec ses morts…
Fresque d’une rare cruauté, remarquable par son architecture et sa puissance d’évocation, Au revoir là-haut est le grand roman de l’après-guerre de 14, de l’illusion de l’armistice, de l’État qui glorifie ses disparus et se débarrasse de vivants trop encombrants, de l’abomination érigée en vertu.
Dans l’atmosphère crépusculaire des lendemains qui déchantent, peuplée de misérables pantins et de lâches reçus en héros, Pierre Lemaitre compose la grande tragédie de cette génération perdue avec un talent et une maîtrise impressionnants.

Un "Pierre Lemaitre" qui n'est pas un polar contrairement aux romans précédents. L'auteur signe ici un roman picaresque avec des personnages très attachants et qui vivent en marge de la société d'après-guerre. Ces laissés-pour-compte sont Edouard et Albert, rescapés mais non sans séquelles de la première guerre 14-18. Edouard en ressortira avec une gueule cassée (il n'a plus de mâchoire) et une addiction à la morphine. Neurasthénique, il va peu à peu remonter la pente grâce à Louise, une petite fille et à Albert. Ce dernier est ressorti de la guerre avec tous ses membres mais avec des séquelles psychologiques.

"... depuis qu'il (Albert) était revenu d'entre les morts, il savait qu'une peur indéfinissable, vibrante, presque palpable, était peu à peu venue l'habiter. A quoi s'ajoutaient les effets dévastateurs de son ensevelissement. Quelque chose de lui était encore sous la terre, son corps était remonté à la surface, mais une partie de son cerveau, prisonnière et terrifiée, était demeurée en dessous, emmurée. Cette expérience était marquée dans sa chair, dans ses gestes, dans ses regards. Angoissé dès qu'il quittait la chambre, il guettait le moindre pas, passait prudemment la tête par une porte avant de l'ouvrir en grand, marchait près des murs, imaginait souvent une présence derrière lui, scrutait les traits de ses interlocuteurs et se tenait toujours à portée d'une issue au cas où."

Sans le sous, il va tout faire pour aider Edouard qui lui a sauvé la vie, quitte à avoir recours à des solutions illégales pour lui procurer de la morphine. Albert qui était comptable avant la guerre deviendra homme-sandwich après. La guerre lui fera aussi perdre sa petite amie qui lui préférera un homme plus nanti. Albert est tellement reconnaissant envers Edouard et a tellement bon coeur qu'il se laissera embarquer dans une arnaque aux monuments aux morts montée par Edouard.

A travers ses personnages, l'auteur dénonce un gouvernement qui traite mal ses poilus mais honore en grande pompe ses morts. 

"Le pays tout entier était saisi d'une fureur commémorative en faveur des morts, proportionnelle à sa répulsion vis-à-vis des survivants." (p.332)

"Voilà comment ça finit, une guerre, mon pauvre Eugène, un immense dortoir de types épuisés qu'on n'est même pas foutu de renvoyer chez eux proprement. Personne pour vous dire un mot ou seulement vous serrer la main. Les journaux nous avaient promis des arcs de triomphe, on nous entasse dans des salles ouvertes aux quatre vents. L'affectueux merci de la France reconnaissante
(j'ai lu ça dans le Matin, je te jure, mot par mot) s' est transformé en tracasseries permanentes, on nous mégote 52 francs de pécule, on nous pleure les vêtements, la soupe et le café. On nous traite de voleurs."

Bref, ce roman a eu le prix Goncourt. Est-ce qu'il le mérite? Un grand OUI. 

Ma note 4/5

Critiques presse

Télérama:

2 novembre 1918 : l'armistice est proche, et les poilus de moins en moins convaincus de prolonger le combat. Mais, sur la cote 113, le lieutenant d'Aulnay-Pradelle, un aristocrate « terriblement civilisé et foncièrement brutal », veut encore monter à l'assaut, attaquer, conquérir. Et gare à ceux qui traînent des pieds, il leur tirera dans le dos. La scène d'ouverture d'Au revoir là-haut raconte une bataille de trop, qui vire à la boucherie. Trois hommes en sortiront vivants : le fameux lieutenant et, quelques pas derrière lui, Albert Maillard et Edouard Péricourt, un rêveur et un artiste. Et ensuite ? C'est le temps de la démobilisation, du retour à la vie civile qui, justement, intéresse Pierre Lemaitre – le temps où la France, occupée à glorifier ses morts, oublie les survivants.

Venu du polar, le romancier a le sens de la mise en scène, une écriture vive qui ne s'attarde pas, un goût pour les retournements de situation. Mais ici, on le sent porté par une colère, un projet d'envergure et l'envie de secouer des évidences en ces temps de commémoration incontournable. Que deviennent les vétérans lorsqu'ils rentrent chez eux, la gueule cassée et les mains tremblantes, accros à la morphine pour atténuer leurs souffrances ? A qui la guerre profite-t-elle ? Arnaques, vengeances et impostures : Au revoir là-haut est une oeuvre à la fois picaresque et politique, où l'on entend des accents de Roland Dorgelès et Jean Meckert.

Christine Ferniot

rtl:

Pendant l'été, au milieu des multiples ouvrages de la rentrée, il y a le livre qui vous happe, que vous ne lâchez plus, qui vous fait oublier la plage, l'apéritif et la plancha entre amis, le roman qui vous coupe le souffle par la puissance de l'histoire qu'il vous raconte, des personnages inoubliables, la restitution d'une époque et là, vous savez que vous tenez la révélation de la rentrée.

L'histoire des gueules cassées de la Grande Guerre

Au revoir là-haut commence lors des derniers combats de 1918. Une scène d'ouverture d'anthologie, Pierre Lemaitre en a écrit 21 versions avant de trouver la bonne. C'est le creuset de toute son intrigue, là que se forge une amitié indestructible entre deux poilus, Albert Maillard etEdouard Péricourt.

L’originalité de ce roman sur la première guerre mondiale, c'est qu'il se déroule essentiellement dans les années d'après-guerre. Une période beaucoup moins traitée dans les livres. La France glorifie ses morts mais préfère oublier les survivants et les vétérans des tranchées, comme Albert et Edouard, deviennent des parias. 

"La France va être dans cet après-guerre, saisie d'une fureur commémorative, on va ériger 30.000 monuments aux morts dans les 2 ou 3 années qui vont suivre l'armistice et parallèlement, les pauvres qui reviennent de la guerre ne sont pas très bien accueillis, explique l'écrivain qui trouve qu'il y a "quelque chose d'injuste et de très douloureux" sur lequel il voulait que "le centre du livre soit focalisé". 

Les deux rescapés de Pierre Lemaitre, Albert et Edouard, vont se venger de l'ingratitude de l’État. Robins des bois des gueules cassées et des estropiés du grand massacre, ils montent une gigantesque et géniale arnaque de monuments aux morts. A une formidable évocation des années d'après-guerre et une galerie de personnages mémorables, Pierre Lemaitre ajoute un suspens impeccablement ciselé.

Le titre inspiré d'une vraie lettre de poilu

Le titre aussi a une belle histoire. Pierre Lemaitre l'a emprunté à la dernière lettre adressée à sa femme par le soldat Jean Blanchard injustement fusillé en 1914.

"C'est un homme très simple qui écrit : 'Au revoir là-haut ma chère épouse', sous-entendu 'je te retrouverai au ciel'", raconte Pierre Lemaitre.

