Mon calepin

mercredi 26 octobre 2016

Coup de ♥: "Lappel de l'ange" de Guillaume MUSSO

L'appel de l'ange de Guillaume MUSSO 382p 261016

En quatrième de couverture

Dans leur téléphone, il y avait toute leur vie…

New York. Aéroport Kennedy.

Un homme et une femme se télescopent. En ramassant leurs affaires, Madeline et Jonathan échangent leurs téléphones portables. Lorsqu’ils s’aperçoivent de leur méprise, ils sont séparés par 10 000 kilomètres : elle est fleuriste à Paris, il tient un restaurant à San Francisco.

Cédant à la curiosité, chacun explore le contenu du téléphone de l’autre. Une double indiscrétion et une révélation : leurs vies sont liées par un secret qu’ils pensaient enterré à jamais…

Ma note: 5/5

"Le rivage est plus sûr, mais j'aime me battre avec les flots." Emily DICKINSON

"Elle alluma le chauffe-eau en grattant une allumette et mit sa bouilloire en marche pour se preparer un thé.

L’atelier de peintre d’origine avait depuis longtemps fait place à un joli deux pieces disposant d’un salon, d’une petite cuisine et d’une chambre en mezzanine. Mais la hauteur de plafond, les larges verrieres qui percaient le mur principal et le parquet en bois peint rappelaient la vocation artistique initiale et contribuaient au charme et au cachet du lieu. 

Madeline alluma TSF Jazz, vérifia que les radiateurs étaient poussés a fond et sirota son thé, se dandinant an rythme de la trompette de Louis Armstrong en attendant que l’appartement se réchauffe. 

Elle prit une douche éclair, sortit de la salle de bains en frissonnant et attrapa dans son placard un tee-shirt Thermolactyl, un jean et un gros pull en Shetland. Prête à partir, elle croqua dans un Kinder Bueno tout en enfilant un blouson de cuir et noua autour de son cou son écharpe la plus chaude" page 37

"[...]il fronça les yeux en découvrant... toute la musique qu’il aimait: Tom Waits, Lou Reed, David Bowie, Bob Dylan, Neil Young. . .Des morceaux mélancoliques et bohèmes qui chantaient la loose, le blues des matins blémes et les destins brisés. 

C’était surprenant. Certes l’habit ne faisait pas le moine, mais il avait du mal à imaginer la jeune femme sophistiquée, manucurée et Louis Vuittonisée de l’aéroport s’enfoncer dans ces mondes tourmentés. 
Poussant plus loin ses investigations, il consulta les titres de films que Madeline avait téléchargés. Nouvelle surprise : pas de comédies romantiques, d’épisodes de Sex and the City ou de Desperate Housewives, mais des longs métrages moins lisses et plus controversés : Le Dernier Tango à Paris, Crash, La Pianiste, Macadam Cowboy et Leaving Las Vegas. 
Jonathan bloqua sur le dernier titre : cette histoire d’amour impossible entre un alcoolique suicidaire et une prostituée paumée était son film préféré. Lorsqu’il l’avait découvert, il était au sommet de sa réussite professionnelle et familiale. Pourtant, la longue derive éthylique de Nicolas Cage, noyant clans l’alcool l’échec de sa vie, lui avait paru presque familière. C’était le genre de film qui ravivait vos blessures, réveillait vos vieux démons et vos instincts d’autodestruction. Le genre d’histoire qui vous renvoyait a vos peurs les plus secrètes, à votre solitude, et vous rappelait que personne n’est à l’abri d’une descente aux enfers. Selon votre état d’esprit du moment, l’oeuvre pouvait vous donner 1a nausée ou vous faire voir plus clair en vous. En tout cas, elle touchait juste." pagre 46

"L’ado ne crut pas utile de répondre. Madeline s’éloigna du comptoir et entreprit une composition. 
-Tu t’appelles comment ? 
Jeremy. 
-Et l’amie de ta mère, elle a quel âge ? 
-.. Euh... plus vieille que vous en tout cas. 
-Et j’ai quel âge à ton avis ? 
Là encore, il choisit de ne pas répondre, preuve qu’il n’était peut-être pas si crétin qu’il en avait l’air. 
-Bon, tu ne les mérites pas, mais voila ce qu’il y a de mieux, expliqua-t-elle en lui tendant un bouquet. Ce sont mes fleurs préférées : des violettes de Toulouse, à la fois simple, chic et élégant. 
-C’est très joli, admit-il, mais dans le langage des fleurs, ça signifie quoi ? 
Madeline haussa les épaules. 
-Laisse tomber le langage des fleurs. Offre ce que tu trouves beau, c’est tout. 
-Mais quand même, insista Jeremy. 
Madeline fit semblant de réfléchir. 
-Dans ce que tu appelles le « langage des fleurs », la Violette représente la modestie et la timidité, mais elle symbolise aussi un amour secret, donc, si tu as peur que cela paraisse ambigu, je peux te faire un bouquet de roses à la place. 
-Non, les violettes me conviennent très bien, répondit-il en arborant un large sourire. " page 67

"Jusqu'à présent, Jonathan avait pris soin de ne jamais entrer avec lui dans les détails de sa relation avec sa mère, mais était-ce la bonne solution ? Oui, sans doute : comment expliquer à un enfant la complexité des relations conjugales et les ravages de la trahison ? Malgré tout, il se risqua à une précision : 
Je ne renie rien du passé, mais un jour, j’ai compris que ta maman n’était plus la femme que je croyais connaître. Pendant les dernières années de notre mariage, j’avais été amoureux d’une illusion. Tu comprends ? " page 97

Sébastien: "- Mais je suis un homme, Madeline ! 

- Oui, mais pas celui que tu voudrais être. 

Elle le laissa sur cette réflexion pour retrouver Bérangère, l’une des vendeuses de Fauchelevent avec qui elle parcourut les différents stands. Elle acheta deux ballots de feuillage, négocia aprement le prix des tulipes, des paquerettes et des camélias, mais céda sur trois bottes magnifiques de roses d’Equateur. Elle était à l’aise dans le « marchandage », tenant a payer les fleurs à leur vraie valeur.Takumi s’occupa de charger cette premiere cargaison et rejoignit sa patronne dans l’enceinte réservée aux plantes. 
D’un oeil expert, Madeline choisit des bégonias et des myosotis en pot tandis que son apprenti, fêtes de fin d’année obligent, s’emparait des « stars » de Noel que sont le houx, le gui, les poinsettias et les hellébores. 
Elle lui laissa aussi les plantes dépolluantes qui connaissaient un succès croissant auprès des entreprises, mais qu’elle-même jugeait ennuyeuses à mourir, pour mieux prendre le temps de choisir les orchidées blanches et pastel sur lesquelles elle avait bâti la réputation de son magasin. 
Elle fit ensuite un rapide détour par la serre où étaient entreposés les « gadgets » qui permettaient a ses clients d’offrir des cadeaux amusants et peu onéreux : bougies parfumées,plantes « carnivores », petits cactus en forme de coeur, feuilles de café plantées dans des tasses a espresso... 
Aux rayons des decorations, elle craqua sur un ange en fer forgé qui ferait fureur dans sa vitrine. Takumi la suivait et buvait chacune de ses paroles. Malgré sa frêle silhouette, il mettait un point d’honneur a assumer les tâches pénibles, poussant un chariot qui devenait plus lourd a chaque halte, soulevant d’un bras un sac de terreau de dix kilos ou un  énorme cache-pot en terre cuite." page 115

"Même si elle avait elle avait dû se douter que la police mettrait le nez dans sa maison, elle ne s’était pas donné la peine de maquiller ses activités: une pipe artisanale fabriquée avec une canette trainait encore sur le rebord de la fenétre à côté de bouteilles de bière vides et d’un cendrier où trainait un pétard aux trois quarts consommé. 
Madeline et Jim échangèrent un regard inquiet: vu le nombre de tarés qui devaient fréquenter l’endroit, l’enquête n’allait pas étre simple. Ils montèrent à l’étage, poussèrent la porte de la chambre d’Alice et... 
L’endroit détonnait avec le reste de la maison. La pièce était sobre et bien rangée avec un bureau, des étagères et des livres. Grace à un diffuseur de parfum, une odeur agréable d’iris et de vanille flottait dans l’air. 
Un autre monde... 
Madeline leva les yeux et regarda attentivement les murs de la chambrette décorés avec les tickets et les programmes des spectacles auxquels Alice avait assisté: des opéras -Carmen et Don Giovanni au Lowry Theatre --, une pièce La Ménagerie de verre au Playhouse -, un ballet -Roméo et Juliette dans les locaux du BBC Philharmonic Orchestra. 
C’est une extraterrestre cette fille ou quoi ? demanda Jim. 
-Oui, grommela Erin. Elle a... Elle a toujours été comme ça : toujours fourrée dans ses livres, sa peinture et sa musique... J’me demande bien de qui elle tient ça. 
Pas de toi en tout cas, pensa Madeline. 
La flic était hypnotisée par ce qu’elle découvrait. De part et d’autre du bureau, deux reproductions de tableau se faisaient face: un Autoportrait de Picasso datant de la période bleue et le fameux Verrou de Jean Honoré Fragonard. Jim regardait les titres des livres sur les étagères ; des romans classiques, des pieces de théâtre. " page 130

"Sur le siège à côté de moi s’entassaient les journaux français et américains achetés à 1’aéroport. La presse hexagonale qui m'avait souvent ignoré ces dernières années s‘en donnait cette fois a coeur joie: Lempereur déchu, Lempereur abdique, La chute de Lempereur... 
C‘était le jeu des medias et j’y étais préparé. Il n’empêche, aujourd‘hui ces titres étaient dévastateurs et je les prenais en pleine gueule comme autant de coups de poing. Je n ’arrivais même pas à me faire croire que j’allais rebondir. A part ciéer des recettes de cuisine, que savais-je faire ? Rien ou si peu... En perdant Francesca, j’avais perdu la flamme qui me poussait en avant, le déclic qui m’avait fait passer d’un chef étoilé « ordinaire » au patron de la meilleure table du monde. Il y avait vingt-cinq restaurants trois étoiles en France et près de quatre-vingts dans le monde, mais il n’y en avait qu’un avec une liste d’attente de plus d’un an. C’était chez moi et je savais que c’était à Francesca que je le devais. Car je ne carburais qu’a ça : l’amour exclusif, la passion, le besoin incessant de la séduire. J’avais rencontré Francesca à trente et un ans, mais je la cherchais depuis la cour du lycée. Quinze ans à espérer qu’une femme comme elle existe quelque part sur Terre. Une femme belle comme Catherine Zeta-Jones à qui on aurait greffé le cerveau de Simone de Beauvoir. Une femme ayant dix paires de Stilettos dans son dressing, mais capable de vous parler de l’influence de la musique de Haydn sur l’oeuvre de Beethoven ou de l’effet du hasard dans la peinture de Pierre Soulages. 
Lorsque Francesca entrait dans une pièce, elle vampirisait tous les regards. Les femmes voulaient qu’elle devienne leur meilleure amie, les hommes désiraient coucher avec elle, les enfants appréciaient sa gentillesse. C’était mécanique, habituel, inéluctable. Nous avions vécu nos années d’amour dans cette incandescence et cette drôle de repartition des tâches : j’avais la notoriété, elle avait le glamour et le magnétisme." page 183

"Tout aussi affamé, Jonathan ne se fit pas prier pour l’imiter.Ils dégustèrent leur repas en se laissant gagner par le charme du restaurant. C’était un endroit hors du temps qui mélangeait allègrement des éléments Art déco, des chromes rutilants et un mobilier en Formica. Sur le mur, derriere le comptoir, une série de photos dédicacées recensait les célébrités -de Woody Allen au maire de New York -venues y déguster un plat de pâtes ou d’arancini. Au fond de la salle, un Vieux juke-box diffusait Famous Blue Raincoat, l’un des plus beaux titres de Leonard Cohen, malgré sa noirceur et ses paroles obscures. Du coin de l’oeil, Jonathan regardait la jeune Anglaise dévorer son hamburger. 

-C’est étrange, la première fois que je vous ai vue, j ’aurais juré que vous étiez le genre de nana végétarienne à vous contenter de deux feuilles de salade par jour. 
-Comme quoi les apparences..., sourit-elle. 
Il était maintenant plus de une heure du matin. Installés l’un en face de l’autre, sur une banquette en moleskine, ils profitaient de ce moment de répit. Malgré la fatigue, tous les deux avaient l’impression de sortir d’une longue hibernation. Depuis quelques heures, une adrénaline nouvelle faisait courir plus Vite le sang dans leurs veines. Jonathan avait quitté l’engourdissement et l’aigreur dans lesquels il s’était laissé glisser depuis deux ans. Quant à a Madeline, elle avait cessé de se faire croire que sa petite vie sans à-coups la protégerait de ses démons." page 257-258

"Son cocktail a la main, Madeline revint s’asseoir a sa table. Elle regarda , à travers la vitre cet homme étrange qu’elle ne connaissait que depuis une semaine, mais qui, ces derniers jours, avait occupé l’essentiel de ses pensées, au point de l’obséder. Enveloppé dans son manteau, il observait le Ciel. La lumière blanche du reverbére lui donnait un air lunaire, vaguement enfantin et mélancolique. Il avait quelque chose de touchant et d’attachant. Un charme simple, un visage qui inspirait confiance. Il dégageait un je-ne-sais-quoi de franc, de sain, de bénéfique. A son tour, il la regarda et c’est là que quelque chose changea. Prise de frissons, elle sentit son estomac se nouer brutalement. 
A mesure qu’elle encaissait cette émotion inattendue, son coeur s’emballa, ses jambes tremblèrent, des papillons volèrent dans son ventre. 
L’effet de surprise la prit de court. Complètement chamboulée, elle se demanda d’où provenait cette agitation qui la laissait subitement sans repères. Elle ne contrôlait plus rien. Bouleversée, incapable de lutter, elle ne pouvait plus détacher son regard du sien. À présent, son visage lui semblait familier, comme si elle l’avait toujours connu.

Jonathan prit une bouffée de sa cigarette et recracha une volute de fumée bleue qui, engourdie par le froid de la nuit, mit une éternité a se dissiper. Sentant le regard de Madeline pose sur lui de l’autre cote de la vitre, il tourna la tête et, pour la première fois,leurs regards se croisèrent vraiment. 
Cette femme... Il savait que derrière sa carapace dure et froide se cachait quelqu’un de sensible et de complexe. C’était grâce à elle qu’il etait sorti de sa torpeur. A nouveau, il sentit ce lien inédit qui les unissait. Ces derniers jours, ils avaient entrepris un apprentissage accéléré l’un de l’autre. Ils avaient nourri une obsession l’un pour l’autre, pénétrant leurs secrets les plus intimes, mettant a nu leurs failles, leur fragilité, découvrant des forces et des faiblesses qui semblaient se faire écho." page 260-261

"Madeline capitula et s’abandonna à ce sentiment nouveau. C’était grisant comme un saut dans le vide, sans parachute ni élastique. Elle repensa à leur rencontre. Rien ne serait arrivé sans cette collision à l’aéroport. Ricn ne serait arrivé s’ils n’avaient pas échangé leurs téléphones par mégarde. Si elle était entrée dans cette cafétéria trente secondes plus tôt ou trente secondes plus tard, ils ne se seraient jamais croisés. C’était écrit. Un drôle de coup du destin qui avait choisi de les rapprocher dans un moment décisif. L’appel de l’ange, comme disait sa grand-mère... " page 261

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dimanche 23 octobre 2016

Coup de ♥: "Le temps est assassin" de Michel BUSSI


Le temps est assassin 532p 231016En quatrième de couverture

Eté 1989
La Corse, presqu'île de la Revellata, entre mer et montagne.
Une route en corniche, un ravin de vingt mètres, une voiture qui roule trop vite... et bascule dans le vide.
Une seule survivante : Clotilde, quinze ans. Ses parents et son frère sont morts sous ses yeux.

Eté 2016
Clotilde revient pour la première fois sur les lieux de l'accident, avec son mari et sa fille ado, en vacances, pour exorciser le passé.
A l'endroit même où elle a passé son dernier été avec ses parents, elle reçoit une lettre.
Une lettre signée de sa mère.
Vivante ?

Lu sur Le journal du Quebec

À l’été 1989, Clotilde, savoure des vacances idylliques avec ses parents et son frère,jusqu’à ce qu’une tragédie survienne, le 23 août, la laissant seule survivante. Exactement 27 années plus tard, elle retourne sur les lieux du drame avec son mari et sa fille, qui a 15 ans. L’âge qu’elle avait quand elle a perdu sa famille.

À l’époque, Clotilde tenait un journal intime, oublié à la maison peu avant l’accident. Elle y racontait ses vacances, présentait sa bande d’amis, consignait des vérités pas bonnes à dire. De retour en Corse, où elle tente d’exorciser sa peine, elle reçoit une étrange lettre, écrite par sa mère. Se pourrait-il qu’elle soit vivante?

Michel Bussi, de passage à Montréal pour présenter son roman aux libraires et aux journalistes, a expliqué qu’il a longuement mûri l’idée d’une ado qui perd ses parents et qui se retrouve orpheline... «Je voulais vraiment que Clotilde voie ses parents mourir dans cet accident de voiture. Néanmoins, la mère va revenir et Clotilde va avoir un doute sur la mort de ses parents.»

Très tôt, il a souhaité que cette histoire se passe en vacances, dans un cadre idyllique. «Clotilde raconte ses vacances, ses amours, alors que le lecteur sait qu’il va y avoir l’accident. Il se doute qu’il y a des non-dits... et je voulais avoir ce contraste avec l’insouciance du journal.»

Michel Bussi a une capacité incroyable à entrer dans l’univers d’une ado, en 1989. «C’est pas très dur parce que j’étais ado à peu près à cette époque», dit-il. Toutes les références à la culture pop de l’époque – les films, la musique, les vêtements – sont telles quelles. «Je me suis inspiré pas mal de moi, ado, à 15 ans.»

Et la Corse? «J’ai des cousins en Corse, j’y ai été en vacances, mais je n’ai jamais vécu là. Elle s’est imposée parce qu’il y avait ces paysages, ces corniches, ce goût du secret... tout ce qu’on imagine autour de la Corse. Et il ne fallait pas tomber dans le cliché des attentats. Quand on est romancier, on a un gros avantage: on peut donner la parole à tous les personnages qu’on veut. Donc on peut donner un point, un contrepoint. Cassanu est le Corse patriarche qui défend les valeurs universelles de la Corse, et après, il y en a d’autres comme Cervone qui est plus dans le changement. Je pouvais donner plusieurs opinions sur la Corse.»

Le plus difficile, ajoute-t-il, était d’avoir un côté romanesque, pour mettre en valeur la famille, le code de l’honneur, le fait qu’on puisse faire sa propre justice, sans tomber dans une série de clichés trop appuyés. «J’ai plein de témoignages de Corses qui me disent que c’est vraiment ça, et qu’il y a quand même cette omerta.

«En filigrane, je soulève des paradoxes: c’est à la fois un paradis sur terre, un des plus beaux lieux du monde, mais la rançon, c’est que c’est une destination de tourisme luxueuse, où des stars et des gens qui ont les moyens vont se permettre d’acheter en Corse parce que l’immobilier est devenu très cher. Je suis géographe et je connais des collègues qui se battent pour travailler le tourisme.»

Ma note: 5/5

"Je suis vierge... et j’entends bien ne pas le rester. Maria-Chiara a fait le voeu de non-chasteté. Elle l’a presque annoncé comme un concours de pétanque, un tournoi de ping-pong ou une soirée loto. Elle va s’offrir un mec. Pour la première fois. Un seul! Avant la fin de l’été. Et depuis, Maria-Chiara se balade en string, seins à l’air, pour aller chercher sa boule de glace pistache, sa baguette, son Jeune et Jolie. Kaprisky dans L’Année des méduses, pour vous donner un aperçu. " page 154

"De haïr ces regards des hommes sur sa poitrine qui défie les lois de la pesanteur. Je suis mal barrée, même si j’ai une théorie là-dessus. Vous voulez la connaître? Après tout, je ne vous demande pas votre avis, ça va me défouler de vous la balancer! Sortir avec une fille qui a des petits seins, une fille avec qui on veut faire sa vie je veux dire, une fille comme moi par exemple, c'est de l’investissement à long terme. Du garanti trente ans. Un choix qu’on ne regrettera pas après des décennies de couple, alors que les gros seins finiront forcément par décevoir, par déchoir. C’est une évidence, non? Une évidence mathématique, physique ! En conséquence, même si cette petite bombe de Maria-Chjara a pris de l'avance sur moi, je finirai par la rattraper, à mon rythme, au petit trot." page 154-155

"Pas tout à fait? Alors je vous fais tout le topo. Ce 19 août 1989, les autorités hongroises ont décidé d’ouvrir les frontiéres. Celles du rideau de fer. Pour les Hongrois, c’était déjà le cas depuis quelques semaines, et en général, ils rentrent chez eux après avoir fait un petit tour à l’Ouest. Mais cette fois, ils ont fait sauter la frontiére pour tout le monde, sans distinction de nationalité. Operation grille ouverte! Pendant exactement trois heures, de 15 à 18 heures, le temps d’organiser un gigantesque pique-nique, un pique-nique paneuropéen, comme ils disent. Les militaires se sont croisé les bras. 
Alors la rumeur a enflé et les Allemands de l’Est ne se sont pas fait prier. Plus de six cents d’entre eux, qui se trouvaient par hasard en vacances dans ce coin de Hongrie, Ont passé la frontière avant que les grilles ne se referment. Et eux, d’après ce que disent les journalistes, ils ne sont pas près de rentrer. Ils insistent, les journalistes, c’est historique, c’est la premiere brèche dans le mur entre l’Ouest et l’Est, même si c’est juste un test pour voir comment les Russes vont réagir. C’est tout vu. Aucune reaction. Gorbatchev s’en fout. " page 196

"Marco, le jeune serveur du bar des Euproctes, s’était assuré de la fraîcheur de la bouteille avant de servir la Bitburger à Jakob. Le patron en commandait huit packs chaque été, à usage unique du plus vieux client du camping, une sorte de privilège imperial remontant au temps de Bismarck. 
-Danke. 
L’Allemand n’avait même pas levé les yeux de son ordinateur. Schreiber était le genre exact de client que ne supportait pas Marco. Le client qui se croit intéressant. Qui vous sourit avec un petit air méprisant, qui vous explique le pourquoi du comment, et notamment que c’était mieux avant, les serveurs d’avant, les expressos d’avant, les motos d’avant, la mer Méditerranée d’avant... Il n’y a qu’une chose qu’on ne pouvait pas reprocher à Jakob Schreiber : à plus de soixante-dix ans, il conservait une énergie et une curiosité de jeune homme, à vous démontrer la supériorité des boules de pétanque en carbone sur les boules en inox, la supériorité de l’argentique sur le numérique, de la bière brassée à la main sur l’industrielle. 
Ses journées au camping étaient organisées avec la rigueur d’un 4-4-2 de la Mannschaft." page 237

"Rien n’appartient jamais à une personne seule. Qu’est-ce qu’elle en ferait? Imagine un peu, le type le plus riche de l’histoire du monde, ce serait qui? Celui qui aurait éliminé tous les autres? Qui vivrait seul sur la planète, avec toutes les richesses jamais produites? ll serait le plus riche homme que la terre ait jamais porté, mais aussi le plus pauvre, puisque aucun être au monde ne posséderait moins que lui. Pour parler de richesse, ll faut au moins être deux, comme les colons dans les westerns, un couple qui s’installe dans le désert au milieu de rien, qui y construit un abri pour y habiter, pour y faire un enfant. La richesse grandit avec une famille, d’autres enfants, des petitsenfants, pour que la terre, la maison, la mémoire, puisse se transmettre. Et ainsi ce suite, la richesse dans l’absolu devrait aussi appartenir à la tribu, à tous ceux qui se sont entraidés. Elle appartient à une île, à un pays, à la terre entière, si l’humanité était capable de la même solidarité que celle qui unit un couple, une famille ou une tribu (et là, Papé me regarde droit dans les yeux). Mais ce n’est pas le cas. Ce ne sera jamais le cas, nous devons défendre ce qui nous appartient. Entre l’égoïsme de chaque individu et la folie du monde, nous sommes les gardiens de cet équilibre-là.[...]" page 328

"Tu as déja deviné, Clotilde, à moins que tu ne t’en sois souvenue. Il n’y a aucun doute. Vous avez le même père, Orsu et toi ! Ton papa a eu cet enfant avec Salomé Romani, la fille de Speranza, il l’a conçu en août 1988. L’enfant est né le 5 mai 1989, il aura croisé son père deux semaines, seize jours exactement. D’ailleurs, « croisé » est un bien grand mot, Paul était marié, marié et père de deux grands enfants, Nicolas et toi. Je ne suis même pas certain que Paul l’ait rencontré,l’ait reconnu, ait même été au courant, pour ce gamin. Des images lointaines tourbillonnaient sous le crâne de Clotilde, un escalier en spirale, un phare, un bébé dans les bras de son pere. Des images refoulées si souvent, jamais oubliées pourtant, triées, peut-être. Comme une histoire à laquelle il manquerait des pages. Les dernières surtout, celles qui expliquent tout. 
-Il... Orsu est né handicapé ? 
-Oui. Salomé ne voulait pas le garder. On n’avorte pas chez les Romani, il n’y a pas plus catholique que cette familie là. Alors elle a tenté de le faire passer, comme on disait dans un autre temps. Tu vois, comme dans Manon des sources, quand le Papet demande a la fin du livre : « Il est né vivant ? -Vivant, oui, mais bossu. » Orsu a un bras mort, une jambe morte, une partie du visage aussi, et sans doute une partie du cerveau, celle qui commande la parole." page 393

"Dans mon rêve du futur, Natale est là aussi. Dans la piscine,  il y a des enfants, peut-être que ce sont les miens, mes enfants, ou mes petits-enfants, je n’en suis pas sûre. Tout ce que je sais, c’est que je suis heureuse, qu’il ne manque personne autour de moi, que tout le monde est là, comme si en cinquante ans rien n’avait changé, comme si personne n’était mort, comme si au bout du compte, le temps qui passe, peut-être qu’il est innocent, peut-être qu’on se trompe en l’accusant, en le traitant d’assassin... " page 413

"Bien entendu, sa mère s'était cachée quelque part dans la montagne pour l’observer, s’y cachait encore , de n'importe quel point sur les hauteurs de la montagne, dans le maquis, les genêts et les bruyères qui lui arrivaient à la hauteur de la taille, on pouvait voir sans être vu, on pouvait entendre sans être entendu, espionner sans étre soupçonné." page 415

"Il y a cinquante ans, Speranza travaillait déja à Arcanu, même si travailler n’est pas le bon mot. Elle habitait déja ici, vivait ici et, comme aujourd’hui, s’occupait de tout avec moi, le ménage, le repas, le jardin, les bêtes. La fille de Speranza, la petite Salomé, est née à Arcanu, en 1948. Trois ans après ton papa. Salomé et Paul ont grandi ensemble, inséparables. (Elle fixa à nouveau Speranza, qui semblait uniquement concentrée sur la taille des dés de Viande fumée qu’elle découpait.) Tout le monde savait ici qu’on finirait par les marier. C’était ainsi, c’était écrit. .. Plus les années passaient et plus Salomé devenait belle. Grande, brune, avec des cheveux qui lui arrivaient jusqu’à la taille. Des yeux de biche de la forêt d’Aïtone, une grâce de chevrette et un rire à faire se fissurer la citadelle de Calvi. Un conte de fées, ma chérie, Paul le prince, l’héritier de quatre-vingts hectares de maquis, et Salomé la jolie Cendrillon sans un sou, mais on se fiche de ça chez nous, seul compte le clan, peu importe le rang. Dès quinze ans, on les a fiancés. Oui, ma chérie, un conte de fées, il était une fois à la Revellata, Paul et Salomé se marieraient et ils auraient beaucoup d’enfants. 
Elle s’arrêta. Son poignet ferme coupa en quatre parts strictement égales le figatellu. Un nouveau regard à la pendule. 
11 h 27 
-Tout a basculé l’été 68, continua doucement Lisabetta, semblant avoir calculé la durée de son récit avec la même precision que celle de sa cuisson. " page 429

"Maria aimait raconter qu'elle se faisait regonfler les seins chaque année, avant l'été. Le jour où elle mourrait, on l'allongerait sur le dos dans son cercueil mais grâce à eux, ils ne pourraient pas fermer le couvercle !" page 531

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lundi 3 octobre 2016

Coup de ♥: Apocalypse bébé" de Virginie DESPENTES

Apocalypse bébé 343p 021016

En quatrième de couverture

Valentine disparue ... Qui la cherche vraiment ?
Entre satire sociale, polar contemporain et romance lesbienne, le nouveau roman de Virginie Despentes est un road-book qui promène le lecteur entre Paris et Barcelone, sur les traces de tous ceux qui ont connu Valentine, l'adolescente égarée ... Les différents personnages se croisent sans forcément se rencontrer, et finissent par composer, sur un ton tendre et puissant, le portrait d'une époque.