"Cette phrase m'avait beaucoup touché quand j'ai lu la lettre, je lui ai emprunté cette expression pour mon livre, se souvient-il, et je le remercie ce pauvre Blanchard, à la fin du livre, parce que j'ai un petit peu mauvaise conscience d'utiliser les mots d'un homme qui a été fusillé dans des conditions très injustes. En même temps, j'espère que ce livre lui rend hommage et à tous ses camarades d'armes", poursuit-il.

"J'essaye d'être un intermédiaire sincère et honnête entre les gens de mon époque et ceux que je décris", conclut Pierre Lemaitre.

Avec Au revoir  là-haut, Pierre Lemaitre signe le roman magistral de la rentrée, un grand livre populaire et littéraire.

 

"Mme Maillard n’avait qu’un fils et elle adorait les chefs. Alors bien sûr, Albert chef d’une banque, vous parlez, elle avait été immédiatement enthousiaste, convaincue qu’« avec son intelligence », il ne tarderait pas à se hisser au sommet. Ce goût exacerbé pour l’autorité lui venait de son père, adjoint au sous-chef de bureau au ministère des Postes, qui concevait la hiérarchie de son administration comme une métaphore de l’univers. Mme Maillard aimait tous les chefs, sans exception. Elle n’était pas regardante sur leur qualité ni sur leur provenance. Elle avait des photos de Clemenceau, de Maurras, de Poincaré, de Jaurès, de Joffre, de Briand... Depuis qu’elle avait perdu son mari qui commandait une escouade de surveillants en uniforme au musée du Louvre, les grands hommes lui procuraient des sensations inouïes. Albert n’était pas chaud pour la banque, mais il l’avait laissée dire, avec sa mère c’est encore ce qui marchait le mieux. Il avait quand même commencé à tirer ses plans. Il voulait partir, il avait des envies de Tonkin, assez vagues, il est vrai. En tout cas, quitter son emploi de comptable, faire autre chose. Mais Albert n’était pas un type rapide, tout lui deman- dait du temps. Et très vite, il y avait eu Cécile, la passion tout de suite, les yeux de Cécile, la bouche de Cécile, le sourire de Cécile, et puis forcément, après, les seins de Cécile, le cul de Cécile, comment voulez-vous penser à autre chose. " page 19

"Aujourd’hui, évidemment, il jugeait les choses assez différemment. Il savait que la guerre n’était rien d’autre qu’une immense loterie à balles réelles dans laquelle survivre quatre ans tenait fondamentalement du miracle. " page 21

« Au début du conflit, cette vision sentimentale, il la partageait avec bien d’autres. Il voyait des troupes sanglées dans de beaux uniformes rouge et bleu avancer en rangs serrés vers une armée adverse saisie de panique. Les soldats pointaient devant eux leurs baïonnettes étincelantes tandis que les fumées éparses de chaque obus confirmaient la déroute de l’ennemi. Au fond Albert s’est engagé dans une guerre stendhalienne et il s’est retrouvé dans une tuerie prosaïque et barbare qui a provoqué mille morts par jour pendant cinquante mois. P 27

"À l’institution, ses camarades l’appelaient << le géant», et ce n’était pas toujours bienveillant, il n’était pas très aimé. Édouard Péricourt, le genre de type qui a de la chance. Dans les écoles qu ’il fréquentait, tous étaient comme lui, des gosses de riches à qui rien ne pouvait arriver, qui entraient dans l’existence bardés de certitudes et d’une confiance en soi sédimentée par toutes les générations d’ ascendants fortunés qui les avaient précédés. Chez Édouard, ça passait moins bien que chez les autres parce qu’ en plus de tout ça, il était chanceux. Or on peut tout pardonner à quelqu’un, la richesse, le talent, mais pas la chance, non, ça, c’est trop injuste." page 44

"En le tenant contre lui, Albert se dit que pendant toute la guerre, comme tout le monde, Édouard n’a pensé qu’à survivre, et à présent que la guerre est terminée et qu’il est vivant, voilà qu’il ne pense plus qu’à disparaître. Si même les survivants n’ont plus d’autre ambition que de mourir, quel gâchis..." page 90

"L’arrivée du capitaine avait calmé tout le monde, instantanément. Les soldats s’étaient tus comme s’ils avaient été surpris par une éclipse. Il dégageait un truc, ce Pradelle, qui vous glaçait, quelque chose de Javert. Il devait y avoir des gardiens avec cette tête-là, dans les Enfers. J’ai hésité avant de t’en parler, mais je me décide quand même : j’ai eu des nouvelles d’A.P. je te le donne en mille : il a été promu capitaine ! Comme quoi, a la guerre, il vaut mieux être une crapule qu’un soldat. Et il est ici, il commande un service au Centre de démobilisation. L’effet que ça m’a fait de le retrouver. .. Tu n’imagines pas mes rêves depuis que je l’ai croisé de nouveau." page 121

"Richissime, Madeleine Péricourt avait été la proie de bien des convoitises et, bien qu’elle ne fût qu’agréable, elle avait été très courtisée. Elle n’était pas bête, la tête près du bonnet, comme feu sa mère, femme de caractère, pas le genre à s’emporter, à céder àla tentation. Avant-guerre, elle les avait démasqués de loin, les petits ambitieux qui la trouvaient banale vue de face, mais très jolie vue de dot. Elle avait une manière aussi efficace que discrète de les éconduire." page 161

"Le plus gros du budget, évidemment, c’était encore la morphine. Les cours flambaient parce que tout Hambait. Il en allait de cette drogue comme du reste, son prix était indexé sur le coût de la vie. Albert regrettait que le gouver— nement qui, pour freiner l’inflation, avait mis en place un « costume national >> à cent dix francs, n’eût pas instauré, dans le même temps, une «ampoule nationale» de morphine à cinq francs. Il aurait pu instaurer aussi un «pain national >> ou un « charbon national», des «chaussures nationales», un « loyer national » et même un «travail national >>, Albert se demanda si ça n’était pas avec ce genre d’idées qu ’on devenait bolchevik." page 179

"Madeleine ne l’aurait jamais montré, mais elle avait été surprise par la réaction de son père. Cette visite soudaine au cimetière, ces larmes, si inattendues... Le ravin qui séparait Édouard de son père lui était toujours apparu comme une donnée géologique, établie dès l’origine des temps, comme si les deux hommes avaient été deux continents placés sur des plaques différentes, qui ne pouvaient se rencontrer sans déclencher des raz de marée. Elle avait tout vécu, assisté à tout. À mesure qu’Edouard poussait et grandissait, ce qui n’avait été que doute puis suspicion de la part de son père, elle l’avait vu devenir rejet, animosité, refus, colère, désaveu. Edouard s’était animé du mouvement inverse, ce qui n’avait été d’abord que demande d’affection, besoin de protection, s’était peu à peu transformé en provocations, en explosions. 
En déclaration de guerre. " page 199

"Très vite, on dut trouver un endroit pour deux personnes dont un paranoïaque et un handicapé. Albert disposait d’ un budget dérisoire. Les joumaux continuaient de clamer partout que l’Allemagne allait rembourser intégralement tout 0e qu’elle avait cassé pendant la guerre, à peu près la moitié du pays. En attendant, le coût de la vie ne cessait d’augmenter, les pensions n’étaient pas encore payées, les primes pas versées, les transports chaotiques, les approvisionnements imprévisibles, et donc on trafiquait, beaucoup de gens vivaient d’expédients, échangeant les bonnes affaires, chacun connaissait quelqu’un connaissant quelqu’un d’autre, on se repassait les tuyaux et les adresses, c’est ainsi qu’Albert arriva au 9 de l’impasse Pers, devant une maison bourgeoise où s’entassaient déjà trois locataires." page 220

"Albert, lui, aurait donné dix ans de sa vie pour ne trouver dans cette position, en etau entre Madeleine, campée en bas de l’escalier, et son frère mort qui, à l’étage du dessus, fumait par les narines sous un masque vert à plumes bleues, à la manière d'une perruche. Décidément, il était vraiment fait pour être homme-sandwich." page 240

"[...]plus loin, sur le trottoir, le long des grilles du jardin, deux jeunes femmes élégantes, longues comme des allumettes, bras dessus, bras dessous, passaient dans la rue en riant. À l’angle du boulevard, deux hommes se saluaient, un journal sous le bras, le haut-de-forme à la main, cher ami, à bientôt, ils avaient l’air de juges au tribunal. L’un d’eux fit un pas de côté pour laisser place à un garçonnet en costume marin courant et poussant un cerceau, la nurse se précipita en criant àvoix basse, s’excusa auprès des messieurs ; une voiture de fleuriste arrivait et déchargeait des bouquets, de quoi faire un mariage, il n’y avait pas de mariage, c’était seulement la livraison hebdomadaire, il y a tellement de pièces, quand on a des invités, il faut prévoir, je vous assure, ça coûte une fortune, mais on dit ça en riant, c’est amusant d’acheter autant de fleurs, nous, on adore recevoir. Albert regardait tout ce monde comme il avait vu, une fois, à travers les vitres d’un aquarium, des poissons exotiques qui avaient à peine l’air d’être des poissons." page 262

"Pourtant, il n’avait jamais démérité. Il pouvait même citer la liste de ses hauts faits administratifs, liste parfaitement âjour, qu’il ressassait en permanence afin de masquer le bilan d’une carrière lugubre, d’une probité sans récompense, entièrement consacrée à se faire mépriser. Parfois, son passage dans certains services avait carrément ressemblé à un bizutage sans fin; à plusieurs reprises, il avait dû lever haut sa canne et faire des moulinets en tonnant de sa grosse voix, excédé, prêt à en découdre avec la terre entière, il avait fait vraiment peur, surtout aux femmes, vous comprenez, maintenant, elles n’osent plus s’approcher, elles veulent être accompagnées, on ne peut pas conserver un type comme ça, d’autant que, honnêtement, comment dire, il ne sent pas très bon, cet homme-là, c’est assez incommodant. On ne l’avait gardé nulle part. Il n’avait eu, dans sa vie, qu’une courte période de luminosité qui s’étendait de sa rencontre avec Francine, un 14 Juillet, au départ de Francine avec un capitaine d’artillerie, à la Toussaint suivante. Le tout, trente- quatre ans plus tôt. Finir sa carrière en inspectant les cime- tières n’avait rien de surprenant." page 325

"]oseph Merlin n’avait jamais dormi correctement. Contrairement à certains insomniaques qui ignorent toute leur vie la raison de leur infortune, lui savait parfaitement à quoi s’en tenir : son existence avait été une pluie incessante de déconvenues auxquelles il ne s’était jamais accoutumé. Chaque nuit, il recomposait les conversations dans lesquelles iln’avait pas eu gain de cause, revivait, pour en modifier la fin àson avantage, les offenses professionnelles dont il avait été la victime, ruminait déboires et revers, de quoi rester éveillé longtemps. I] y avait, chez lui, quelque chose de profondément égocentrique : l’épicentre de la vie de Joseph Merlin, c’était joseph Merlin. N’ayant rien ni personne, pas même un chat, tout se résumait à lui, son existence s’était enroulée sur elle—même comme une feuille sèche autour d’un noyau vide. Par exemple, au cours de ses interminables nuits sans sommeil, jamais il n’avait pensé à la guerre. Il ne l’avait considérée, pendant quatre ans, qu’à la manière d’un contretemps détestable, une addition de contrariétés liées aux restrictions alimentaires qui avaient encore aggravé son tempérament, déjà acariâtre. " page 383

"Au fond, il pouvait se l’avouer, il n’avait jamais cru à ce départ, Jamais vraiment. Toute cette merveilleuse histoire de monuments, chef-d’œuvre de drôlerie, cette mystification comme on ne pouvait en rêver plus tonique ni plus joyeuse, lui avait permis de passer le temps, de se préparer à mourir, mais pas plus. Il ne s’en voulait même pas d’avoir entraîné Albert dans cette histoire folle, convaincu que, tôt ou tard, chacun y trouverait son bénéfice." page 463

"La gêne, c’est autre chose, vous l’emportez partout avec vous, elle tisse votre vie, la conditionne entièrement, à Chaque minute elle vous parle à l’oreille, transpire dans tout ce que vous entreprenez. Le dénuement est pire encore que la misère parce qu’il y a moyen de rester grand dans la ruine, mais le manque vous conduit à la petitesse, à la mesquinerie, vous devenez bas, pingre; il vous avilit parce que, face à lui, vous ne pouvez pas demeurer intact, garder votre fierté, votre dignité. " page 456

"Pour le commerce, la guerre présente beaucoup d'avantages, même après."

"Un militaire, vous lui retirez la guerre qui lui donnait une raison de vivre et une vitalité de jeune homme ,vous obtenez un croûton hors d'âge."

"voler l'argent des monuments aux morts, c'est comme profaner un cimetière, c'est un... un outrage patriotique ! parce que, même si le gouvernement y met un peu de sa poche, l'essentiel de l'argent, pour ce genre de monuments, il vient d'où? Des familles des victimes ! des veuves, des parents, des orphelins, des camarades de combat ! A côté de toi, Landru va passer pour un communiant."

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dimanche 10 avril 2016

♦Astérix: Le ciel lui tombe sur la tête♦ d'Albert UDERZO

Asterix le ciel lui tombe sur la tête 100416

Le ciel m'est tombé sur la tête lorsque je lus cet album d'Asterix entièrement écrit et dessiné par Albert UDERZO. Mais qu'est-il passé par la tête d'UDERZO pour pondre cet album très médiocre et vraiment...comment dire...je ne trouve pas l'adjectif adéquat...bon, c'est du grand n'importe quoi cet album! On est loin trèèèès loin de l'univers d'Astérix. On y trouve Astérix et Obélix confrontés à des ...romains extra-terrestres...!!!!Oui vous avez bien lu! Des extra-terrestres! Non, mais on aura vraiment tout vu. Et René Goscinny a dû se retourner dans sa tombe.

Bref, je ne m'attarderai pas sur cet album qui aurait pu sortir un 1er avril, tellement je pensais à une blague. 

Ma note: 1/5

Source Wikipédia

Le ciel lui tombe sur la tête est le trente-troisième épisode de la bande dessinée Astérix, dessiné et scénarisé par Albert Uderzo. Le 14 octobre 2005, huit millions d'exemplaires de l'album sortent dans 27 pays (dont 3,2 millions en France) et en 13 langues. Les albums sont tous numérotés à l'imprimerie.