Ma note: 5/5

"Cravate noire sur chemise blanche toujours impeccable il répète à qui veut l'écouter que c'est d'abord en perdant la cravate que les hommes ont perdu la virilité. Renoncer au costard, selon lui, c est renoncer à incarner la loi. Il me rend rarement visite, sauf quand il a besoin du contact d’un gamin qui pourrait lui servir. J' ai un bon réseau de jeunes gens, qui peuvent rendre service pour pas grand- chose. Aujourd’hui, il vient me voir parce que j’ai écopé d’un gros dossier. Agathe a dû lui raconter la scène. De sa chaise, elle entend et suit tout ce qui se passe dans le bureau du boss. Les locaux de Reldanch sont installés dans un ancien laboratoire d’analyses de sang, les Cloisons n’ont pas été concues pour garantir la discrétion. J’aimerais bien que Jean-Marc me propose de travailler en tandem avec lui, sur cette enquête. Mais il s'imagine que je peux me débrouiller seule." page 20-21

A propos de la hyène: "Elle me précède, solide et désinvolte, ses jambes sont longues et fines dans son petit jean blanc, elle a la maigreur chic, un corps qui tend à disparaitre et porte bien les fringues. Je me sens courte et replète, une sueur d’angoisse a trempé mon pull, je prends conscience que mes mains tremblent et m’estime heureuse de ne pas me casser la figure en chemin. Elle s’assoit en face de moi, bras relevés sur le dossier de la chaise, jambes écartées, on dirait qu’elle s’évertue à occuper un maximum d’espace avec un minimum de masse corporelle. Je rassemble mes esprits et cherche comment commencer. Elle quitte enfin ses lunettes, promène sur moi un long regard, de haut en bas. Ses yeux sont très grands, sombres, elle est ridée façon vieille Indienne, ça rend son visage expressif. "page 31

" Il avait eu quelques petits succès, rien de vulgaire, rien de trop. Remarqué, mais pas de prix. ll n’avait pas trente ans, il était convaincu qu’un jour il aurait son Goncourt. Il ne doutait de rien, il ne se doutait de rien. Il comptait les voix en rédigeant ses oeuvres. Auteur Seuil, il avait été sur les listes, trois fois. Toujours raté. Toujours un autre. On lui disait que ça ne servait à rien de l’avoir trop jeune. Il le prenait avec panache. Il ignorait que c’était déja ça, son heure de gloire, rien que ça. Des débuts prometteurs. Suivis de peu de choses. Pas les bons appuis, pas les bons réseaux. Pas d’étiquette à brandir pour s’imposer. Rien que ses livres. Et il avait découvert, sur le tard, que ça ne suffirait pas. Il aurait voulu se consoler en restant concentré sur la postérité, des générations de jeunes Japonais émus aux larmes de le découvrir trop tard, écrivant de multiples biographies, indignés du silence grossier qui avait entouré ses publications, de son vivant. Plus le temps avançait, moins la chose lui semblait probable. Il ne perdait pas confiance en son oeuvre, mais il doutait du monde a venir. ll avait publié ses premiers romans convaincu d’être un jour lu dans la Pléiade, qu’on considère la chose dans son étendue, qu’on en admire la cohérence, une ligne stable, avec des phases d’évolution nettes, des prises de risques, des intuitions frappantes. Il n’avait pas imaginé ce qui allait se passer au début des années 90. Ce premier effondrement. Les crasseux, les incultes et les publicistes, plébiscités par leurs pairs. Il avait honte, rétrospectivement, de ne pas avoir anticipé ce que deviendrait le livre, une industrie un peu plus bête qu’une autre. Vieille rombière outragée, minaudant dans des robes en lambeaux. Ardisson-Canal+-Inrocks. Des ennemis dont on n’avait pas saisi le pouvoir de nuisance. Ni de droite, ni de gauche. Ni classiques, ni modernes. Des gens de télé. Bien de leur époque. " page 40

"Le tout sans s’énerver. Je crois même qu’elle dissimule un sourire, a la fin, en voyant la tête que je fais. On est bloquées par un camion livraison qui crée un petit embouteillage. Je me renfrogne et regarde par la fenêtre. Des crétins klaxonnent, derrière nous. Trois jeunes filles traversent. Parisiennes cheap. Minces, Iongues jambes, petites bottes plates fourrées, à la mode, fortes poitrines et de grosses besaces à franges. Copies au rabais de l’authentique pétasse du Marais, celle qui quand elle joue son look totale pute fait penser aux pubs pour parfums, pas à la travailleuse des forêts du périf. "page 58

"C'est une brune à la peau très blanche qui vient de prendre la parole, elle a un air intelligent mais elle est tellement molle qu'on a surtout envie de la secouer, pour voir si elle s'allume." page 65

"Elle avait trouvé un emploi a mi-temps, comme secrétaire dans un club de sport huppé, ses filles réussissaient à l’école, elle les mettait en avant comme si elles étaient la preuve vivante de son propre équilibre, elle les brandissait à la face du monde, elles étaient sa mention Très Bien au grand examen de la réussite. Les femmes quittées après cinquante ans par des maris qui veulent de la jeunesse affirment volontiers « j’aurais préféré qu’il me quitte plus tôt, j’aurais pu refaire ma vie». Elles ne savent pas ce qu’elles disent. Il n’y a rien de pire qu’être quittée avant trente-cinq ans. C’est être quittée pour ce qu’on est, sans pouvoir rien mettre sur le compte de la vieillesse, c’est priver les enfants d’une vie entière avec leurs deux parents, c’est être laissée sur le dos, comme une bestiole idiote qui ne pourrait plus se remettre sur ses pattes. Les seules compagnes que Claire supportait, à présent, étaient des amies célibataires de son âge qui n’avaient pas en d’enfants. C’étaient les seules femmes qu’elle plaçait en dessous d’elle, et donc qu’elle pouvait fréquenter sans craindre que la comparaison ne tourne à son désavantage. Mais même celles-la finissaient par la rendre nerveuse. Elise, sa meilleure amie depuis deux ans, avait quarante ans. Elle n’avait pas eu d’enfant, la pauvre prétendait que ça ne lui manquait pas. Claire l’écoutait mentir avec la patience maternelle de celle qui sait que l’autre n’ose pas admettre sa détresse." page 85

"Pour le mauvais oeil. Parce que longtemps, à chaque fois qu’un gamin avait le rhume ou qu’un bon à rien perdait son boulot, c’était Louisa, qui leur mettait le mauvais oeil. Avec Nadja, en loucedé, ça les faisait rigoler: bien sur, elle vit en centre-ville, elle est traitée comme une princesse, elle va au hammam chez les feujs et elle mange que de la marque dans des assiettes en porcelaine, mais le soir, au fond de son lit, elle envie sa famille. Ce ramassis de crevards. Normal, logique, ça coule de source. N’empêche qu’il ne l'a jamais vue. Même sa mère n’a plus de photo d’elle. Il sait que ça lui a coûté, le jour où il a fallu les ramener, toutes, pour qu’ils les brûlent en famille. Mais elle l’a fait, sans tricher. Sa mère est comme ça, droite, honnéte. Rien qu’elle trafique dans le dos, elle agit toujours de face. Les bonnes actions sont rarement récompensées, de toute la famille sa mère est probablement celle qui a le plus encaissé. Et de sales boulots, à récurer la merde des autres, et de sales plans, son père qui est parti, et de saletés que font les gens quand ils voient que vous essayez de vous tenir correctement. Plus correctement qu’eux. Parce que mis en face de l’attitude décente, ils se sentent menacés. Mais, au moins, ses enfant se tiennent bien. Il n’y en a pas un qui a fait la mauviette « ah c’est la société qui m’a poussé à vendre du shit, ah c’est la société francaise qui m’a forcé à boire du Vin, ah c’est la société qui a fait de moi moins qu’une chiasse moisie avachie dans ma cage d’escalier». Droit. Il est responsable de ses actes. Il sait où est Louisa. Il ne connaît pas son adresse, mais elle vit à Barcelone. C’est son cousin qui lui a dit, ce gros débile, le fils de Radia. Va savoir comment il le savait. . . Il s’intéressait de trés près à Valentine et il était dégouté parce qu’elle ne jurait que par Yacine. " page 140

"ll a compris qu’il existait une misère de riche. Il n’était pas jusqu'à pleurer sur son sort, mais il sa tristesse. Valentine n’avait pas grand-chose. Socialement, elle s'en sortirait forcément mieux qu'eux les portes du monde lui étaient en grandes ouvertes. Même en ne foutant rien, même en faisant des conneries. La richesse est un épais matelas, elle amortit les chutes, permet de se relever. Chez lui, c’est autre chose. Les murs se resserrent, mois après mois, le courrier en recommandé, toujours le même truc martelé: tu n y arrives pas. tu n'y arriveras jamais. Tu prends toujours trop de place. Tu en demandes toujours trop. Tu as toujours trop faim. La crise Quelle crise. ll a jamais connu que ça, lui, la crise. Ça ne va pas lui faire peur. Moins que ce qu’ils ont, ils feraient comment pour leur laisser mains que ce qu’ils ont? Leur couper l’eau chaude? Vas-y. envoie, on s’y fera, comme on s’est fait au reste. N’empéche. Valentine était plus larguée que lui. Acheté -toi tout ce que tu veux. ça ne remplira jamais le vide qui te dévore Ie coeur. S'il comparait Nadja et Valentine, il voyait une mine et une défoncée. Valentine faisait l’effort, quand il la voyait, mais elle pouvait toujours surveiller cc qu’elle disait, il la voyait. Toute de traviole, et raturée. Et l’obscurité enfouie en elle, qui ne demandalt qu’à exploser. Il l’avait touchée, de près. II a couché avec elle. Ça n’avait pas trainé. Il ne l'a jamais dit à Nadja." page 142

"Elle ne dit pas bonjour à grand monde, elle voit rarement les gens de son quartier, et ceux qu’elle croise n’ont rien d’aimable. Si elle était encore en France, elle serait convaincue que c’est parce qu’elle est typée. Mais ici, et d’ailleurs c’est une des raisons pour laquelle elle avait tant envie de venir, rien me la distingue d’une autochtone. Elle s’habille mieux, c’est tout. Ici, elle est une Parisienne. Personne ne sort son petit air entendu quand elle dit qu’elle s’appelle Vanessa." page 168

"En arrivant, cette sensation d’être une Parisienne dont on sait qu’elle peut se permettre de regarder les façons des locaux d’un oeil amuse l’a enchantée. Jamais, de sa vie, elle n’avait eu l’occasion de ressentir le bonheur de pouvoir être raciste. D’être née ailleurs, dans un pays moins touché par le malheur, où l'on reçoit une meilleure éducation. Les joies de la condescendance. Raciste, comma une vraie Française. Légitime. Le plus fortuné des Catalans, de la plus ancienne famille, reste un plouc aux yeux d’une fille née aux alentours de la tour Eiffel. Ce que ça a pu lui plaire, observer cette classe aisée et relever, point par point, tout ce qui trahissait chez eux le manque de sophistication, de culture du luxe, de bon goût. Mais finalement, elle préfère être en France. C’est toujours la même histoire, aimer ou étre aimé. C’est mieux d’avoir peur de faire des fautes de français ou de goût à Paris que de se sentir à l’aise. ici. " page 170

"Il en avait treize de plus, il était un écrivain en vue, il était amoureux de moi, ça me plaisait... Sa mère n'était pas contente. Ses amis voyaient la chose d un œil plus conciliant. Ils me parlaient tous de couscous, de l'Orient et de la danse du ventre. C’était le début des années 90, pour les filles comme moi, la gueule de bois commençait. Nous avions grandi en pensant que ça irait, que la France était prête, qu’il suffisait d’arriver en ville pour qu’on nous laisse tranquilles, avec nos origines. J’avais déja changé de prénom, à cause de Vanessa Demouy, et je disais que j’étais libanaise. Mais ils avaient l’oeil. Si vous saviez le nombre de conversations sur les tagines et les cornes de gazelle que j’ai dû tenir dans des dîners. . . A gauche, c’était les pires, ils avaient peur qu’on oublie nos racines. Moi, comme n’importe quelle fille de mon âge, c’est tout ce que je demandais, oublier d’où mes parents venaient. Je suis vite tombée enceinte, j’étais contente, je me voyais bien femme au foyer et lui qui écrirait ses trucs... J’aimais bien François. Mais même ses amis ouverts d’esprit qui comprenaient qu’il me mette dans son lit lui ont dit de faire attention. Que je risquais de retourner au bled avec la petite. Le bled, qu’est-ce que j’irais y foutre. Il y a un salon Carita, là-bas ? Enfin, passons.. . Je n ’ai pas aimé être enceinte. " page182-183