Album à part dans la série des aventures d'Astérix, Le ciel lui tombe sur la tête ne reprend pas la plupart des codes habituels des histoires du petit Gaulois, allant jusqu'à mettre en scène des ovnis et des super-héros américains dans le contexte pourtant antique de la Gaule des années −50.

C'est également l'album d'Astérix qui a reçu, de toute la série, le plus mauvais accueil de la part de la critique et du public.

Le scénariste Albert Uderzo s'inspire pour son titre d'un récit antique du iie siècle d'Arrien concernant l'expédition victorieuse d'Alexandre le Grand en Thrace. Recevant une délégation de Celtes venus lui proposer une alliance, Alexandre leur demande ce qu'ils craignent le plus de toutes les choses mortelles. Ils avouent que c'est le ciel (considéré dans leur mythologie comme une sorte de couvertcle solide posé sur la terre) alors qu'Alexandre s'attend à ce qu'ils lui répondent son propre nom.

Astérix et Obélix découvrent que tous les villageois ont été figés, excepté le druide Panoramix et Idéfix. Ils comprennent rapidement que c'est parce qu'ils ont bu de la potion magique et que cette paralysie est liée au vaisseau extraterrestre qui survole le village.

L'album décrit et parodie la lutte entre bande dessinée, comics et manga.

  • L'extraterrestre Toune est une parodie de Mickey Mouse ; le mot « Toune » lui-même est un homophone de Toon. À un moment, le costume de Toune (qui a deux boutons jaunes comme la culotte de Mickey) devient noir, pour rappeler le vrai Mickey.
  • Dans cette scène, Astérix lui fait d'ailleurs remarquer que le noir lui va bien, référence à Le noir te va si bien, comédie anglo-saxonne, reprise avec succès dans les années 70 par des acteurs français.
  • Les clones qui l'accompagnent sont des parodies de Superman qui ont la tête d'Arnold Schwarzenegger. Ils portent même un anneau à pierre verte brillante, analogie de Green Lantern. Toune ajoute qu'on peut les cloner en chauve-souris ou en araignée. C'est censé être une caricature des super-héros américains qui sortiraient tous du même moule (celui de Superman).
  • Toune et les super-clones viennent de la planète Tadsylwine (anagramme de Walt Disney) et le nom de leur chef et sage est « Hubs » (anagramme de Bush). De plus, leur État est constitué de cinquante planètes : il s'agit d'une référence aux cinquante États des États-Unis d'Amérique.
  • Les Tadsylwiniens se nourrissent de « chiens-chauds », qui ont l'apparence de hot-dogs (« chien-chaud » est une traduction littérale qui s'utilise parfois au Québec). Ce jeu de mot a déjà été utilisé dans La Grande Traversée.
  • Lorsque le vaisseau des Tadsylwiniens ordonne au Nagma de partir après avoir cassé son vaisseau, le chef Nagma dit : « Oui, mais elle va moins bien marcher maintenant ! ». Une petite case dans le coin précise que c'est un hommage au film Le Corniaud (1965).
  • Toune veut confisquer la potion magique des Gaulois car elle représente un danger pour l'univers si elle reste aux mains d'un peuple « primitif ». Son entreprise est une analogie avec l'affaire des armes de destruction massive en Irak en 2003. Toune, bien qu'amical et gentil, se montre aussi arrogant et enclin à la force lorsqu'il est en colère.
  • Les Nagmas représentent les Japonais. Leur nom est une anagramme de manga, comme leur planète « Gmana ». On ne voit que le chef de l'invasion. Il est jaune aux yeux bridés, ce qui semble être une caricature d'Asiatique, mais il ressemble aussi beaucoup à Acidenitrix de l'album Le Grand Fossé, et porte une armure dorée ressemblant à celle portée par Les Chevaliers du Zodiaque, son armure s'inspire sans doute de l'amure du Taureau pour le buste musclé et la paires de cornes qu'il porte. Son masque a de gros yeux bigarrés qui rappellent les yeux des personnages de manga. Son vaisseau-mère ressemble à Goldorak et peut cracher des robots volants qui ressemblent à Mickey Mouse mais s'appellent « Goelderas » (jeu de mots entre « Goldorak » et « gueule de rat »). Toune raconte aux Gaulois les raisons de leur belligérance : « Les Nagmas sont envieux et vindicatifs ! Ils nous copient, mais ils sont moins avancés que nous sur les connaissances scientifiques ! » C'est une référence à un vieux cliché selon lequel les Japonais copieraient les produits industriels des autres pays, par le biais d'espions se faisant passer pour des touristes.
  • Obélix dit qu'il n'aurait pas de problème pour grimper sur la fusée Nagma, en mentionnant comment il avait grimpé sur le Sphinx dans Astérix et Cléopâtre.
  • Tout comme Hergé dans Vol 714 pour Sydney, Uderzo met son album entre parenthèses dans l'histoire de la série Astérix en faisant oublier à tous les personnages du village les actions qui venaient de se passer, tout en reprenant le thème des extra-terrestres. Cela peut traduire une sorte d'œuvre à part dans la série.

Le ciel lui tombe sur la tête reçoit un accueil extrêmement critique dans la presse et parmi la quasi-totalité des lecteurs. « Le ciel lui est bien tombé sur la tête » et « C'est sur sa propre tête que le ciel est tombé » sont les qualificatifs qui reviennent le plus souvent dans les micro-trottoirs. La plupart des lecteurs le qualifient de « pire album d'Astérix ».

La Libre Belgique juge qu'Uderzo « s'égare » tandis que la RTBF considère qu'il « dénature complètement l'univers d'Astérix et Obélix ».

En France, le 21 octobre 2005, Daniel Schneidermann affirme dans Libération que « le dernier album d'Astérix, hélas, est mauvais »avant d'étudier les causes possibles du silence supposé de la presse écrite et télévisée française sur ce fait (de nombreux reportages comportent pourtant des micro-trottoirs très critiques, comme ceux cités plus haut).

L'album a été critiqué par les amateurs de bande dessinée japonaise pour le côté jugé peu subtil de son message anti-manga. Sur ce dernier point, Uderzo admet qu'il a peu d'estime pour le manga, avec cependant une expérience très limitée, étant resté sur l'impression que lui a laissée un manga érotique.

En février 2006, dans une chronique parue dans Suprême dimension, Didier Pasamonik se moque de ces critiques en écrivant que cet album « n'abolira pas la réussite incontestable de cette série ». Il estime que le fait que Toune supprime tout souvenir de l'aventure dans la mémoire des Gaulois « est un méta-commentaire de l'album » : les lecteurs peuvent effacer cet album à thèse.

Selon les Éditions Albert-René, 800 000 exemplaires de cet album se sont vendus dans les trois jours suivant sa sortie.

Toujours selon l'éditeur, début 2006, il s'était écoulé 2 400 000 albums sur les 3 millions mis en place dans les rayons en France. Il semblerait que le chiffre réel, après retour des invendus, soit bien inférieur et n'ait pas dépassé la moitié de la mise en place (1 300 000 albums vendus). Le 33e album d'Astérix s'avère donc être un échec commercial, en regard des chiffres de vente que cette série a l'habitude de faire.

La couverture de cet épisode est une représentation inversée de celui du premier album de la série, Astérix le Gaulois, le Romain étant remplacé par un éclair qui se transforme en boule de feu après avoir été frappé par le poing d'Astérix.

L'album brise trois règles (non écrites) d'Astérix :

  • Son titre est une phrase verbale (tout comme Comment Obélix est tombé dans la marmite du druide quand il était petit, qui est par contre un hors-série).
  • Le récit commence sur une page de gauche, au lieu d'une page de droite.
  • Il introduit également de la science-fiction, ce dernier point semblant être la cause de son échec tant il sort de l'esprit de la série selon les lecteurs.

Uderzo a fait à la première page de l'album un hommage à son frère, et écrit à la dernière page que cet album est un hommage à Walt Disney.

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lundi 4 avril 2016

♦Une autre vie♦ de S.J WATSON

 

Une autre vie de S

En quatrième de couverture

Après Avant d’aller dormir, le nouveau thriller tant attendu de S. J. Watson

Femme au foyer, Julia mène une vie bien rangée à Londres avec son mari et son fils. Lorsqu’elle apprend la mort de sa jeune sœur. Kate, victime d’une agression à Paris, près du canal de I'Ourcq, elle est sous le choc. Les deux sœurs, dont les relations n’ont jamais été faciles, s’étaient perdues de vue. Ne parvenant pas à faire son deuil. Julie decide d’eller e Perle elin d'en savoir plus sur le vie que menait Kate. Là, elle apprend que celle—ci fréquentait assidûment les sites de rencontre en ligne. Le doute s’insinue alors dans son esprit : et si le mort de sa sœur n‘etait pas due à une simple agression, mais à une mauvaise rencontre? Ne pouvant se débarasser de cette idee obsédante, Julie decide de se faire passer pour Kate sur les sites que celle—ci utilisait. Toutefois, à l'âge des bilans, des remises en question. des ambitions laissées derrière elle, Julie ne réalise pas qu‘elle est en train de jouer un jeu dangereux à double titre. Si, en effet, elle e raison sur les circonstances de la mort de sa soeur, elle prend tous les risques. Et en goûtant à une autre vie, plus excitante, que ve-t-il rester de le sienne ? 
Avec Avant d’aller dormir, S. J. Watson avait réussi le tour de force de nous donner un roman au suspense impressionnant, doublé d‘un portrait de femme inoubliable. On attendait le suite avec une certaine angoisse. Pourrait—il faire aussi bien ? On a maintenant la réponse. Non, il n'a pas fait aussi bien; il a fait encore mieux. Et le thriller psychologique a trouvé son maître.

Traduit de l’anglais par Sophie Aslanides

Après "Avant d'aller dormir" dévoré en un week-end, j'attendais avec impatience le nouveau thriller de l'auteur. Manifestement, j'en attendais trop car je suis assez déçue.

L'action ne se met véritablement en place qu'à partir de la moitié du livre. Les personnages sont très peu charismatiques, limite antipathiques comme la personage principal Julia qui se trouve toujours des excuses foireuses: elle a un amant rencontré sur un site de rencontre car elle doit retrouver l'assassin de sa soeur! ouai! Par ailleurs, la relation adultérine qu'elle a avec Lukas occupe une grande partie du livre. La mort de sa soeur Kate ne passe qu'au second plan.

Attention spoilers!

La relation qu'elle a avec Lukas va petit à petit virer au cauchemar. Ce dernier va s'avérer être un psychopathe, un menteur et va la menacer de dévoiler des photos d'elle dénudée à sa famille. De quoi vous dégoûter à vie des sites de rencontre.

La fin est assez invraissemblable. Je n'en dirai pas plus mais le hasard fait vraiment bien les choses (et peut surtout bien aider les auteurs à mettre fin grossièrement à l'intrigue!!!)

Bref, ce thriller est assez décevant. En plus, il n'y a même pas de happy-end! :(

Ma note: 3/5

"Cette fois le désir s'installe. Je le reconnais, je le sens, pourtant il ne s'en va pas. Il garandit, il commence à devenir plus fort que moi, c'est un animal, un prédateur impitoyable, quelque chose qui a des dents, quelque chose qui veut détruire. Je ne le laisserai pas gagner. Pas cette fois. Je me dis que je suis déterminée, que je suis grande que ce démon qui veut me vaincre. Je le surmonte, le foudroie d'un regard et, finalement, il commence à reculer." page 101

"Je pense à lui en train de monter dans son avion, de rentrer chez lui. le pense au fait que je ne le reverrai jamais. je me sour viens avoir pensé la même chose à propos de Marcus, quand je croyais qu'il avait rencontré quelqu’un d’autre à Berlin, quelqu’un de plus intéressant, et que je finirais par rentrer à la maison, auprès de Kate et de mon père, retrouver mon ancienne vie. Mais c'était faux. Notre amour était devenu plus fort, plus intense. En hiver, nous ouvrions la fenêtre de notre appartement et mentions sur le rebord glacial. Nous nous enroulions dans une couverture et contemplions la Pernsehturm illuminée dans le ciel si bleu, nous parlions de notre avenir, de tous les endroits que nous irions visiter, des choses que nous irions voir. Ou alors, nous emportions une bouteille de vin bon marché, ou de vodka, jusqu'au Tiergarten, ou nous allions nous promener à la gare du Zoologischer Garten. J'avais mon appareil photo; je prenais des jeunes prostituée, des marginaux et des fugueurs. Nous rencontrions des gens, nos vies s'ouvraient, prenaient de l’ampleur. Kate me manquait terriblement, mais je ne regrettais pas de l’avoir laissée." page 167

"Elle soupire, « Non, mes parents sont décédés.» Je me souviens du moment où Anna m’a parlé de ses parents, à Paris ,- nous étions instailées sur son canapé, en train de boire un verre. Sa mère souffrait de dépression. Elle avait fait une tentative de suicide. Elle avait survécu, mais avait eu besoin de soins constants jusqu’à la fin de sa vie. L’alcoolisme de son père avait empire et, moins de dix ans plus tard, ils étaient décédés tous les deux, à six mois d’intervalle ; son frère et elle s’étaient retrouvés seuls. 
Hugh toussote. « Je suis navré de l’apprendre. Mais tu t’entends bien avec ton demi-frère, n’est-ce pas ? _ 
— Tout à fait. Cela a toujours été le cas. Il est tout pour moi. Je ne sais pas ce que je ferais s’il lui arrivait quelque chose,»

-"Ce n'est pas grave", dis-ie. C’est la seconde fois en quelques jours à peine qu'elle fait une référence maladroite, même indirecte, à la mort de Kate.Je me demande si elle s’en est déjà remise, si elle l’a presque oubliée. Je ne pense pas une seconde que ce soit délibéré." page 300-301

Epilogue du roman:

"Je ne quitte pas mon mari des yeux. Je me souviens de ce qu’il a dit au téléphone, quand il venait me rejoindre ici. Le père de Connor est mort. Il savait. Kate avait dû le lui dire. Et il avait gardé ça pour lui. 
Je regarde à nouveau Anna. le sais qu’elle dit la vérité. Elle a envoyé les photos à Hugh. 
Elle sourit. 
" Je t’ai tout pris. J’ai détruit ta vie, Julia, et maintenant tu vas perdre son fils. 
- Non... commencé-je, mais elle m’intime le silence. 
- C'est terminé, Julia. » 
Je lève le pistolet. Les policiers crient, Hugh dit quelque chose, mais je ne comprends pas. Je sais qu’elle a raison. Quoi qu'il arrive maintenant, c'est terminé. Il n’y a pas moyen de revenir en arrière. J’ai aimé quelqu'un, quelqu'un qui n'est pas mon mari. J'ai aimé quelqu'un, et je l'ai tué. Je ne peux pas repartir en arrière. Ma vie - ma seconde vie, celle dans laquelle je me suis réfugiée lorsque je me suis enfuie de Berlin — est terminée. 
«Je devrais te tuer, dis-je. 
- Eh bien, fais-le. » 
Je ferme les yeux. C'est ce qu‘elle veut. Ie le sais. Et si je m'exécute, elle aura gagné. Mais je m’en fiche, maintenant. J'ai perdu Hugh, je vais perdre Connor. Plus rien n’a d'importance. 
Ma main tremble, je ne sais pas ce que je vais faire. Je veux tirer, et en même temps je ne le veux pas. Peut-être n’est-ce pas trop tard, peut-être puis-je encore prouver que c’est Bella qui a tué ma sœur, qu’elle m’a persuadée par la ruse de tuer Lukas. Mais je n’arrive pas à voir ce que cela changera; Lukas était peut-être beaucoup de choses, mais ce n'était pas un meurtrier. J’ai tué un homme innocent, que ce soit délibéré ou non ne semble pas vraiment pertinent. Je ne peux pas vivre avec cela, de toute façon. 
J'ouvre les yeux. Quoi qu’il arrive maintenant, que je tire ou non, tout est terminé. " page 444

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lundi 28 mars 2016

♦L'échange des princesses♦ de Chantal THOMAS

L'echange des princesses de Chantal THOMAS 280316

En quatrième de couverture

En 1721, Philippe d’Orléans est Régent de France. L’exercice du pouvoir est agréable, il y prend goût. Surgit alors dans sa tête une idée de génie: proposer à Philippe V d’Espagne un mariage entre Louis XV, âgé de onze ans, et la très jeune infante, Anna Maria Victoria, âgée de quatre ans — qui ne pourra donc enfanter qu'une décennie plus tard. . . Et il ne s’arrête pas la : il propose aussi de donner sa fille, Mlle de Montpensier, âgée de douze ans, comme épouse au prince des Asturies, héritier du trône d Espagne, pour renforcer ses positions et consolider la fin du conflit avec le grand voisin. La réaction à Madrid est enthousiaste, et les choses se mettent vite en place. L'échange des princesses a lieu début 1722, en grande pompe, sur une petite île au milieu milieu de la Bidassoa, la rivière qui fait office de frontière entre les deux royaumes. Tout pourrait aller pour le mieux. Mais rien ne marchera comme prévu...

C'est le premier roman de Chantal THOMAS que je lis. Je précise que l'auteur n'a rien à voir avec la talentueuse créatrice de lingerie au célèbre carré Chantal THOMASS avec deux S!!! Il s'agit ici d'un roman historique qui relate un pan de l'histoire de France que je ne connaissais pas. 

Le roman nous amène au dix-huitième siècle.Il commence en 1721. Il est instructif sur les relations entre les Bourbons d'Espagne et les Bourbons de France. Certains pourraient reprocher à la romancière de prendre des libertés avec les pensées de personnages historiques ayant réellement existé. Mais cela permet à mon avis de rendre les personnages plus vivants. 

Nous découvrons dans le roman que Saint-Simon a été un témoin de cet échange de princesse. Il était l'embassadeur de France en Espagne et a été nommé grand d'Espagne. Il relate cette période dans ses mémoires que j'ai bien envie de lire.

Bref, un roman est plaisant à lire qui m'a donné envie de lire d'autres parutions de l'auteur. "Les adieux à la Reine" adapté au cinéma me fait déjà de l'oeil.

Ma note: 3,5/5

Critique presse

LE POINT, Jason WIELS:

"Catherine Middleton, reine en puissance et mère du "royal baby", vit, paraît-il, un conte de fées. Fut pourtant un temps où devenir duchesse, princesse ou reine n'avait rien d'une partie de plaisir. Bien au contraire. Au XVIIIe siècle particulièrement, avoir le sang bleu n'est pas forcément synonyme de bonheur, surtout quand on naît femme. C'est ce que nous rappelle Chantal Thomas dans son dernier ouvrage, L'échange des princesses.

Monnaie d'échange

Voyez plutôt cette histoire croisée, et passée aux oubliettes, de ces deux filles de souverains : Anna Maria Victoria de Bourbon, l'infante espagnole d'à peine quatre ans, et la jeune Louise Elisabeth d'Orléans. Nous sommes en 1721, les puissances européennes sont encore épuisées par la guerre de succession d'Espagne. Les femmes, sources d'alliances potentielles par le sang, sont donc de précieuses "marchandises" qui se monnayent sur le marché des cours royales d'Europe. Or, après la mort de Louis XIV, le régent du royaume de France, Philippe d'Orléans, veut sceller la paix avec son voisin espagnol Philippe V. C'est décidé : sa fille,Louise Elisabeth d'Orléans, devra s'unir avec le prince des Asturies, futur monarque du royaume hispanique. Quant à Anna Maria Victoria de Bourbon, elle épousera le prince Louis XV, petit neveu du régent. 

Réduites au statut de monnaies d'échange, réifiées quand le sexe fort est déifié, les jouvencelles sont sommées d'abandonner leur enfance plus vite que leurs poupées. À part une ou deux servantes dévouées, qui se soucie de leur bien-être ? Anna Maria Victoria, Louise Elisabeth : jeunes filles en fleur, elles finissent en pleurs, et pire encore... Chantal Thomas voulait redonner corps à cet épisode oublié, elle a donc mené l'enquête. Comme à son habitude, l'écrivain a enrichi son roman d'authentiques documents vieux de trois siècles, certains inédits. Chaque description, chaque dialogue rapporté semble si réel qu'on a vraiment l'impression de voyager et de vivre aux côtés des fillettes, cahotées d'un pays à l'autre. Et de perdre, avec elles, leurs illusions : une vie de princesse ? Non merci !"

"Oui, il a eu une idée de génie, se répète—t—il, en plongeant la tête sous l’eau. Il a trouvé la solution à deux problèmes qui le tourmentaient: le besoin politique de neutraliser l’Espagne et d’empêcher une nouvelle guerre ; l’envie secrète, sournoise, de retarder au maximum l’époque où le petit roi Louis XV pourrait donner naissance à un dauphin de France. Ce n’est pas pour demain puisqu’il n’a encore que onze ans et n’atteindra sa majorité qu’à treize ans révolus, et même alors... Mais il vaut mieux déjà s’en préoccuper. Si le roi meurt en ayant un fils, ilva de soi que la couronne revient à celui—ci, mais s’il meurt sans héritier, alors... alors... eh bien... la couronne lui appartient, à lui Philippe d’Orléans, actuel régent, neveu du feu roi Louis XIV, qui s’était appliqué tout au long de son règne à le tenir éloigné du gouvernement, à le traiter comme un bon à rien, et cela avec d’autant plus de rigueur qu’il était conscient de ses capacités. Sauf au service du Roi-Soleil, l’intelligence n’était pas un atout à Versailles." page 14