"Au final, elle avait passé l’été à voir Magali. Elle avait zappé les vacances en famille. Sa belle-mère, soulagée de ne pas l’avoir sur le dos en Corse, avait plaidé en sa faveur: qu’on la laisse à Paris. Magali s’intéressait à des trucs sérieux, qui à première vue étaient chiants l’industrie de la viande, la situation du Venezuela, les opérations boursiéres ou la discographie de Crass- mais qu’elle rendait très attractifs en y mettant systématiquement une grosse dose de brutalité. Elle méprisait beaucoup de monde. Les gens qui payent un loyer. Les gens qui ont un boulot. Les gens qui ont fait des études. Les gens qui ont peur de la prison. Les gens qui parlent à la presse. Les gens qui se mettent en couple. Les gens qui ne parlent qu’une seule langue. Les gens qui sont cyniques. Les gens qui ne sont pas politisés. Les gens qui n’ont pas de morale. Ce qui était bien, avec elle, c’était qu’une fois qu’elle avair décidé d’être du côté de Valentine, elle la défendait, quoi qu’elle lui raconte, avec une mauvaise foi qui remontait le moral, au treuil. Des mecs lui avaient pissé dessus? Baltringues, impuissants pauvres tocards. Ses copines ne lui parlaient plus parce qu’elle se mettait la honte dans les fêtes ? Pouffiasses, médiocres, bourgeoises ringardes. Sa grand-mère la trouvait trop grosse? Réac, jalmince, vieille peau. " page 288

" Magali n’avait pas d’ordinateur chez elle. Elle disait qu’il fallait savoir vivre sans. Qu’on ne pourrait pas faire la révolution en ouvrant grand les portes de nos activités à la surveillance de l’Etat. Que la clandestinité passait forcément par l’apprentissage de la vie sans micro-technologie de surveillance, sans connexion fixe, sans surveillance technologique."page 290

"Yacine était le fucking prince charmant: un rottweiler capable d’agresser n’importe qui dans la rue qui aurait regardé Valentine de travers, mais doux avec elle, ne tournant jamais sa puissance contre elle. Ça se passait avec lui comme avec personne. Elle avait baissé sa garde, elle y avait cru, un moment. " page 294

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jeudi 29 septembre 2016

♦Elle s'appelait Tomoji♦ de Jiro TANIGUCHI

Elle s'appelait Tomoji de Jiro TANIGUCHI 290916

Ce que dit l'éditeur

Taniguchi met ici en scène la rencontre entre deux adolescents dans le Japon de l’entre-deux guerres (1925-1932). Tomoji vit dans la campagne au nord du mont Fuji, tandis que Fumiaki fait ses premiers pas de photographe à Tokyo. L’auteur nous fait découvrir avec sa sensibilité habituelle ce qui va unir ces personnages.

Une histoire inspirée de personnages réels qui fonderont par la suite une branche dérivée du bouddhisme.

Ma note: 3/5

Elle s'appelait Tomoji 1

Elle s'appelait Tomoji 2

Elle s'appelait Tomoji 3

Elle s'appelait Tomoji 4

Elle s'appelait Tomoji 5

 

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lundi 26 septembre 2016

Coup de ♥: "Extinction" de Matthew MATHER

 

Extinction de Matthew Mather 476p 260916

En quatrième de couverture

Les situations les plus extrêmes révèlent nos pires instincts. 

Alors qu’une gigantesque tempête de neige s’abat sur Manhattan, Internet s’effondre, entraînant dans sa chute les infrastructures municipales : l’électricité, l’eau courante… Le black-out est total, les vivres viennent à manquer. Dehors, c’est la loi de la jungle, entre pillages et épidémies. On accuse les Chinois, les cyberpirates. La faim, le froid, la soif guettent à chaque corner – mais l’ennemi le plus redoutable partage sans doute votre palier…

Dans la résidence de Chelsea où, hier encore, les voisins se pressaient joyeusement autour d’un barbecue, confiance et solidarité s’érodent peu à peu. Mike Mitchell, jeune père et ingénieur aisé, sait que la menace peut surgir de partout. Aucune barricade ne peut garantir contre la trahison, l’égoïsme, la paranoïa… Sa vie, celle de sa femme et de son fils ne dépendent que de son jugement. À mesure que la communauté se disloque, l’extinction opère son effroyable sélection naturelle…

Hum hum, nous sommes début décembre et ce roman a été lu fin septembre! Mes souvenirs sont donc assez vagues. Je me souviens d'un très bon moment de lecture. 

C'est un roman qui se déroule dans un Manhattan apocalyptique coupé du monde en plein hiver. Aucun zombie ni aucune pandémie dans ce roman. Mais une panne d'électricité, d'internet, aucune eau courante...Ce black-out engendrera des catastrophes inimaginables et renverront les habitants à l'âge de pierre. C'est là que réside l'originalité du scénario. Simple mais efficace! Chacun devra se battre pour survivre, pour sa famille. Des clans se formeront. Mieux vaut donc être dans le clan des plus rusés et des plus forts. Les instincts animaux se réveilleronts pour quelques boîtes de conserve...  

J'ai juste regretté que beaucoup de personnages avaient été mis beaucoup en retrait. J'aurais aimé en savoir plus sur leur psychologie.  

J'ai hâte que Hollywood récupère les droits!Pourquoi ne pas confier le projet à Roland Emmerich qui a réalisé les blockbusters "2012" et "le Jour d'après"?!!!!!

Bref, un roman qui ne m'a pas déçu. Il est assez court (476 pages) et se lit très rapidement. Je vous le conseille fortement. Vous me direz alors ce que vous en avez pensé. En attendant, je file m'inscrire aux cours de survivalisme! :)

 Ma note: 5/5

"Ta foi dans le progrès te perdra, Mike. Tu t’obstines à croire qu’on ira toujours de l’avant. Mais depuis que l’homme a commencé à fabriquer des trucs, nous avons perdu plus de technologies que nous n’en avons gagné. De temps a autre, il arrive qu’une société régresse. 
-Et je suis sûr que tu as quelques exemples sous la main ? 
Quand Chuck était lancé de la sorte, il ne servait à rien d’essayer de lui barrer la route. 
-Dans les fouilles de Pompéi, on a découvert un château d’eau relié a un système de distribution d’eau bien plus performant que celui que nous utilisons auiourd’hui. (II a enfoncé la fourchette dans un monticule de frites et en a retiré un autre morceau luisant de foie gras.) Pense aussi a la construction des pyramides : personne n’a jamais été capable de reproduire la technique utilisée. 
-Donc, ils avaient aussi des spationautes, dans l’Antiquité ? 
-Je suis sérieux. Lorsque l’amiral Zheng a désengagé sa flotte de Suzhou en 1405, ses navires avaient la taille de nos porte-avions d’aujourd’hui, et son armée, à bord, comptait pres de trente mille hommes. 
-Ah bon ? 
-Oui, renseigne-toi ! Zheng faisait commerce avec nos Indiens de la côte Ouest quatre cents ans avant l’expédition de Lewis et Clark. Je te parie que les Chinois fumaient des pétards avec les chefs Oregon sur des bateaux plus grands que nos cuirassés d’aujourd’hui, un siécle avant que Christophe Colomb ne "découvre" l'Amérique." page 47-48

"Avoir un enfant était une aventure vraiment incroyable. Avant la naissance de Luke, j’avais traversé la vie sans en comprendre le sens. Je cherchais à déterminer ce que j’en attendais, espérais, redoutais. Et puis, au premier regard échangé avec cette version miniature de moi-même, tout était devenu limpide d’un seul coup. Le sens de ma vie était là : protéger, éduquer ce petit étre, l’aimer et lui enseigner tout ce que je savais. " page 56

"Pam avait raison. A New-York, on avait tendance a se sentir invincibles, sans mesurer combien notre quotidien dépendait d’infrastructures en bon état. Dans la petite ville des environs de Pittsburgh où j'avais grandi, tempête ou pas, les coupures de courant étaient habituelles. Parfois, il suffisait qu’une voiture percute un pylone pour paralyser tout un secteur. Mais à Manhattan, un black-out, méme de courte durée, était presque incompréhensible. Ici, pour faire face aux situations d’urgence, on faisait des reserves de vin, de sachets de pop-corn micro-ondables et de pots de Haagen-Dazs. En cas de catastrophe, la bête noire de la plupart des New-Yorkais, c’était l’ennui." page 101

"Internet ne fonctionnait plus qu’au ralenti, paralysant échanges commerciaux et communications. Le problème était de même ampleur en Europe, où les populations se ruaient dans les banques et les supermarchés. Il y avait même eu des émeutes en Grèce et au Portugal. 
Seuls l’Iran et la Chine (avec la Corée du Nord, qui n’était, pour ainsi dire, pas connectée) étaient relativement peu affectés par la paralysie d’Internet car dotés de puissants systèmes de contrôle et de censure. Le pays le plus touché, parce que le plus connecté, restait l’Amérique, où les théories du complot envahissaient à présent les ondes. " page 106

"-En situation de survie, par ordre d’importance, il y a la chaleur, l’eau et la nourriture, m’a expliqué Chuck. On peut survivre des semaines, voire des mois, sans nourriture, mais seulement deux jours sans eau, et on peut mourir de froid en quelques heures à peine. Nous devons rester au chaud, et trouver trois litres d’eau, par jour et par personne. Nous grimpions l’escalier d’un pas lourd, notre ascension résonnait dans la cage d’escalier. La température y était quasiment la même qu’a l’extérieur et, à chacune de nos respirations laborieuses, nous exhalions un panache de buée. Chuck avait glissé son bras en écharpe pour protéger sa main blessée et, de l’autre, il s’accrochait à la rampe pour se hisser, une marche aprés l’autre. Il y a plus d’un mètre de neige, dehors. Je doute qu’on manque d’eau. 
--Détrompe-toi. Les explorateurs de l’Arctique ont souffert de la soif autant que ceux du Sahara. Il faut d’abord faire fondre la neige, et ça, ça te pompe de l’énergie. Si tu la croques, ça fait baisser la température de ton corps, ce qui te donne des crampes, qui peuvent être fatales. La diarrhée et la déshydratation sont des ennemis, tout autant que le froid. " page 164

"-Aujourd’hui, quand tu as vingt-sept ans, on te fait à peine confiance pour cuire un steak correctement alors pour ce qui est de se poser sur la Lune... Et le moindre projet doit être validé par une myriade de comités. A l’égard du risque, nous en sommes arrivés au degré zéro de tolérance -et c'est ça qui est entrain de flinguer notre pays.[...]

-Je vois où tu veux en venir, est intervenu Damon. Si on se refuse à prendre des risques,on est contraint de déléguer cette responsabilité à d'autres, et le résultat est à l'inverse de ce que nous voulons.
- Zéro risque égal zéo liberté, a martelé Chuck en haussant le ton. 
Pour une fois Rory à acquiescé.
- Je suis d'accord. Par peur du terrorisme, nous avons accepté que le gouvernement collecte des informations personnelles,surveille nos faits et gestes , mettre des caméras partout.
[...]Où vont-elles, toutes ces informations ?" page 212-213

"-C’est précisément toute la question, a répondu Rory en s’animant de plus en plus. L’idée d’être un suspect potentiel chaque fois qu’un crime est commis dans le pays te plait ? Fais-tu vraiment confiance au gouvernement pour conserver ces informations en lieu sûr? C’est dans ces serveurs que les sales types opèrent les vols massifs de données personnelles- là, et dans ceux des grandes entreprises. Autant dire que la vie privée a fait long feu. " page 215

"Où je veux en venir ?Je vais te le dire: nos grands-pères ont débarqué en Normandie pour protéger notre liberté.Et aujourd'hui, parce que nous avons peur de tout,nous renonçons à ces mêmes libertés pour lesquelles ils sont battus, et ont donné leur vie." page 215

"Sans elle(la lumière), la nuit venue, les êtres humains redevenaient des animaux sans défense, terrorisés, qui n’avaient d’autre choix que regagner dare-dare leur terrier. L’obscurité libérait les monstres qui sommeillaient dans l’imaginaire collectif primitif : ces créatures qui se cachent sous les lits mais détalent sitôt qu’on actionne un interrupteur. Les Villes contemporaines regorgeaient de monuments grandioses, mais sans Iumière artificielle , qui voudrait habiter dans les entrailles de ces grottes conçues par l’homme.?" page 263

" Voilà donc à quoi ressemble la cyberguerre, ai-je dit à voix basse. La crasse, la puanteur,les maladies, les quarantaines..." page 316

"- C’est ce que tu crois vouloir, mais en réalité, il n’en est rien, et c’est en partie ce qui a rendu possible cette situation. Un Internet entièrement sécurisé ne sert pas l’interêt général, ni celui des fabricants de logiciels. 
-Pourquoi les utilisateurs ne voudraient-ils pas d’un Internet sécurisé ?
-Parce que cela irait a l’encontre de nos libertés. 
-Il me semble qu’en ce moment, ce serait plutôt le contraire, a marmonné Tony. 
Il était assis avec nous sur le canapé et Luke dormait allongé sur ses genoux. 
-En ce moment, oui mais on en revient à nos précédentes discussions : le respect de la Vie privée est la pierre angulaire de la liberté. Des parts toujours plus importantes de notre vie migrent vers le cyberespace et nous devons préserver nos acquis dans le monde physique. Un Internet plus sécurisé implique qu’on laisse des traces, des informations quelque part, qui permettent de surveiller nos faits et gestes. 
Je n’avais jamais réfléchi à la question sous cet angle. En effet si la sphère numérique était davantage controlée, cela reviendrait à vivre dans un monde où des caméras de surveillance, à chaque coin de rue et dans  chaque foyer, enregistrer aient le moindre de nos mouvements. Ce serait encore plus intrusif: Nous laisserons une trace de toutes nos interactions, et quelqu'un aurait la possibilité de lire jusque dans nos pensées." page 330-331