"Sous le titre « conversation curieuse», Saint-Simon, compagnon de jeunesse de Philippe d’Orléans, nous livre l’entretien par lequel il fut instruit de la fameuse idée. Les deux hommes sont exactement contemporains. Le Régent a quarante-sept ans, Saint—Simon quarante- six. Le Régent, qui a été un beau jeune homme, est marqué par les années, les blessures de guerre, les excès nocturnes. Son teint rouge brique dénOte de sérieuses menaces d’apoplexie. Une fatigue, sa vue faible, nuisent à ’éclat d’une présence dont le brillant est intermittent. Saint-Simon, nettement plus petit que le Régent et aussi grandiosement emperruqué, paraît beaucoup plus jeune et, par sa vie régulière, la chaleur de son imagination, sa passion de l’analyse, le poids entier de son existence qu’il met dans tous les instants, il est formidablement présent. lls diffèrent profondément, mais sont unis par la durée et la sincérité de leur amitié, par le plaisir de l’intelligence, une excitation de rapidité, d’entente sur les non—dits." page 17

"À l’annonce de ces mariages entre la France et l'Espagne, entre les Bourbons de France et les Bourbons d’ Espagne, bouclage d’alliances entre les deux royaumes les plus puissants et réunion d’une seule famille, autrement dit la hantise même de l’Europe, la réaction immédiate de Saint—Simon est de garder la chose secrète, afm de ne pas provoquer la fureur des autres pays. La réponse du duc d’Orléans, pour une fois dépourvu de culpabilité, est: «Vous avez bien raison, mais il n’y a pas moyen, parce qu’ils veulent en Espagne la déclaration tout à l’heure, et envoyer ici l’infante dès que la demande sera faite et le contrat de mariage signé. » Curieuse hâte, souligne Saint-Simon, on a des années devant nous, étant donné les âges de tous ces ñancés. De précoces fiancés, il faut l’avouer. Si le prince des Asturies a quatorze ans, la fille du Régent n’en a que douze. Louis XV, né le 15 février 1710, va vers ses 12 ans.Quant à Anna Maria Victoria, infante d'Espagne, elle est née le 31 mars 1718. La future épouse de Louis XV et reine de France n'a pas encore quatre ans!" page 20

"Dans la proximité du duc d’Orléans la joie est totale. Que le roi d’Espagne offre son fils, le prince des Asturies, son successeur sur le trône, en mariage à une fille du Régent est en effet assez incroyable. Telle est la condition pour que l’infante soit mariée à Louis XV. Le mariage de Mlle de Montpensier, née de l’union terriblement discordante du duc d’Orléans avec Mlle de Blois, bâtarde de Louis XIV et de Mme de Montespan, fait partie du lot. Le Régent avertit en passant la gamine. Louise Elisabeth a grandi en sauvage, dans un délaissement fastueux. Elle a été retirée du couvent à l’âge de cinq ans, puis on l’a plus ou moins oubliée, comme ses sœurs. Leur mère ne s’intéresse pas a cette nombreuse et inutile progéniture féminine. Leur père, pour toute éducation, les emmène quelquefois au théâtre. Il esr possible que, face à son père, Mlle de Montpensier se rebelle. Ce sera mis, comme la suite de ses faits et gestes, sur le compte de son mauvais caractère. Laide quand elle était petite, elle a embelli en grandissant, mais n’est pas devenue plus sociable. Elle est silencieuse, butée sur une sorte de mauvais vouloir chronique, d’une solitude qui détourne d’elle. En réponse au nouveau tour de sa destinée elle essaie une robe espagnole et se promène dans le palais ainsi habillée. Elle se rend chez la princesse Palatine, sa grand-mère, qui écrit: “C'est une chose étonnante comme elle a l’air espagnol: elle est très grave et ne rit quasi jamais, parle très peu. Elle est brune et a les yeux quasi noirs. Elle me vint Voir il y a quelques jours en habit espagnol; cela lui Sîed bien mieux que l’habillement français. » Est-ce à dire que c’est toute son existence espagnole qui va lui aller mieux que son existence française? Sa grand—mère l’appelle en plaisanterie « la mouche espagnole ». Louise Elisabeth n’a pas envie de plaisanter, et elle n’est pas certaine que l’intention soit sympathique. 

Pour l’acceptation du prince des Asturies, fils de l’épouse précédente Marie—Louise de Savoie, et mieux en âge de s’exprimer que sa fiancée, ce ne fut pas non plus un problème. Philippe V l’a convoqué. Son mariage lui a été annoncé comme un marché conclu. L’ éventualité qu’il ait un avis est a priori écartée. En toute hâte on a fait venir de Paris un portrait de Mlle de Montpensier pour l’offrir au prince. Comme il a le tempérament de son père, il s’épuise à se masturber sur l’image de sa future. La fiancée, avec de beaux yeux, la bouche charnue, le nez fort, a le visage maculé de sperme. Le tableau est enlevé de la chambre du prince Luis." page 22

"Anna Maria Victoria, influencée par sa mère, ne considère vraiment comme ses frères que les enfants nés de celle-ci. Les demi—frères, ceux nés de Marie—Louise de Savoie, la première épouse, sont éduqués avec froideur et relégués, autant que possible, à l’état d’étrangers. Le chagrin sans fin d’avoir perdu une mère unanimement adorée est encore rendu plus pénible par la mesquinerie vipérine d’Elisabeth Farnèse à leur endroit. " page 33

"Les mariages espagnols relèvent de tractations entre les Cours, ils ne concernent pas vraiment le peuple, tandis que l’incroyable audace de Cartouche, l’armée de hors—la—loi qu’il a mise sur pied, ce pouvoir de l’ombre qui sape l’ofhciel, cela certes le concerne, et l’enflamme. Le peuple a suivi de près les exploits de Cartouche. À travers lui, les Français prenaient leur revanche sur leur vie d’humiliés. Pourtant, à son arrestation, ils manifestent leur contentement. Publiquement, au nom du bien, en toute bonne conscience, ils souhaitent la mort de leur héros. En aparté, ils continuent de se raconter ses hauts faits, rêvent son évasion, sont certains que ses hommes vont prendre le relais et que cette redoutable armée de coupe-gorge n’a pas fini d’agir. C’est toujours une fête de voir châtier, et Cartouche, par son envergure, aura, c’est sûr, un traitement d’exception — car il est exceptionnel. Il n’y a pas que le peuple qui soit fasciné. Des écrivains, des grandes dames viennent le visiter à la Conciergerie. Cartouche, les jambes chargées de chaînes (qu’il nomme ses « jarretières »), rit de tout, chante a tue-tête des chansons obscènes dont il apprend les paroles à ses gardes. Sa gaieté sidère. Autant que ses exploits de brigand, elle stupéfie tout le monde. Que sont les réjouissances qu’apporteront les mariages espagnols, que sont-elles comparées àla secousse procurée par le supplice d’un pareil criminel? Des jeux d’enfants à côté du sang qui coule." page 37

"À l’opposé d’une Élisabeth Farnèse qui, durant les trois mois qu’il lui a fallu pour aller de Parme à Madrid, empêchée par les tempêtes de voyager par mer, a redéñni son plan de conquête du roi son époux et du pouvoir, et a fourbi ses armes, Louise Élisabeth, nullement sensible à ce grand decrin supposé l’attendre, est la débâcle incarnée. Une débâcle furieuse. Pour satisfaire les souverains espagnols, ses beaux— parents, on ne cesse de réduire les pauses. Les étapes sont de plus en plus longues. Les gardes du roi caracolent. Les soldats de l’armée du prince de Rohan—Soubise ne fléchissent pas leur belle allure. Le prince lui—même est magniâque. La vitesse, les bons vins des côtes de Graves et de Sauternes font plaisir à ces fringants chevaliers. Mais pour elle, Mlle de Montpensier, devenue princesse des Asturies et qui sera plus tard reine d’Espagne, pour cette ñllette de douze ans proprement déboussolée et dont la famille s’est débarrassée sans forme d'amitié, ce trajet à bride abattue est une épreuve." page 63