"Non sans ironie, c’étaient les Iraniens qui avaient sauvé la situation en reconnaissant, les premiers, leur part de responsabilité dans la cybertempète. Par ce geste, sans doute n’avaient-ils pas en en tête de nous sauver-mais comment l’affirmer, dans ce monde en pleine mutation où les apparences étaient souvent trompeuses?
Ainsi que nous l’avions entendu à la radio, au début de la troisième semaine de la cybertempète, le groupe de hackers Ashiyane avait revendiqué l’attaque des systèmes logistiques par le virus Scramble. En représailles, avaient-ils annoncé, des virus Stuxnet et Flame, ces cyberarmes que les Etats-Unis avaient dirigées contre l’Iran. Pour ajouter à la confusion, leur offensive avait coïncidé avec l’attaque par déni de service des Anonymous à l’encontre de FedEx. 
Forts de ces informations, les enquéteurs chinois spécialisés dans les réseaux informatiques avaient réussi à mettre au jour une chaîne d’événements dont une cyberattaque à l’encontre des Etats-Unis, perpétrée par une cellule dissidente de leur Armée de liberation du peuple. En retraçant la dynamique de ce jeu de dominos jusqu’à son origine, les enquéteurs avaient découvert que tout avait commencé par une coupure de courant dans le Connecticut, imputable, elle, à une action malveillante d’une bande de criminels russes. 
Il était apparu que ces criminals russes avaient piraté les systèmes de sauvegarde de données de plusieurs fonds Spécularifs basés dans le Connecticut, en y introduisant un ver informatique conçu pour modifier à Posteriori les données de transactions financières, une fois les serveurs privés d’électricité. C’était donc ces Russes qui se trouvaient à l’origine des premières coupures d’électricité survenues sur la côte Est. Leur seul but était de siphonner de l’argent. Bien évidemment, ces malfaiteurs se doutaient que les administrateurs des fonds spéculatifs ne tarderaient pas à comprendre ce qui se passait, et à trouver une parade. Raison pour Iaquelle, afin de disposer de tout le temps nécessaire aux détournements, ils avaient lancé l’attaque le soir de Noël, en même temps qu’une fausse alerte a l’épidémie de grippe aviaire. Cette dernière avait réussi, et dans des proportions stupéfiantes, à semer une panique qui avait dépassé toutes leurs espérances. Et à l’instar de la coupure générale d’électricité, elle avait produit des répercussions en cascade. Leur entreprise avait done été un succès- un trop grand succès, sans doute : vulgaires bandits des temps modernes, ces types allaient devenir des terroristes activement recherchés par la CIA. 

Sur le moment, comme les porte-avions chinois et américains se préparaient a un éventuel affrontement en mer de Chine, il était impossible d’imaginer que coupures d’électricité, épidémie de grippe aviaire et attaque des centres de commandement puissent être autre chose qu’une attaque chinoise coordonnée, en représailles des menaces que les forces américaines faisaient peser sur leur « protectorat ». 
Lorsque le train Amtrack avait déraillé, faisant des victimes civiles, le Cybercommandement américain avait riposté en frappant les infrastructures chinoises, et c’est à ce moment-là que tout s’était envenimé. 
Pendant qu’a Pékin, où l'on savait n’étre pour rien dans une quelconque attaque centre l’Amérique et où l'on essayait de voir Clair dans cet imbroglio, le Politburo interdisait strictement toute tentative de représailles, des rumeurs ayant fuité sur la Toile. En riposte à l’offensive du Cybercommandement américain, et sur ordre du gouverneur de la province du Shanxi, une cellule dissidente de l’Armée de liberation du peuple avait ciblé les infrastructures américaines. Rien n’était confirmé, et des zones d’ombre demeuraient sur ce qui s’était réellement passé, mais c’était peut-étre ce même gouverneur qui, pour justifier de sa décision, avait fait ouvrir les vannes du barrage, engloutissant un village au passage.

D’après les informations dont on disposait, cette cellule dissidente était aussi responsable de la destruction des générateurs électriques, et des problèmes survenus dans le réseau de distribution d’eau de New York. En temps normal, il en aurait résulté des perturbations majeures, mais c’est parce qu’elle avait coïncidé avec une des pires séquences de tempêtes hivernales qu’avait connues la Nouvelle-Angleterre que la cyberattaque s’était transformée en catastrophe meurtrière. 
Au final, elle était donc le résultat d’une collision entre des événements simultanés tant cybernétiques que physiques. Et en dépit des apparences, une telle coincidence n’avait rien d’extraordinaire : chaque jour, le cyberespace était le théâtre de millions d’attaques, déferlant telles des vagues sur un océan virtuel. Les lois de la probabilité nous enseignaient qu’une série de vagues porteuses de cyberattaques pouvait très bien, lorsque le hasard les rassemblait, se transformer en tsunami. " page 459-460-461


lundi 19 septembre 2016

♦Au-revoir là haut♦ de Pierre Lemaitre et de christian de metter


Au revoir la haut de Pierre Lemaitre christiande metter 140916

Au revoir la haut BD

 

Au revoir la haut BD BIS

Au revoir la haut BD TER

Au revoir la haut BD 4

Au revoir la haut BD 5Revoir en images le très beau roman de Pierre Lemaitre, quel plaisir!

Ma note: 4/5

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Lu sur le site de FRANCE INTER (Anne Douhaire):

Au revoir là-haut,le roman de Pierre Lemaître de 2013 passe à la BD. Rencontre avec l’auteur et le dessinateur Christian Metter.

Adapter un roman en BD, est un sacré exercice, surtout quand celui-ci a obtenu le prix Goncourt. Très souvent il s’agit d’un simple coup éditorial destiné à surfer sur les ventes du livre (+ de 500000 hors livres de poche). Mais pas ici, ou pas seulement : l’auteur lui-même voulait faire de son livre une BD.

Au Revoir là-haut de Pierre Lemaitre est un roman très puissant qui raconte l’histoire dedeux rescapés des tranchées de la Grande Guerre. Edouard Pericourt, véritable gueule cassée qui ne veut pas rentrer chez lui amoché, et Albert Maillard, son complice, se lancent dans une escroquerie de grande ampleur.

Le roman convoquait des images très fortes. Pierre Lemaître a ici storyboardé l’histoire, et fait le tri. Couper a d’ailleurs été un exercice difficile. Il n’avait qu’une seule exigence : s’adjoindre un dessinateur qui soit aussi scénariste. Christian de Metter est un habitué de l’exercice (Shutter Island d’après Dennis Lehane, Piège nuptial de Douglas Kennedy). Cela donne une bande dessinée, où, étonnament le texte est quasiment absent pour laisser toute sa place au très beau dessin de Christian de Metter.

Christian de Metter et Pierre Lemaitre expliquent leurs intentions avec cette BD en commentant la page 62.

Christian De Metter: J’essaye toujours d’avoir une unité quand je fais un livre, qu’il n’y ait pas de changement de couleurs choquants. J’avais trouvé assez tôt le ton ocre, et le jaune. Mais j’avais des problèmes avec les scènes de nuits. Là, l’ocre devait être moins présent. J’ai donc joué avec les lumières de la ville et les réverbères. Cette planche est silencieuse. Cela fait partie de notre volonté de faire une BD assez peu bavarde. Tout se joue avec des jeux de regards et de lumières.C’est toujours un challenge d’arriver à embarquer le lecteur, qu’il ne passe pas sur la page trop rapidement

Pierre Lemaître: Ce que dit Christian sur la page 62, s’illustre parfaitement dans le visage de la petite fille . Au fond, on a une planche, bleue nuit. C’est son visage qui fait la transition entre le bleu et l’ocre de la page suivante. C’est la raison pour laquelle cette petite fille devient un peu la vedette de la double page : elle attire immédiatement le regard, et fait la transition entre les personnages. Et c’est exactement le rôle qu’elle a dans le livre.

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lundi 12 septembre 2016

♦La faiseuse d'ange♦ de Camilla Läckberg

La faiseuse d'anges de Camilla Läckberg 438p 120916

En quatrième de couverture

Pâques 1974. Sur l’île de Valö, aux abords de Fjällbacka, une famille disparaît sans laisser de trace. La table est soigneusement dressée pour le repas de fête, mais tout le monde s’est volatilisé. Seule la petite Ebba, âgée d’un an, erre, en pleurs, dans la maison abandonnée. L’énigme de cette disparition ne sera jamais résolue.
Trente ans plus tard, Ebba revient sur l’île et s’installe dans la maison familiale avec son mari. Accablés par le deuil et la culpabilité après le décès de leur fils, ils nourrissent l’espoir de pouvoir y reconstruire leur vie, loin du lieu du drame. Mais à peine se sont-ils installés qu’ils sont victimes d’une ten tative d’incendie criminel. Et lorsqu’ils commencent à ôter le plan - cher de la salle à manger, ils découvrent du sang coagulé. C’est le début d’une série d’événements troublants qui semblent vouloir leur rappeler qu’on n’enterre pas le passé.
De son côté, Erica s’était depuis longtemps intéressée à l’affaire de la mystérieuse disparition sur l’île. Apprenant le retour de la seule survivante, elle se replonge aussitôt dans le dossier. Elle n’imaginait pas que l’affaire était si complexe. Elle n’imaginait pas que tout avait commencé il y a plus d’un siècle avec une faiseuse d’anges. Elle n’imaginait pas que les secrets familiaux allaient mettre en péril l’une des personnes les plus importantes de sa vie.

Ma note: 4/5

"L’ange sur lequel elle travaillait était récalcitrant et elle s’acharna à mettre en place la boucle. Melker ne comprenait pas pourquoi elle fabriquait les bijoux à la main au lieu de les faire faire en Thailande en en Chine, particulièrement maintenant qu’elle avait pas mal de commandes via la boutique du Net. Mais son travail n’aurait plus le même sens. Elle tenait à faire chaque bijou à la main, à mettre de l'amour dans chaque collier qu’elle envoyait. Tisser son propre chagrin et ses propres souvenirs dans les anges qu’elle fabriquait. Et puis, après avoir passé la journée à peindre, à clouer et à scier, c’était une activité apaisante. Quand elle se levait le matin, chacun de ses muscles était douloureux, alors que le travail sur les bijoux détendait son corps. " page 46

"-Je suis Mme Göring. Je peux vous aider? Alors c'était bel et bien la femme qu'elle haïssait et qui avait occupé ses pensées depuis qu'elle avait lu son nom dans le journal. Stupéfaite, Dagmar contempla Cari Göring: des chaussures solides et pratiques, une jupe de bonne confection qui arrivait aux chevilles, un chemisier méticuleusement boutonné jusqu'au cou et des cheveux relevés en chignon. Ses yeux étaient cernés de fines ridules et elle était d'une pâleur maladive. Subitement, tout devint clair. Évidemment, cette femme avait dupé son Hermann. Une vieille peau comme elle n'aurait jamais pu avoir un homme comme lui sans user de bien vilains tours." page 165

"La plupart des gens ne bénéficiaient pas d’une telle sécurité, elle le savait très bien. Quand les fins de mois étaient constamment diffciles et qu’il n’y avait soudain plus de boulot, on était vite tenté de trouver un bouc émissaire. Voilà ce qui expliquait sûrement en partie le succes de Sveriges Vänner. Depuis sa rencontre avec John Holm, elle n’avait cessé de penser à lui et à ce qu’il repre’sentait. Elle avait espéré rencontrer un homme antipathique qui prônerait ouvertement ses opinions. Au lieu de cela, elle s’était trouvée face à quelqu’un de beaucoup plus dangereux. Une personne éloquente qui savait donner des réponses simples d’une manière qui inspirait confiance. Qui savait aider les électeurs à identifier le coupable, puis promettre de le faire disparaître du paysage." page 195

"Prétendre qu’il était athlétique quand ils s'étaient rencontrés serait un peu excessif; mais son ventre était parfaitement plat. Depuis, il s’était bien arrondi, et elle devait reconnaître que les hommes avec de la brioche n’étaient pas très attirants. Du coup, elle se demanda s’il pensait la même chose d’elle. Elle aussi, elle s’était éloignée du modèle d’origine..." page  217

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dimanche 21 août 2016

Coup de ♥: "Vernon Subutex" de Virginie DESPENTES

 

Vernon Subutex de Virginie DESPENTES 397p 210816

En quatrième de couverture

QUI EST VERNON SUBUTEX ?

Une légende urbaine.

Un ange déchu.

Un disparu qui ne cesse de ressurgir.

Le détenteur d’un secret.

Le dernier témoin d’un monde disparu.

L’ultime visage de notre comédie inhumaine.

Notre fantôme à tous.

Sur les conseils d'une instragrammeuse, je me suis jetée sur ce bouquin de Virginie DESPENTES. Une lecture qui m'a permis de découvrir une auteur que je ne connaissais que de nom. J'ai aimé sa façon de disséquer les travers de notre société de consommation et son regard juste sur l'humain. Même si certains personnages peuvent être caricaturés à mort. Je pense notamment au personnage de la Hyène que j'ai retrouvé dans "Apocalypse bébé". 

Bref, une écrivaine que je suivrai.

Ma note: 5/5

" La deuxième année, il s’était occupé de l’iconographie d’un livre sur Johnny, s’était inscrit au RSA, qui venait juste de changer de nom, et il avait commencé à vendre sa propre collection d’obiets. Il s’en tirait bien avec eBay, jamais il n’aurait imaginé qu’une telle folie fétichiste agitait la sphère 2.0, tout se vendait: merchandising, comics, figurines plastique, affiches, fanzines, livres de photos, tee-shirts... On est d’abord dans la retention, quand on commence à vendre, mais avec de l’élan ça devient un plaisir de tout faire disparaitre. Il avait progressivement nettoyé sa maison de toute trace de sa vie antérieure. 
ll n’oubliait pas d’apprécier à sa juste valeur la douceur d’une matinée où personne ne vient vous emmerder. Ilavait tout son temps pour écouter de la musique. Et les Kills, White Stripes et autres Strokes pouvaient enfin sortir tous les disques qu’ils voulaient, il n’était plus tenu de s’en préoccuper. Il n’en pouvait plus de toutes ces nouveautés, ça n’arrêtait jamais, pour suivre il eût fallu se mettre sous perfusion sur la Toile et ingérer de nouveaux sons, sans temps de repos. " page 14

"Bleach aimait revoir ses Vieux amis. ça le prenait comme une envie de pisser, mais ça le prenait régulièrement. Il ne donnait aucune nouvelle pendant un an, voire deux, puis il se mettait à appeler comme un forcené, ou bombardait de mails, il était même capable de débouler chez l’un ou chez l’autre, a l'improviste. On ne pouvait pas prendre un verre avec lui dans un bar. Toute conversation était interrompue au bout de cinq minutes, par un fan, et le fan peut-être agressif. Ou complètement timbré. En règle générale, le fan qui s’incruste dans une conversation est lourd. Quand l’envie prenait Alexandre de voir Vernon, il passait un coup de fil et s’invitait chez lui. Ils buvaient une bière et prétendaient que rien n ’avait changé. Quelle blague. Alexandre gagnait en une chanson ce qu’un type comme Vernon avait encaissé en plus de vingt ans de magasin. Comment ce léger détail aurait-il pu ne pas modifier leurs rapports? " page 30

"La menace d’une expulsion planait sur lui depuis si longtemps qu’il avait fini par croire que c’était la vieille sirène d’une guerre qu’il gagnerait toujours. Si Alexandre était, encore là, Vernon saurait quoi faire : il irait en has de chez lui et remuerait ciel et terre pour le retrouver. II n’aurait aucune honte à le faire - son vieux pote aurait été heureux de le sortir de là. C’est à ça que Vernon lui servait, sur la fin: donner à son argent quelque valeur réelle. 
Si seulement il s’était mis en tête de trouver Alexandre, plutôt qu’envoyer sporadiquement un mail poli en attendant qu’il se réveille. Si Vernon avait été taper l’incruste chez Alex, tout se serait déroulé différemment. Ils se seraient drogués ensemble, tranquilles, à domicile -et Alex ne serait pas allé prendre un bain, dans un hôtel merdique. Ils auraient écouté des live de Led Zep au Japon, à la place. 
La ville sans argent, Vernon la pratique depuis un moment. Salles de ciné, magasins de fringues, brasseries, musées il y a peu d’endroits où l'on puisse s’asseoir au chaud sans rien payer. Restent les gares, le métro, les bibliothèques et les églises, et quelques bancs qui n’ont pas été arrachés pour éviter que les gens comme lui s’assoient gratuitement trop longtemps. Les gates et les églises ne sont pas chauffées, l’idée de frauder le metro avec sa valise le démoralise. " page 41

"Emilie était un mec de la bande. Quand elle montait dans un camion, c’était en portant son ampli. Elle était fière de tenir l’alcool, elle avait de l’humour, une belle collection de disques et pas peur de se la donner, sur scene. Adoptée. Puis le groupe avait splitté. Le magasin de disques avait fermé. Les uns et les autres avaient fait leurs vies. Et les copains avaient oublié de l’appeler. Quand ils prenaient une bière avant d’aller voir un concert, quand ils faisaient une soirée ciné entre eux, quand ils organisaient un dîner, quand ils fêtaient quelque chose, c’était sans elle. Puis les copains avaient pris l’air gêné quand elle voulait les suivre backstage à la fin du gig. Un air gêné qu’elle connaissait-mais qu’on ne lui avait jamais réservé. Celui que suscite la grosse lourde quand elle devient insistante et qu’on ne sait comment s’en débarrasser. Et quand elle réussissait a s’incruster autour d’une table de restaurant avec eux, elle avait l'impression que sa voix portait moins. On ne l’entendait pas. Ce n’était meme pas hostile. Il eût fallu tenir compte de sa presence pour qu’il y ait de l’agressivité. Quand elle en parlait a Jean-No, il disait qu’elle était dingue, qu’elle avait besoin de monopoliser toute l’attention, et qu’elle n’avait pas digéré le split de son groupe." page 52

"Elle s’habille chez Zara, quand elle trouve quelque chose à sa taille. Elle se passionne pour l’huile d’olive, le thé vert, elle s’est abonnée à Télérama et elle parle de recettes de cuisine, au boulot, avec ses collègues. Elle a fait tout ce que ses parents désiraient qu’elle fasse. Sauf qu’elle n’a pas eu d’enfant, alors le reste, ça ne compte pas. Aux repas de famille, elle fait tache. Ses efforts n’ont pas été récompensés" 

"Elle avait rangé sa basse dans sa caisse, descendu le tout à la cave et elle était passée à autre chose. Elle ne s’était jamais éloignée de ses anciens amis. Elle avait été mise à l’écart. C’est différent. Seul Jean-No avait continué de la voir. Normal, il couchait avec elle chaque fois qu’il en avait envie. Au tout début, ça ressemblait à une histoire qui ne se termine jamais parce qu’il y a trop de passion. Puis c’était davantage devenu une addiction. Quand la substance n’est plus prise pour le plaisir, mais pour soulager le manque. Il avait eu son premier enfant. Avec une autre. Elle était amie avec la réguliére, Emilie avait été une des premieres à apprendre qu’elle était enceinte, il avait fallu trinquer et garder le sourire. Pour le deuxième, en revanche, elle n’avait appris que des mois aprés la naissance. En trouvant un doudou dans son sac. Emilie est devenue la fille qui n’a pas de copain à présenter, la meuf gentiment larguée qui vient toujours seule aux soirées du boulot, celle qui a plein de copines parcequ’elle est rassurante, d’être à ce point de la lose. Maintenant, c’est fait, elle ne recommencera pas sa jeunesse et c’est comme ça qu’elle l’aura passée, à attendre qu’un connard l’appelle ou ne l’appelle pas, mente à sa femme pour passer la voir, fasse d’elle sa meuf clando et qu’elle soit incapable d’arrêter l’engrenage et passer à autre chose, elle ne sait pas quoi faire de la peine que ça lui inspire. Pourquoi certaines personnes s’acharnent à se démolir quand pour d’autres ça paraît si facile, faire les choses comme elles doivent se faire. La vérité, quand ce n’était pas lui qui la faisait souffrir, c’était un autre." page 54

"Vernon a la peau d’un vieil homme. La peau d’un homme de son âge. Elle l’avait déjà senti, avec Jean Noël. On dit que les hommes vieillissent mieux que les femmes mais c’est faux. Leur peau perd plus vite son élasticité, surtout quand ils fument et boivent. C’est flasque, on a l’impression que ça pourrait s’effriter sous la pulpe des doigts. Elle n’a jamais compris comment faisaient les jeunes filles qui couchent avec des hommes plus vieux. C’est tellement plus agréable, la peau douce et résistante des hommes jeunes. Les hommes dc son âge la dégoûtent, quand les couilles pendent et ressemblent à des têtes de tortues sclérosées. Elle pourrait vomir de devoir y toucher. Elle déteste les hommes qui ont le souffle court quand ils baisent, ou qui doivent se mettre sur le dos au bout de cinq minutes parce qu’ils n’en peuvent plus et laissent la partenaire terminer toute seule. Elle déteste leur ventre gonflé et leurs petites cuisses grises." page 56

"Plus elle boit, plus elle trouve que Vernon a bien vieilli. Il a toujours été un garçon facile. Il suffirait d'ouvrir une bouteille de whisky et quelque chose se passerait. Elle sait que, bourrée, elle oublie son corps à elle, à quel point il est devenu indésirable. Mais si l'idée du sexe peut encore la séduire, sa mise en pratique la décourage. Elle a perdu toute libido, il y a quelques années de cela, et la vérité est qu'elle s'en passe très bien.[...]" page 57

"Barbès, c’est la cohue dès le matin, il se fraye un chemin, son sac sur l’épaule. Les corps sont aux aguets, ils cherchent l’argent. Cartouches de clopes, parfums et sacs contrefaits, on le prend par le bras pour lui montrer des choses, il fait le mec qui va quelque part, pour ne jamais croiser le regard de celui ou celle qui l’arrête. Il avance vite, il sait que passé Pigalle, la circulation se fera plus tranquillement. Les bus de Japonais, de Chinois ct d’Allemands ne sont pas encore stationnés. Le Moulin-Rouge ressemble à un décor en carton-pâte. L’Elysée Montmartre est toujours calciné. Les rues de Paris sont un distributeur à souvenirs. II a toujours détesté la place de Clichy, trop de vacarme et de voitures." page 59

"Cannes, se disait Xavier, c’est la fête de la saucisse avec des putes en Louboutin. Tous à dégueuler leur caviar, le nez plein dr coke, après avoir récompensé du cinéma roumain. Les intellos de gauche adorent les Roms, parce qu’on les voit beaucoup souffrir sans jamais les entendre parler. Des victimes adorables. Mais le jour où l'un d’eux prendra la parole, les intellos de gauche se chercheront d’autres victimes silencieuses. Cette bande de baltringues, pensait Xavier, leur grand héros c’était Godard, un type qui ne pense qu’à la thune et qui s’exprime en calembours. Eh bien partant de là, ils ont quand même réussi à dégringoler. Fallait le faire." page 70

"Maintenant, chez Monoprix, il aimerait être venu avec son bazooka. La grosse blonde en short avec ses cuisses immondes qui se sape comme si elle était bonnasse alors que c’est une vache, une balle dans la tête. Le petit couple façon Kooples tendance catho d’ultra-droite, elle avec ses lunettes retro et les cheveux tirés en arrière et lui avec sa gueule de beau gosse et son oreillette qui téléphone dans les rayons pendant qu’ils choisissent uniquement des produits super chers, tous les deux en imper beige pour bien montrer qu’ils sont de droite: une balle dans la bouche. Le thunard obèse qui mate le cul des filles en choisissant sa viande hallal: une balle dans la tempe. La youpine emperruquée avec ses nibards dégueulasses qui lui ont poussé juste au-dessus du nombril, il déteste les meufs qui ont des seins au milieu du ventre: une balle dans le genou. Tirer dans le tas, regarder les survivants déguerpir comme des rats et se planquer sous les rayons, toute cette racaille de merde rassemblée là pour s’empiffrer, avec leurs petites propensions à mentir, resquiller, tricher, passer devant, se faire mousser. Faire sauter tout ça. Mais il est papa, il est un homme marié, il est un homme adulte alors il ferme sa gueule, il remplit son caddie et il en have de rage et encore en rentrant il va falloir ranger tout ça sinon Marie-Ange fera la gueule et une journée de plus sans écrire. Il a mal aux mâchoires à force de serrer les dents. "page 71

"Xavier a toujours été un connard de droite. Ce n'est pas lui qui a changé, c'est le monde qui s'est aligné sur ses obsessions. Vernon évite de renchérir. En ce qui le concerne, il aime bien Elizabeth Lévy. On voit que c'est un e meuf qui aime le sexe. Et la coke_ce qui ne gâte rien. Il préfère parler d'autre chose." page 79

Laurent: " Il reconnaît cette sensation, mais il a besoin de se concentrer pour se souvenir de ce qui a été dit, et à quel moment, qui l'a mis aussi mal à l'aise.  Il voit tant de gens, il se passe tant de choses, en une seule journée. C’est son PNL qui lui a enseigné cette méthode -aux premiers signes d’oppression, s’abstraire de la réalité, se recentrer. Trouver le point névralgique. La fête du dernier Podalydés. Un pseudo-scénariste dont il a oublié le nom pérorait, agrippé à sa flûte de champagne Fred de Wild Bunch parlait de la mort d’Alex Bleach et l’autre a dit « j’ai justement un ami qui a les rushes exclusifs d’un dernier entretien, il paraît que c’est de la bombe. Il aimerait en faire quelque chose, mais il n’a pas trouvé de producteur. » Voilà. C’est là que ça a commencé." page 104

" Une fois mort, ils (les médias) avaient unanimement salué son talent, mais le soulagement était perceptible dans chaque nécrologie. Un de moins. Alex Bleach faisait partie de cette infime minorité d'artistes qui ne sont les fils de personne dans le métier." page 127

Sylvie: "Ça s’est arrêté un été. Elle était sous la douche, pour rafraichir la brûlure du soleil et rincer le sel. En s’essuyant, elle avait été surprise de sentir un peu de sable sous ses seins. Puis l’évidence l’avait frappée. Elle était restée stupéfaite, transpercée d’une flèche invisible. En plein cœur. Elle venait de comprendre : une fois qu’ils tombent il faut penser à les soulever pour les rincer. Le test du crayon lui était revenu en tête quand elle était petite, les femmes parlaient de ça: si le crayon glissé sous les seins ne tombe pas, c’est foutu. Elle avait relevé les yeux sur son reflet, dans le miroir embué elle ne s’était pas regardée nue depuis quelque temps. Toujouts en lingerie, ou en maillot de bain. Ça avait commencé comme ça. Et cet épisode ne datait pas de l’été dernier. "page 141

Vernon:" Il lui reste peu de temps pour récupérer ses affaires. Il n’a pas réussi à en parler à Sylvie. D’abord il attendait le bon moment et ensuite il a compris que si elle le dépannait d’une somme pareille, ce serait comme si elle avait acheté un chiot : elle ne voudrait plus lui oter son collier. Il se demande si les huissiers ont mis ses affaires dans des cartons, ou s’ils ont tout jeté dans des sacs-poubelle... Toute sa vie matérielle, le peu de choses qu’il possède les couteaux Laguiole qu’il a récupérés chez sa mère, les casseroles qu’il a achetées chez Ikea un jour qu’on l’emmenait en voiture, sa couette en vraies plumes d’oie qu’il promène depuis ses trente ans. Ces objets qu’il a nettoyés, préservés, utilisés. Et les papiers, tout ce temps à les trier. Quelques photos.Sa carte d’électeur. Qui n’a jamais servi. Les lettres auxquelles il tenait. Tout ça dans des mains étrangères, ni hostiles ni bienveillantes, des mains dont c’est le boulot, solder la vie des endettés. C’est être mort de son vivant, son passé confisqué. Il est si vulnérable qu’il a l’impression qu’un cordon invisible le relie à ces choses et quand elles seront dispersées, il pourra se dissoudre dans l’espace." page 148