"Pourquoi une telle urgence à expédier en plein hiver, et pour un voyage qui a toute chance de la tuer, une petite Elle qu’ils prétendent chérir? Ce mariage n’est—il qu’un mirage vers lequel il faut s’empresser de courir avant qu’il ne s’efface? Anna Maria Victoria, elle, s’est effacée de leur champ de vision. Et qu’elle meure ou parvienne à sa destination, ils ne la reverront pas. Ils ont dit adieu à une enfant désormais morte à leurs yeux, sinon par le truchement de portraits plus ou moins fiables." page 68

"Il est déjà notoire que la princesse enfantine a la passion des poupées — de la même façon qu’il se sait très vite que telle grande dame ne résiste pas à un bijou. La place réservée à Poupée—Carmen n’est pas passée inaperçue. 
Mais aussi, à l’autre extrémité, au plus loin des joujoux de prix, de pauvres enfants qui n’auront jamais un jouet s’agitent sur leur grabat, tourneboulés par cet événement sans précédent: avoir pour reine une petite lille. Et si s’annonçait le règne des enfants? Si Louis et Mariannine au pouvoir allaient amener leur libération? Les enfants pauvres, les derniers des humiliés, exploités, affamés, battus, en premier comme dans la parole de l’Évangile. Le vent est froid, l’obscurité totale. Cachés dans un coin de grenier, ou grelottant sous un pont, le portail d’une église, dans un chantier. . . ils gambergent. Les ramoneurs, balayeurs, écosseurs et éplucheurs de légumes, marmitons, porteurs d’eau, frotteurs de parquets, décrotteurs de souliers. . . , les fileuses faméliques, les ravaudeuses aux yeux qui pleurent, les gardiennes d’oies jamais lavées, les lavandières aux mains gercées. . ., la cohorte malmenée, matraquée, fouettée, piétinée, pourchassée des petits mendiants et mendiantes, ils rêvent les yeux ouverts dans le noir. Le monde va—t—il se renverser? Et par un coup d’État prestement accompli par l’enfant roi et l’infante-reine, la société va—t—elle tirer des bagues où ils s’échinent les enfants partout mis à trimer?" page 120

"Entre Leurs Majestés à Valsain et le prince des Asturies la correspondance est quotidienne. Le roi rédige sa missive: «jay este fort aise de lire dans vostre lettre d’hier, mon tres cher fils, que vous étiez arrivé heureusement à l'Escurial et j’attends des nouvelles de votre chasse… » Sur le même papier, à sa suite, la reine répète, avec de minces variations, ce qu’a écrit son époux. Le prince enchaîne: «Cet apres dine j’ai manqué un daim assez bien et nous avons vu cinq cerfs fort gros deux beaux et deux autres passables mais je ne les ai pas pu tirer. . . » 
«je prends part à votre peyne du mauvais début de votre chasse, mon très cher fils, mais vous aurez peut—être pu réparer cela aujourd’hui. . . » 
Et, en effet, il y a de bons jours qui réparent les mauvais: «je reviens chargé de trois cerfs, je vais faire le récit à Vos Majestés de tout ce qui s’est passé. .. » 
Philippe V répond: «Je me réjouis avec vous, mon très cher fils, de votre bonne chasse d’hier. . . » Élisabeth Farnèse confirme: «Je me réjouis infiniment de la bonne chasse que vous avez faire et j’espère qu’elle sera suivie de beaucoup d’autres. » " page 184

"Un contemporain, l’avocat Mathieu Marais, note dans son journal: « L’Infante—Reine vit avec plaisir, au retour du sacre, revenir les ambassadeurs, et dit à Mme de Ventadour, en mettant sa main sur son front: “Je voudrais bien leur dire quelque chose, mais il ne me vient rien.” Et après avoir fait ce geste plusieurs fois, elle leur dit: “Je vous parlerai en trois points: le premier, que je suis fort aise de vous voir; le second, que je serais plus aise de voir le Roi; le troisième, que je ferai tout ce que je pourrai pour lui plaire et mériter son amitié.” Elle avait entendu, quelques jours auparavant, un sermon en trois points qui lui donna cette idée. » Surtout, elle a entendu, depuis toute petite, le parfait art oratoire de son père dès qu’il est en représentation, ce retour ou cette persistance en lui, qui ont surpris Saint—Simon, de l’éloquence de Louis XIV." page 195

"La princesse des Asturies souffre encore une fois d’un érysipèle, Le visage tout enflé, la tête comme une pierre, elle s’enfonce dans une vie léthargique. Est—ce à cause de sa maladie, ou par indifférence, on lui annonce la mort de son père près de quinze jours après l’événement. Elle n‘a aucune notion de politique, mais elle sait d’instinct que le chef de clan une fois mort, à moins que le fils aîné ou la veuve ne soient d’une trempe exceptionnelle, on est perdu face au clan ennemi. Son désespoir est effrayant." page 243

"De sa voix languissante, parmi plusieurs questions de politique, il se décide à parler à son fils de l’incident dela marelle. Il n’y a pas que Philippe, la Cour tout entière est béante de Stupeur. Louise Élisabeth a poussé le vice jusqu’à sortir pieds nus. Elle a osé exposer cette partie du corps qu’une Espagnole de la bonne société se doit de garder cachée. Roi—fils s’en remet à roi—père, l’oeil encore troublé par la nudité de sa belle—Elle, pour lui faire la leçon. 

«Mais, Sire, il n’y a qu’à dire ce que vous voulez que je fasse et je le ferai aveuglément. 
— Que vous vous teniez correctement, Madame, voilà ce que nous voulons. Si vous persistez, nous en viendrons à une punition, ex verbis ad verbem, des mots aux mains. »" page 276

"Louise Élisabeth compte les jours. Le palais où on l’a reléguée ressemble à une prison. C’est peut—être son dernier logement. Elle n’esr pas autorisée à se promener dans Burgos, et, d’ailleurs, n’en a pas l’idée. Elle mange tout ce qu’elle peut, devient grasse et molle. Une perpétuelle expression d’effarement la fait prendre pour une imbécile. La reine douairière, disent d’elle ses rares visiteurs, « n’a pas plus de résolution qu’un enfant de sept ans»; alors même que l’infante, avec ses sept ans, continue d‘étonner par des remarques dignes d’une jeune fille de dix—huit ou vingt ans, mais cela, loin de jouer à son avantage, est interprété comme une bizarrerie un peu monstrueuse. Débile ou trop précoce, trop grosse ou trop maigre, sans volonté ou trop décidée, déjà usée ou tmp jeune, ni l’une ni l’autre désormais ne peuvent plaire." page 327

"A la frontière, mi-mai 1725

Elles se croisent à nouveau, ne s'embrassent pas au passage. L'échange s'effectue en sens inverse. La reine douairière d'Espagne contre l’infante-reine de France, une demie-folle contre une enfant déchue." page 329

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