Patrice: "C’est long, une tournée. Les anciens sont accablés de voir ce que la Poste est devenue. C’est comme partout Ils assistent à la demolition méthodique de tout ce qui fonctionnait, et en plus il leur faut écouter les bouffonneries des tarés sortis d’écoles de commerce qui leur expliquent comment devrait marcher la distribution du courrier alors qu’ils n’ont jamais vu un casier de tri de toutes leurs chéres études. Ça ne va jamais assez vite pour eux. Le petit personnel coûte toujours trop cher.Foutre en l’air des choses qui tenaient debout est plutôt rapide. Ils sont contents de leurs résultats: ils démolissent bien, ces salauds." page 290

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lundi 15 août 2016

♦Le retour♦ d'Anna ENQUIST

Le retour d'Anna ENQUIST 476p 150816

En quatrième de couverture

Ce livre dévoile la vie de James Cook, le grand explorateur anglais.
Au printemps 1775, sa femme Elizabeth a trente-quatre ans. Seule depuis déjà trois ans, elle attend le retour prochain de son époux.
Alors qu'elle se prépare à l'accueillir, qu'elle s'imagine à l'aube d'une vie nouvelle, d'une relation conjugale et familiale véritable, l'angoisse l'étreint. Déroulant le fil de sa mémoire, Elizabeth revisite ses longues années de solitude, ses difficultés, ses douleurs, ses drames vécus dans le secret - et s'interroge sur sa capacité à reconstruire une relation si lointaine.
Quand James Cook arrive enfin, tout semble d'emblée recomposé, la complicité renaît, l'admiration est intacte, les projets communs multiples, l'avenir s'illumine. Mais, confronté aux mondanités londoniennes, aux jeux d'influence et de pouvoir du monde scientifique de l'époque, l'explorateur ne parvient pas à se libérer de son douloureux besoin de reconnaissance...
Très ancré dans la réalité, très documenté sur la société londonienne du XVIIIe siècle, ce livre dépasse de loin les limites du roman historique car il s'inscrit simultanément dans l'intemporel en offrant au lecteur un magnifique portrait de femme, un véritable personnage de fiction à l'incroyable destin.

J'ai été attirée par la couverture du livre mise en avant dans la célèbre librairie toulousaine OMBRES BLANCHES sans savoir que le thème du livre était James COOK, grand navigateur anglais. J'ai été très agréablement surprise par cette lecture d'autant plus que la majorité des personnages a réellement existé. On suit James COOK de retour de son deuxième voyage jusqu'à son troisième et ultime voyage en 1776 à travers les yeux de son épouse Elizabeth.

"Dans la boutique pleine a craquer où elle se vit attribuer un petit bureau, elle aimait les mystérieuses marchandises : des longues-vues dans des étuis en cuir, des sextants, cles barométres, un assortiment de globes de formats différents et les valises inquiétantes pour les médecins de bord. Elizabeth Batts était assise parmi cette multimde d’objets, répertoriant les coûts de ceux qui arrivaient et de ceux qui partaient. La plupart du temps, elle était plongée dans ses papiers, la tête penchée, écoutant la voix joyeuse de son oncle. Elle essayait de deviner le passé et le caractère des clients d’aprés leur voix. Parfois, elle levait la téte, intn'guée par un terme inhabituel ou un silence prolongé. C’est ainsi que son regard était sur James." page 26

"Il se mettait au travail fanatiquement. Elle l’avait vu soupirer au-dessus de traités de mathematiques, faire des calculs dans la marge, jurer ou fermer triomphalement les livres a la fin de la journée ; elle avait regardé avec admiration ses cartes et ses dessins de ces côtes inconnues, glaciales : quelle precision, quel amour du detail, quelle capacité de se concentrer et d’intégrer une page apres l’autre remplie de details infinis dans le grand ensemble qu’il avait toujours en tête. Il aimait passionnément le monde, pas pour en faire partie, mais pour l’observer et le décrire. 
A cette table, qu’elle devait maintenant débarrasser.Pour lui. " page 30

"Elle n’avait pas l’habitude de ce genre de situation. James n’avait jamais besoin de la convaincue, chaque fois qu’il lui demandait et lui expliquait quelque chose, elle était de son avis et l‘approuvait. C’est ce qui s’était produit lorsque, le premier dimanche apres leur mariage, elle s’etait préparée pour aller à l’église. Il n’allait pas l‘accompagner, lui avait-il dit, en s’approchant en chaussettes de la table sur laquelle sa carte la plus récente était étalée. Le temps qu’il passait à la maison était pour lui trop précieux pour qu’il le consacre a des conventions et des rituels sociaux dont il ne voyait pas l’utilité. Il comprenait qu’ils aient dû se marier à l’église, car l’administration a des exigences qu’il faut respecter. Mais en ce qui le concernait, cela s’arrêtait la. La foi était pour lui incompréhensible et il ne pouvait la concilier avec son amour de la vérité. Elle l’avait écouté attentivement, elle avait réfléchi sérieusement pendant sa promenade solitaire vers l’église et elle avait essayé d’écouter le prêche comme un observateur sans préjugés. Il faut bien regarder, disait toujours James, puis seulement après essayer d’expliquer ce que l’on a vu. Elle voyait un homme sur un exhaussement se démener avec véhémence contre une quarantaine de personnes dociles, fatiguées, assises sur des bancs, qui s’agenouillaient à ses ordres, puis se relevaient et se mettaient toutes brusquement a chanter. 
Ils écoutaient parce qu’ils voulaient entendre, s’était-elle dit en rentrant chez elle. Ils ont besoin que quelqu’un leur dise ce qu’ils doivent faire. Et ils veulent se retrouver entre eux, se regarder, faire quelque chose ensemble. Depuis, elle n’était plus allée a l’église en hiver." page 35

James COOK:"J'ai rencontré un Français digne de confiance, Crozet, qui a aussi navigué sur l'océan Pacifique. J'aimerais recouper ses données avec les miennes pour que le filet se referme.Toutes ces connaissances que nous avons accumulées! Il n'y avait que du vide, rempli de vues de l'esprit stupides et fausses, et maintenant il y a des certitudes. Des localisations exactes, des descriptions d'îles et de peuples. J'ai entendu des récits qui te  surprendraient, sur des tactiques guerrières et des habitudes alimentaires, et je peux les confirmer pour en avoir fait moi-même l'expérience. Je ne peux pas poursuivre pour le moment. Dans un mois je serai auprès de toi, on est encore en train de réparer le gouvernail. J'étais persuadé de trouver ici une lettre de toi et je me suis fait du souci quand j'ai constaté que rie  ne m'attendait de Mile End. Se serait-elle perdue? Je compte sur toi et je ne peux pas croire que tu as des ennuis. Je pars du principe que le transport a mal fonctionné. Nous allons devoir travailler dur cet hiver, j'ai une montagne de données qui peuvent servir à faire un livre. Je suis d'ailleurs tombé sur un exemplaire du livre de Hawkesworth et j'ai quasiment explosé de colère. Plus jamais ça! Ces prétendus  intellectuels te vident de tout ton contenu et vont se pavaner en exhibant des choses auxquelles ils n'ont jamais participé et ne comprennent rien! C'est une honte. Et dire que cela lui a rapporté une fortune ! Il faut que je m'en remettre. il n'y a plus rien à faire. Cela ne m'arrivera plus." page 58

"L’eau brillait au loin. Elle en avait envie, elle ne pouvait nier que la presence de l’eau là-bas lui faisait plaisir. Pourtant, c’était James l’amateur d’eau, et pas elle. De l’eau délimitée, se dit-elle, de l’eau dans des fossés, dans un fleuve aux digues Visibles, dans un étang entouré de saules voila ce que j’aime. Elle n’avait jamais vraiment pu partager l’amour de James pour la mer ; quand elle essayait d’y penser, elle redoutait la somptuosité et la masse d’une étendue inconcevable de cette eau, a l’échelle du monde. Pas de balises, pas de routes, pas de délimitations. Pour James, Chaque partie du monde était dans l’eau et, pour elle, toute eau était liée a la terre. " page 62

"James ne savait pas nager. A vrai dire, Elle n’avait jamais entendu dire d’un marin qu’il en était capable. Cela vaut mieux, disait-il, on est perdu quand on se retrouve dans l’eau, qu’on sache nager ou non. Une mort rapide est alors préférable a une lutte prolongée dont l’issue est malgré tout fatale. Cela non plus, elle ne le comprenait pas vraiment. Si j’aimais l’eau, j’aimerais m’y sentir comme chez moi, se disait-elle, j’aimerais m’y immerger, nager dans mon élément comme un poisson heureux. Comment peut-on organiser sa vie de sorte qu’une peau de bois vous sépare de votre plus grand amour ? "page 62

James COOK: "C’est une question de volonté. De discipline. Je menaçais de les fouetter s’ils ne se lavaient pas. Cela dit, je n’ai jamais eu à appliquer cette menace. Aérer la literie, nettoyer les vêtements dès que le temps le permettait. Dans l’eau de mer, les chemises craquaient tant elles étaient imprégnées de sel, mais tout de même. Je ne distribuais pas la ration d’alcool s’ils salissaient la cale. Au début, cela déclenchait une certaine resistance, parce qu’ils n’en avaient pas l’habitude. Un marin se trouve viril de porter pendant trois ans la même chemise. Ils ne remarquent plus la puanteur, ou bien ils s’y attachent.” " page 62

 

"ll buvait. Elle l’entendit avaler et vit bouger sa pomme d’Adam. Il reposa le verre sur la table avec un bruit sec. Il se bat pour réintégrer sa maison, se dit-elle, il marque tout de son empreinte, tout doit à nouveau lui appartenir. Moi aussi. Mais je suis pourtant bien à lui ? II a pourtant libre accès à tout ce que je pense ? 
Elle se sentit rougir. Il ne savait absolument pas ce qu’elle pensait ; il ignorait qu’elle comptait fermement qu’il ne reparte plus jamais en voyage, qu ’elle avait pleuré à cette même table contre le bras nu d’un homme, qu ’elle bannissait convulsivement la pensée du lit là-haut. 
Il se leva et vint en silence se poster derrière sa chaise. ll posa ses mains dans son cou, il écarta son col et massa de ses doigts ses vertèbres, en remontant vers ses cheveux, en descendant le long de son dos. Elle entendait les semelles de ses bottes couiner contre le sol, elle sentait la chaleur de son corps massif, elle voyait à travers la fenêtre le noir de la nuit." page 90

James COOK: “Le roi George s’intéresse a la navigation, dit James. Il finance nos expéditions et il exige d’être informé dans le détail. J’ai entendu dire que lui aussi est sous le charme d’Omaï. Banks et mon cher collègue Furneaux se sont naturellement aussitôt rendus avec leur butin au palais.” Sa voix devint morne et se durcit sous l’effet de son exaspération. Il n’avait guère éprouvé de sympathie pour le capitaine du bateau jumeau, l’homme était négligent et ne s’était pas intéressé a la découverte et à la cartographie précise de nouvelles terres. Qui plus est, il ne tenait pas compte des instructions de James, il était laxiste pout l’aération de la cale et n’obligeait pas ses matelots a manger des aliments frais et a se laver quotidiennement. [...]" page 98

" "On dirait un écervelé, le roi, mais il a la tête sur les épaules. En fait, il m’a sauvé en s’intéressant aux montres de Harrison. Il trouvait ses travaux si passionnants qu’il s’y est mis lui-meme, il a fait des expériences dans le palais. L’Amirauté ne s’y intéressait pratiquement plus, elle jugeait toute l’affaire trop coûteuse, ou Harrison trop agaçant. Le roi a persévéré, et cela a échoué. Tantét la montre avancait, tantôt elle retardait, et elle a fini par s’arrêter. Il ne s’est pas avoué vaincu, il aimait ces appareils, il voulait qu’on les apprécie a leur juste valeur. Il s’est avéré qu’un puissant aimant se trouvait dans la pièce, juste a côté de l’emplacement de l’expérience. Quand ils ont transporté la montre ailleurs, elle a fonctionné avec régularité et pile a l’heure. Le roi m’a rendu un grand service en se montrant aussi obstiné.” Grâce à la présence à bord de ce mécanisme horloger fonctionnant sans discontinuer, il savait a tout moment quelle heure il était à Londres. Il pouvait déduire où il se trouvait sur la base de l’heure locale, qu’il déterminait en fonction de la position des corps célestes, calculant la différence en utilisant comme référence l’heure de chez lui. Il traduisait ce temps en distance et connaissait ainsi sa position. Exactement. Il le lui avait expliqué et parfois elle le comprenait. Elle savait qu’il s’était occupé de la montre avec le plus grand soin. Après son retour, il avait aussitôt rendu visite à l’horloger soupçonneux et bougon. Plus tard, il lui avait fait livrer un tonneau de porto." page 103

" “Pas la moindre sincérité clans l’intérêt qu’ils me portent. Des filles nues, voilà de quoi ils veulent entendre parler. Des atrocités, des exécutions. Des orgies. Même s’ils sont de la noblesse et ont été formés dans les meilleures universités, ils n’ont de goût que pour les grivoiseries. Ils sont incapables de penser, voilà le probléme. Ou d’observer. Lord Monboddo, par exemple, un juge en plus, tu vois de qui je parle, avec les cheveux. noirs et des yeux tristes comme des yeux de bouillon -je discutais avec lui cet aprés-midi, mais il n’écoutait pas, il voulait seulement entendre dire que les insulaires sont des singes doués de parole, car il est convaincu que nous descendons du singe. Il transforme tout ce qu’il voit et entend pour l’adapter à sa théorie. [...]" page 121

"Peut-être l'homme qui rentrait à la maison n'était-il pas celui qu'elle avait attendu. Oui, elle avait reconnu cette première nuit son odeur, elle s'était étendue contre son corps comme de l'eau, comme un ruisseau dans son lit familier, mais le matin était venu. Ils avaient enveloppé leurs corps nocturnes dans les vêtements qui étaient restés posés sur des chaises et l'unité s'était divisée à la lumière du jour. Il rentrait à la maison dans une autre maison, elle le voyait à son visage tendu, au redressement de ses épais sourcils dès qu'il entendait le violon de Nat. Elle le voyait réprimer des questions et des remarques, pour l'instant les garder pour lui, comme s'il faisait de son mieux pour contourner les ondulations, les bosses et les creux, afin de trouver une pelouse régulière et odorante."page 123-124

"[...]Par conséquent, la mer devait aussi geler, sous réserve qu'il fasse suffisamment froid. Peut-être un élément était-il nécessaire comme point d’attache pour que la glace se forme, un tronc d’arbre à la dérive ou le cadavre d’une baleine, mais on ne pouvait nier que la mer gelait. 
“C’est ce que j’ai toujours affirmé, s’écria Forster. Personne ne m’a écouté, naturellement. 
-Mais le sel, dit James, que devient le sel? Nous pensions d’abord qu’il serait pris dans la glace, mais quand nous avons laissé fondre un bloc de glace pêché dans la mer, il s’est transformé en eau douce la plus pure.”" page 143

"La main de son voisin serra la sienne. Il sourit. Le mois précédent, il avait assisté à un concert où se jouait une symphonie d’un nouveau compositeur encore pratiquement inconnu qui travaillait à la cour de Hongrie, disait Palliser. Haydn. Il n’avait encore jamais rien entendu de pareil : frais, inventif, joyeux, mais en même temps d’une profondeur inouïe. “Tu aurais vraiment apprécié, Elizabeth. Et Nat aussi.”" page 145

" “Je voudrais une description aussi fidèle que possible, dit-il. Les insulaires se comportent différemment de nous. Chez nous, on trouverait ça qu’ils font éhonté et dépravé. Mais les insulaires sont-ils du même avis ? Non, ce n’est pas leur avis. Ils ont leurs propres coutumes. Nous n’en connaissons pas la signification et, comme nous avons peur de ces corps nus et de cette intimité exposée au public, sans réfléchir nous nous écrions : c’est immoral ! Faut-il pour cela éliminer du journal la description de ce que nous avons vu ?Je préférerais tout laisser en l’état. Mais ce n’est pas un compte rendu scientifique pour l’Académie, c’est un livre pour amuser le public. Je dois m’adapter, je pense. Les indigènes àTahiti copulaient en public, j’ai vu un Vieil homme avec une jeune fille, une enfant encore, dirions-nous. Les gens avaient formé un cercle autour d’eux et leur criaient des encouragements, des indications, des commentaires. Quelle impression cela peut-il produire sur les lecteurs ici ? Comment puis-je le savoir ? L’enfant ne paraissait pas peinée par la situation, au contraire. Est-ce qu’on va m’intenter un procès Si j’écris une chose pareille ?[...]" " page 186

“Après ma naissance, ma mère a eu quatre enfants, qui sont tous morts. Elle s’est transformée d’une femme joyeuse, entreprenante, en une ombre grise qui se déplaçait avec difficulté dans la maison. J’essayais de la rendre joyeuse, je pensais que c’était ma faute si elle avait tant 
de chagrin. John, mon grand frère, était toute la journée dehors, il travaillait avec père sur les terres. Je restais a la maison et je luttais contre cette tristesse étouffante. Et j’ai perdu. Je n’ai pas pu la sauver. Quand j’ai été en âge d’aller a l’école, cela a été une libération. Skottowe, le propriétaire terrien chez qui père travaillait, trouvait que j'avais des capacités et finançait mes études.Je crois que mère y a été pour quelque chose et je me souviens vaguement de les avoir vus ensemble dans la remise, chuchoter avec véhémence, trop près l'un de l'autre - peut-être que je me l'imagi r. J'étais encore petit." page 201-202

"A l‘horizon, je voyais de gros bateaux passer, en route pour Londres avec leur cargaison de charbon de Newcastle. Un peu plus pres de la rive, des péniches passaient qui transportaient de l’urine vers les sillons d’alun. Toute la misère de cette région se concentre dans cette triste activité. Des tonnes et des tonnes de schiste péniblement détaché, fumant et puant, s’étendent contre les falaises. Au bout d’un an, cette saleté doit étre déversée à la pelle dans des bains alcalins de potasse et mélangée à des algues marines pourrissantes et de l’urine humaine. Cela dégage une puanteur ! Pour finir, il ne reste qu’un cristal d’alun. Ils s’en servent pour teindre le textile. Les péniches qui passaient devant moi transportaient les tonnes de pisse des cafes londoniens, parce que la côte est si peu peuplée qu’on n’y pisse pas assez. "page 203

“Il faut que tu comprennes. Je n’agis pas contre toi. Tu n’y es pour rien. Il y a quelque chose en moi que je ne peux désavouer. Je le sens dès que je traverse la passerelle. Quand je suis sur le pont et que je porte mon regard au loin sur la mer, quand je sens le bateau bouger sous moi et que j’entends les haubans cliqueter centre le
mat, je me transforme. A ce moment-là, je deviens moi-même. ” page 205

"Nous couchons avec leurs femmes et nous perturbons l'ordre social. Imagine ce que nous laissons derrière nous quand nous repartons en bateau. Des mariages brisés, des champs vides, des dirigeants détronés, des enfants métisses. Nous n’y pensons pas. Pas étonnant qu’ils deviennent agressifs. La crainte de nos balles est la seule chose qui réfrène ieur animosité. Il ne faut pas se demander pourquoi la situation devient incontrôlable. C’est plutôt un miracle lorsque tout se passe bien.” page 349

"Il fallait effectuer des réparations qui prenaient énormément de temps, vous le savez. Mais il y avait autre chose. Le capitaine voulait rassembler le plus de données possible susceptibles d’éclairer l’énigme de l’océan Pacifique. Comment se peut-il que, sur ces minuscules pointillés de terre, séparés par des milliers de milles d’eau de mer, on parle partout la meme langue, on construise le même type de canot, on fabrique le même tissu à partir de liber ? Il voulait aller au-delà des objets, il voulait se faire une idée du gouvernement du pays, des usages, de la religion. Ce n’est possible que dans le cadre d’un séjour prolongé. Le capitaine se donnait la peine de faire la connaissance des gens et de les observer. Il se rendait aux cérémonies religieuses, il fréquentait les rois et les prêtres, il assistait à des danses sacrées et il participait à des rites secrets. Ensuite, il écrivait tout ce qu’il avait vu dans son journal. " page 375

" “Il paraissait parfois hors de lui tant il était en colère, dit Isaac doucement. Quelqu’un avait volé une chevre, et cela l’a rendu fou. II a donné l’ordre de raser la téte du voleur et de lui couper les oreilles. King a retenu la main du barbier a la demiere minute et a laissé le pauvre homme sauter par-dessus bord. Je ne devrais peut-étre paste raconter ces histoires. Nous ne comprenions pas. Quand il était vraiment furieux, il faisait détruire les canots et brfller les huttes. Pour construire un de ces canots, les gens mettent des années. Ils sont magnifiques, en bois peint et sculpté. James les appréciait beaucoup. Et pourtant, il se livrait à ces destructions. C’était vraiment cruel, évidemment. Mais par colère, par impuissance. Il ne tirait pas de cette cruauté une sorte de plaisir. Tu comprends ?” " page 381

"L’attente t’empoisonne, pensa Elizabeth. Cela ne s’arrange pas avec les années, cela s’aggrave. On s’épuise et on arrive de moins en moins a le supporter. La peau devient plus lâche autour des os et le visage se creuse de nouvelles rides. Voila ce qui se passe. 
Cela ne faisait pas même deux mois que David Nelson était parti avec le capitaine Bligh sur le navire The Bounty, qui allait chercher des semences et des plantules de l’arbre à pain à Tahiti. Il a emporté des milliers de pots, avait raconté Jane. Ils vont repiquer les jeunes arbres en Jamaïque. De la nourriture bon marché et saine. Grâce à James et à ses contacts dans le Pacifique, le commerce commence a se  développer. Banks est derriere tout cela, il adore l’arbre à pain. " page 418

Critique LE MONDE-LE MONDE DES LIVRES | 26.04.2007 à 11h36 • Mis à jour le 26.04.2007 à 11h36 | Par Nils C. Ahl

"James Cook est de retour de sa deuxième expédition dans le Pacifique. Elizabeth, sa femme, l'a attendu trois ans, amoureuse, impatiente et désespérée, comme "un volcan (...) de pure fureur, dirigée vers un inaccessible". Hugh Palliser, l'ami fidèle, le contrôleur de l'Amirauté, le lui dira plus tard, au moment de mourir : "Tout le monde à (sa) portée est touché de plein fouet". James est de retour, hésitant, retenu, comme quelqu'un qui ne reconnaît pas tout à fait la maison et la femme qu'il a quittées. Pourtant leurs corps se souviennent, savent que c'est ici, que c'est maintenant qu'ils se retrouvent. Elizabeth ne veut pas qu'il reparte. Elle ne veut plus écrire de lettres et attendre les siennes. Pendant qu'il tente de se réhabituer à l'Angleterre et essuie les frustrations de la vie mondaine, Elizabeth déchiffre les journaux de bord pour l'aider à écrire ses livres et ses comptes rendus. Elle boit jusqu'à l'ivresse la vie de l'équipage, des êtres humains et des animaux étonnants qui vivent de l'autre côté du monde . On lui donnera un poste à terre, il restera en Angleterre, près d'elle, le ruisseau coulera dans son lit. Mais James repart, malgré les promesses de Palliser ­ et il meurt sur une plage à Hawaï, en 1779.

Anna Enquist, née en 1945, psychanalyste, poète et romancière, auteur du Chef­d'oeuvre (Actes Sud, 1999), du Secret (Actes Sud, 2001) et des Porteurs de glace (Actes Sud, 2003), est souvent considérée comme un écrivain psychologique qui dissèque ses personnages comme on ouvre un livre ou un cadavre, feuille par feuille, partie par partie ­ jusqu'au coeur. Le Retour ne fait pas exception, portrait méticuleux de la femme d'un marin, de la femme du marin. Mais, sous la montagne, le volcan qui sommeille : pour lire ce grand roman il faut d'autres instruments que le microscope. Le lecteur se munira d'une longue­vue, d'un compas, voire d'une boussole. On ne sait jamais. En effet, au­delà de l'infiniment précis de son portrait de femme, Anna Enquist écrit l'infiniment réuni du monde et d'un être humain. Le Retour est le roman d'Elizabeth abandonnée sur une île, l'Angleterre, par le plus grand coureur d'îles qui soit : James Cook. Il lui file entre les doigts, liquide à force de mers et de rivages, Elizabeth le sait. Ou plutôt : son corps le sait. Ce corps dans lequel James n'oublie jamais de déposer sa semence avant d'embarquer . Son corps de femme, son corps fini, immobile, figé par la maternité, prisonnier de James et de l'Angleterre, son corps, c'est­à­dire le monde entier, le monde réconcilié, revenu des voyages, que lui transmet James comme une maladie : en lui faisant l'amour et en lui envoyant des lettres. Elizabeth est une femme qu'on peut nommer , une terre qu'on a déjà découverte et vers laquelle on revient, poussé par des courants inconnus et fidèles. Dans ce roman, Anna Enquist fait de son personnage principal un point sur la carte, une partie du monde et dans le monde, un rocher , un point d'eau pour les oiseaux migrateurs et un havre pour les explorateurs. Quand James entreprend finalement sa troisième et dernière expédition, Elisabeth attend. Comme elle a attendu qu'il revienne, elle attend qu'il reparte. Elle se gorge de chaque instant, du corps et de la présence d'un homme qui a le goût de l'aventure et des sauvages. Elle veut retenir ce goût dans sa bouche, son corps s'en souviendra ­ prémonition de la dévoration probable de James par les indigènes. A ce moment, le roman est devenu un autre. Il n'est plus le roman psychologique du début, ou plus exactement, le lecteur n'y croit plus car il sait qu'au­delà d'Elizabeth, en elle et par elle, c'est le monde entier. Dès le début du livre, les journaux de bord et les récits de James tiennent une place importante, la correspondance d'Elizabeth aussi. Avec la décision de repartir , la mort qui s'annonce, les personnages semblent se figer sur la scène. Le monde entier se jette sur eux et les recouvre : lettres, récits contradictoires de la mort de James, journal de bord mystérieux. Elizabeth laisse Cook se faire dévorer aux antipodes. D'un bout à l'autre du monde, il est là, réconcilié, et elle porte ce monde cartographié avec elle. Elle l'a tenu dans ses bras, insaisissable et inaccessible, fragmenté par le souvenir de leurs premières rencontres , de leurs baisers, et par les lettres. Le grand explorateur est éparpillé entre le lit conjugal, ses enfants qui meurent les uns après les autres, et le Pacifique toujours recommencé. La réconciliation de l'homme­monde James Cook est dans son éclatement, elle ne se fait que par Elizabeth et par le roman d'Anna Enquist ­ enfin. Dans Le Retour, au­delà d'un remarquable roman psychologique, Anna Enquist invente un personnage brisé et vivant, Elizabeth, femme ici et ailleurs, être recomposé dans la vie de James et dans sa mort. Elle n'a d'autre rivale que le monde entier"

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mercredi 3 août 2016

Coup de ♥: "L'allée du Roi" de Françoise CHANDERNAGOR

L'allée du roi de Françoise CHANDERNAGOR 515p 030816

En quatrième de couverture

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